NUMERO : N°69-Janvier Février 2017

La rentabilité de la bio en question aux USA, il y a 40 ans…

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Il y a 40 ans, en novembre/décembre 1976, la revue ”Agriculture et Vie” reprenait un communiqué de l’Association Nature et Progrès, sous le titre ”Aux USA, l’Agriculture Biologique fait ses premiers pas”, une étude sur l’agriculture biologique pratiquée outre-atlantique. Comme on pourra le voir, les conclusions en faveur de l’agriculture biologique sont clairement positives et préfigurent ce que l’on constate aujourd’hui : sa rentabilité.

Le conseil de l’Europe, en janvier 1975, adoptait une motion recommandant aux gouvernements d’entreprendre des essais comparatifs pour déterminer la valeur de l’agriculture biologique. En attendant, il convient de verser au dossier une étude aux USA parue en juillet 1975. Elle a été menée par des scientifiques de l’Université de Washington à Saint Louis (Missouri). La région des USA intéressée est le Corn Belt, région où l’agriculture est industrialisée.

Définition de l’agriculture biologique

Dans cette étude, il s’agit de l’agriculture qui n’utilise aucun pesticide, aucun fertilisant azoté, phosphaté ou potassique non organique (à l’exception des phosphates naturels dont la solubilisation est très lente).
Par opposition, le terme « d’agriculture conventionnelle » qualifie l’agriculture qui utilise des pesticides et des fertilisants non organiques.
Dans l’agriculture biologique du Corn Belt, la lutte contre les mauvaises herbes s’effectue au moyen de façons culturales plus fréquentes et de rotations des cultures. La seule mesure prise contre les insectes nuisibles est la rotation des cultures. L’on utilise presque exclusivement des moyens mécaniques.

But de l’étude

Le but principal de l’étude était de savoir dans quelle mesure l’agriculture biologique pouvait constituer une alternative plausible à l’agriculture conventionnelle et si les méthodes de l’agriculture biologique pouvaient garantir des revenus suffisants pour justifier une plus sérieuse attention que jusqu’à présent. 16 agriculteurs « conventionnels » et 16 agriculteurs « biologiques » furent choisis, aussi semblables que possibles.

Les résultats

  • Valeur commerciale de la production
    Les groupes avaient des résultats identiques en soja, blé et avoine. La différence la plus importante était enregistrée pour le maïs, encore que, statistiquement cette différence soit négligeable, la valeur moyenne pour l’échantillon conventionnel fut de 179 dollars-acre et de 165 dollars-acre pour l’échantillon biologique, soit 8 % de moins.
  • marge bénéficiaire de production
    Elle dépend essentiellement des coûts de production. En moyenne, l’échantillon « biologique » dépense 16 dollars de moins à l’acre, ce qui contrebalance les 14 dollars (179-165 dollars) de différence sur la valeur commerciale de la production sur la même surface, les dépenses d’engrais chimiques étant supérieures aux dépenses d’épandage de matières organiques et de façons culturales. La marge bénéficiaire est donc sensiblement identique, soit 2 400 francs l’hectare.
  • énergie utilisée
    L’énergie utilisée par l’agrobiologie est nettement moindre que celle utilisée par l’agriculture conventionnelle.

Conclusions

Un surcroit considérable de dépenses en engrais et pesticides n’a pas pour conséquence une augmentation de revenu à l’hectare. L’agriculture biologique est moins vulnérable à la crise de l’énergie, à la chute des cours, dans la mesure où les coûts de production constituent un plus faible part de sa valeur totale.

En ce qui concerne la contribution à la nourriture de l’homme, la différence de 8 % en faveur de l’agriculture conventionnelle n’est pas significative car la production totale doit prendre en compte les productions animales, ce qui n’a pas été dit.

Les méthodes de l’agriculture biologique ont fait l’objet de moins de recherches que les autres. Les résultats de l’agrobiologie l’ont été sans les aides dont bénéficie l’agriculture conventionnelle : recherche, conseillers. Il est raisonnable de penser que le même effort fait en faveur de l’agrobiologie lui permettrait d’atteindre des performances encore meilleures.

Les États-Unis : numéro un 40 ans après !

Que de changements depuis la parution de cet article dans Agriculture & Vie. En effet, vous pourrez découvrir dans notre rubrique « Distribution bio à l’international » que ce pays est dorénavant le premier marché de la consommation bio du monde avec près de 44 % du marché mondial. En 2015, les ventes de produits bio ont frôlé les 40 milliards de dollars (38 Milliards d’euros) soit environ 7 fois plus que le marché français et que celles-ci connaissent des croissances très importantes : elles ont été multipliées par 11. Côté distribution, le circuit traditionnel reste leader avec 51 % de part de marché contre 42 % pour le réseau de produits naturels. Enfin, le bio représente 4,9 % du marché alimentaire étasunien contre 2,9 % en France.

Jean-François Lemaire

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