NUMERO : Jan-Fev 2013 – BL 44

Trop chers, les produits bio ?

Les consommateurs se plaignent – on les comprend – du prix élevé des produits bio. De leur côté, des producteurs s’inquiètent, pour certains produits, de la difficulté de vendre à un prix suffisamment rémunérateur. Les uns et les autres ont tôt fait d’incriminer les intermédiaires, c’est-à-dire les transformateurs et les circuits de distribution. Pourtant, il ne nous semble pas que, sauf exceptions, les transformateurs et les détaillants s’enrichissent indument. Alors, peut-on satisfaire tout le monde et comment ?

La vente directe – marchés, AMAP, vente à la ferme, magasins de producteurs – est souvent présentée comme la solution. Elle est en effet très séduisante, mais ne peut concerner qu’un nombre limité de produits, frais pour la plupart. A l’avenir, une augmentation des volumes produits et distribués pourra diminuer les coûts de transport et plus généralement de distribution, mais les produits bio resteront toujours plus chers que les conventionnels pour plusieurs raisons :
● les rendements en bio sont le plus souvent inférieurs à ceux en conventionnel, même si cette différence devrait diminuer dans le futur avec des techniques de plus en plus performantes en bio,
● l’agriculture biologique demande plus de main d’oeuvre que la conventionnelle : désherbage mécanique, fabrication et épandage du compost, plus grande diversité des cultures, etc.,
● les engrais organiques sont beaucoup chers que les chimiques : 1 kg d’azote sous forme organique coûte environ 3 €
● même en matière de traitements, les bio font rarement des économies, du moins en maraîchage et en arboriculture, car les méthodes de lutte biologique sont plus coûteuses et demandent plus de temps que les chimiques.

Quelques exemples :
Une comparaison des rendements et des charges en culture de pommes de terre bio et conventionnelles a donné les résultats cidessous

 

 

On voit que, en raison de la forte différence de rendement, le coût de production des pommes de terre biologique est presque 2 fois plus élevé que celui des conventionnelles, et que le surcoût de la mécanisation, en raison principalement du binage, fait plus que compenser les économies réalisées sur les fertilisants et les traitements.

Une autre étude comparative, concernant des melons, montre une augmentation du temps de travail en bio pour le désherbage de 75 %, et une diminution de rendement de 25 %, d’où au final un coût de production par kg augmenté de 50 %. (Source : INRA). Pour des tomates, les comparaisons faites dans deux régions différentes (Vaucluse et Pyrénées Orientales), ont montré un coût de production par kilo produit en bio supérieur à celui en conventionnel de 18 % dans la première région et de 50 % dans la seconde, ces différences s’expliquant là aussi principalement par des rendements inférieurs en bio, le coût de production à l’hectare étant peu différents dans les deux modes de production (Source : INRA).

Mais alors, que dire aux consommateurs qui ont du mal à boucler leurs fins de mois et renoncent à acheter bio pour cette raison et à ceux qui pensent que manger bio est un choix facultatif ?

Constatons d’abord que les rares enquêtes qui ont comparé le budget alimentaire de consommateurs de la même catégorie socio professionnelle ont montré que les consommateurs bio ne dépensaient pas plus que les autres, et même parfois moins, parce qu’ils avaient changé leurs habitudes alimentaires et gaspillaient moins.

Alors oui, acceptons de payer les produits bio à leur juste prix même si, comparés aux conventionnels, ils nous paraissent chers.
Il en va d’abord de notre santé, menacée – quoiqu’en disent les biosceptiques – par les produits de l’agriculture conventionnelle et en particulier par les résidus de pesticides qu’ils contiennent.
Economiser sur le budget alimentation pour augmenter le risque non seulement d’avoir un cancer, mais aussi de prendre des kilos ou de devenir diabétique, est-ce bien raisonnable ?

En effet, des centaines de publications scientifiques ces dernières années ont mis en évidence une corrélation entre l’exposition aux pesticides et un certain nombre de cancers, et plus d’une vingtaine d’autres ont montré que l’exposition aux pesticides augmentait le risque d’obésité et de diabète(1).

Quant à passer au bio sans augmenter notre budget alimentation, on y parvient par quelques moyens simples, qui n’enlèvent rien au plaisir de manger :
● manger des produits de saison,
● réduire la consommation de protéines animales, et particulièrement de viande, au profit des sources de protéines végétales : céréales complètes, légumes secs, soja et produits dérivés, fruits secs oléagineux, ce qui réduit non seulement la dépense mais aussi le risque de maladies cardio-vasculaires,
● réduire la consommation de plats cuisinés,
● réduire le gaspillage. Le consommateur moyen jetant au moins 20 % de ce qu’il achète, ramener ce chiffre à moins de 5 %, ce qui facile avec un peu d’organisation et de discipline, permet d’économiser 15 % sur le budget alimentation.

Il est donc grand temps de ne plus faire du budget alimentation ce qui reste quand on a fait face à toutes les autres dépenses, et de se rappeler le précepte d’Hippocrate : « que ta nourriture soit ton médicament ». Claude Aubert
(1) références sur le site www.