NUMERO : sept-oct 2013

Quelles semences pour l’agriculture biologique ?

Des semences paysannes aux OGM : une longue histoire

Jusqu’à la fin du XIX e siècle, la sélection des plantes cultivées était réalisée par les agriculteurs eux mêmes : ils choisissaient, parmi leur récolte, les plus beaux spécimens qu’ils ressemaient l’année suivante, sélectionnant ainsi, d’année en année, les céréales ou les légumes correspondants le mieux aux qualités recherchées. À partir de la fin du XIX e siècle, des entreprises, comme Vilmorin, commencèrent à pratiquer elles-mêmes la sélection pour créer des variétés destinées à être commercialisées.

En pratiquant l’autofécondation, elles ont créé des lignées pures ayant l’avantage d’avoir des caractéristiques stables et se reproduisant d’une année à l’autre, mais au détriment de la biodiversité et le plus souvent de la rusticité.

Pendant un temps, les créateurs de nouvelles variétés ont continué à utiliser des méthodes de sélection relativement naturelle, c’est-à-dire sans intervention artificielle visant à modifier le patrimoine génétique de la plante. Aujourd’hui, les sélectionneurs savent modifier le patrimoine génétique des plantes en provoquant des mutations, par exemple en les exposant à des produits chimiques ou à des rayons ionisants. La dernière étape, la plus récente, est l’introduction dans le génome de la plante de gènes appartenant à une autre espèce, ce qui a donné naissance aux OGM.

Ces derniers sont, bien entendus, interdits en agriculture biologique, mais les techniques visant à modifier artificiellement le génome, sans pour autant introduire de gènes étrangers, posent des questions quant à l’impact des variétés créées ainsi sur la santé et l’environnement.

 

Trois types de semences

Les agriculteurs peuvent utiliser trois types de semences :

1 – les semences dites paysannes qui proviennent de la récolte de l’agriculteur, cette dernière ne provenant pas elle-même d’une variété commercialisée. Ces semences n’ont aucune existence légale et leur commercialisation est interdite.

2 – les semences dites fermières provenant également de la récolte de l’agriculteur, mais cette récolte ayant été obtenue, à un moment ou un autre, à partir d’une variété commerciale.

Exemple : si vous avez acheté un jour des semences de chicorée de Trévise et que depuis vous en recueillez les graines pour les ressemer, vos graines seront fermières, mais pas paysannes. Comme les précédentes elles sont interdites à la vente.

3 – les semences appartenant à une variété inscrite au catalogue officiel et provenant d’un sélectionneur. C’est aujourd’hui l’immense majorité des semences utilisées par les agriculteurs. Toutefois, la pratique d’utiliser comme semences une partie de sa propre récolte est encore largement pratiquée, notamment par les producteurs de céréales. En culture maraîchère, par contre, les professionnels, même en bio, achètent presque tous leurs semences.

 

Quelle sélection, pour quels objectifs ?

En soi, la sélection est une bonne chose, puisqu’elle permet d’améliorer les rendements, l’aspect, dans certains cas la résistance aux maladies, et parfois la qualité gustative. De toute manière tous les végétaux que nous consommons ont été sélectionnés, que ce soit par les agriculteurs ou par des professionnels de la sélection. Telle qu’elle est faite aujourd’hui, la sélection posent toutefois de nombreuses questions :

● les critères choisis, le rendement et/ou les qualités technologiques étant presque toujours prioritaires, souvent au détriment de la qualité nutritionnelle et de la rusticité. Par exemple, les tomates « long-life » (longue vie) qui constituent l’essentiel du marché aujourd’hui se conservent longtemps avant de pourrir –d’où leur nom – car un des gènes responsable de la pourriture a été muté lors de la sélection. Ce qui est pratique pour ceux qui commercialisent, mais donne des tomates insipides et à la chair farineuse.

● l’impact sur la biodiversité, dont l’aspect le plus visible est le nombre de variétés commercialisées aujourd’hui, très inférieur à celui que l’on trouve dans les agricultures traditionnelles. D’après la FAO, 75 % des variétés végétales qui composaient l’alimentation humaine au début du 20 ème siècle ont disparu. À cela s’ajoute la perte de l’immense diversité « intra-variétale » de chaque variété traditionnelle, supprimée par les exigences du catalogue.

● les techniques de sélection utilisées, celles qui font intervenir une modification artificielle du génome, même s’il ne s’agit pas d’OGM réglementés, étant pour le moins contestables.

● les techniques agronomiques utilisées lors de la culture des variétés testées en vue de leur sélection. Ces techniques sont presque toujours celles de l’agriculture conventionnelle, d’où des variétés adaptées à ce mode de culture, avec beaucoup d’engrais et de pesticides, mais pas à l’agriculture biologique. Cependant les producteurs bio sont le plus souvent obligés d’y avoir recours, faute de variétés spécialement sélectionnées dans les conditions de production de la bio.