Structurer, accompagner, résister : la démarche BIOPARTENAIRE® au service des filières bio

Près de 80 adhérents de l’associations Biopartenaire® étaient présents.

Bio Linéaires était invité, jeudi 29 janvier à la première journée de rencontres adhérents de l’association BIOPARTENAIRE®. S’il est difficile de décrire l’ensemble des sujets présentés lors de cette assemblée, la démarche de BIOPARTENAIRE® va bien au-delà d’une solidarité temporaire. Les réalisations d’accompagnements technique, logistique, collectif et contractuel dévoilent les impacts positifs qu’apporte sur le long terme, au niveau production, social et durable, cette démarche initiée depuis plus de 20 ans.

 

Ouverture et genèse : un engagement de 20 ans

Guy Deberdt, président de l’association, a ouvert la séance en rappelant la genèse du label en 2002. L’objectif premier reste de garantir aux paysan(ne)s une rémunération leur permettant de vivre dignement de leur travail.

 

 

Selon les orientations officielles de l’association, la vision de BIOPARTENAIRE® est d’incarner une bio équitable, exigeante et responsable, tant en France qu’à l’international. Le label s’engage à accompagner la structuration de filières biologiques pour défendre la justice sociale et le respect du vivant. L’objectif est de « faire communauté », des paysan(ne)s jusqu’aux consommateurs, pour construire un modèle de commerce durable et solidaire.

Cette journée visait à renforcer la synergie entre producteurs, transformateurs et distributeurs, en incitant ces derniers à devenir de véritables « magasins ambassadeurs » de la filière.

 

Séquence « Histoires croisées » : la réalité des partenariats

Une partie de la matinée a mis en lumière des collaborations concrètes par exemple :

  • Filière Lait : Biodeal et Nature et Aliments ont témoigné des turbulences du secteur laitier. Romain Balandier (éleveur et administrateur Biolait) a expliqué comment le fonds de développement soutient le pâturage, le renouvellement des générations et les diagnostics CO₂.
  • Solidarité internationale : Siamak Mozafari (Nomade Palize), partenaire d’Agrosourcing (Pépite) et Arcadie (Cook), a partagé son parcours depuis 2005 dans les filières de dattes et safran en Iran. Avec comme conclusion, un « développement inattendu » qui maintient l’espoir au pays. En Inde, Écoidées a témoigné d’actions de solidarité fondamentale, allant de l’accès à l’eau potable à l’éducation des femmes sur l’hygiène élémentaire.
  • Impact environnemental : l’entreprise Belledonne, Alipigraines (groupement de paysans meuniers) et Mont’bio (magasin ambassadeur) ont frappé les esprits en rappelant qu’une seule miche de pain nécessite 7 m² de blé. Côté plantes aromatiques, Arcadie et l’association Bio Garrigue Méditerranée (12 producteurs et productrices) ont prouvé que l’union fait la force : malgré l’éloignement, ils produisent 20 tonnes de plantes et ont installé plus de 300 nichoirs pour préserver le vivant.

 

Table ronde : faire face aux crises économiques et climatiques

L’après-midi a été consacrée aux problématiques actuelles de terrain :

  • Érosion des revenus : Christian Ville (polyculture) a signalé une baisse des prix d’achat sur la campagne 2023-2024. Il a souligné l’importance du collectif à travers le groupement Alpigraines. Ensemble, ils travaillent à renforcer la résilience des exploitations afin de stabiliser les revenus et d’amortir les effets des aléas, notamment en gérant le stockage d’une partie des récoltes lors des bonnes années. Ils promettent également l’intégration des prairies naturelles dans les rotations et la mutualisation des ressources à l’échelle de secteurs géographiques élargis.
  • Stress climatique en élevage : Romain Balandier a chiffré l’impact de la sécheresse et de la chaleur à une perte moyenne de 4 500 € par an pour un éleveur (baisse de production de lait et surcoût des fourrages), entraînant un découragement certain dans la profession.
  • Avancées en agroécologie : Philippe Sendral (Agrosourcing) a exposé les progrès techniques, par exemple l’utilisation de bois pyrolysé (biochar) pour nourrir les sols. Optimisé par une imprégnation (fiente de volaille par exemple), ce procédé offre des résultats probants avec des rendements constatés 20 % supérieurs sur certaines parcelles.

 

Les distributeurs présents, dont Biomonde en majorité avec notamment Sönam Walterspiler et Raphaël Faucheux, en arrière-plan : Jean-Philippe qui représentait le Grap, excusé, Philippe Bayan de Biocoop Sainte-Victoire ainsi que Marion Beaudu de Satoriz.

 

Le rôle crucial du magasin : Ambassadeur de la résilience

La distribution spécialisée est apparue comme le dernier rempart. Philippe Bayan (Biocoop Sainte-Victoire) a rappelé l’intérêt des magasins pour le label BIOPARTENAIRE®, présent uniquement dans les magasins bio, ainsi que l’importance du discours qu’ils peuvent tenir auprès de leurs clients.

Cependant, cela impose une responsabilité : la gestion des ruptures, sujet complexe abordé par Raphaël Faucheux (Biomonde Harmonie Nature) a insisté sur la pédagogie nécessaire pour expliquer aux clients qu’une étagère vide est parfois la preuve d’un engagement éthique (ne pas s’approvisionner n’importe où, n’importe comment). Le personnel du magasin devient alors le médiateur indispensable de la filière.

 

Clôture technique : l’agroécologie selon Marc Dufumier

En fin de journée, l’agronome Marc Dufumier – ancien président de Commerce Équitable en France – a rappelé que « bio et équitable » forment un socle indissociable pour la résilience. Il a détaillé les leviers techniques essentiels :

  • Optimisation biologique : maximiser la photosynthèse, couvrir les sols et utiliser l’arbre pour fixer l’azote.
  • Fertilité durable : recours au biochar, aux biofertilisants anaérobies et préservation des micro-organismes du sol.
  • Résilience systémique : la diversification des cultures (ex: cacao/avocatiers) permet d’augmenter les rendements de 20 % tout en limitant les risques de maladies.

 

Conclusion

Cette journée a démontré que la pérennité du modèle bio de demain repose sur une vision commune : des relations humaines fortes, une innovation technique au service du vivant et un partenariat équitable et durable capable de résister aux crises.

Le commerce équitable est un levier pour plus de résilience agronomique et économique des fermes. Cette résilience renforce la pérennité des filières bio et des approvisionnements mieux sécurisés pour les distributeurs bio.

 

Philippe Delran

La référence pour les professionnels de la distribution bio spécialisée et alternative

Cookie policy
We use our own and third party cookies to allow us to understand how the site is used and to support our marketing campaigns.