NUMERO : Mai – Juin 2015

Dossier : Pourquoi produire et manger bio ? Des aliments beaucoup moins pollués

180 fois moins de résidus en bio

Que les aliments bio contiennent beaucoup moins de résidus de pesticides que les conventionnels va de soi et est con rmé par toutes les études comparatives. Si l’on compare le pourcentage d’échantillons non des résidus, sans prendre en compte la quantité de résidus trouvés, on constate que les produits biologiques contenant des résidus sont 4 à 10 fois moins nombreux que les conventionnels.

Si on compare les quantités présentes, la di érence est encore beaucoup importante, car les résidus trouvés dans les produits biologiques sont presque toujours en quantités in mes car ils résultent – sauf exceptions – non pas d’une utilisation frauduleuse par l’agriculteur, mais d’une contamination par un voisin ou à partir de l’air. Une étude réalisée en Allemagne, dans le Bade-Wurtemberg, et portant sur de très nombreux échantillons a conclu que si l’on compare non pas le nombre d’échantillons contaminés mais la quantité de pesicides contenus dans ces derniers, on s’aperçoit que les produits biologiques en contiennent 180 fois moins que les conventionnels.

Une étude réalisée par des chercheurs américains il y a quelques années a confirmé que le fait de manger bio divisait environ par dix l’exposition aux pesticides utilisés aujourd’hui.

Un groupe d’enfants de 3 à 11 ans a reçu pendant 3 jours une alimentation équilibrée avec des aliments conventionnels, puis pendant les 5 jours suivants la même alimentation mais avec des produits biologiques, puis pendant les 7 jours suivants à nouveau avec de produits conventionnels. Les chercheurs ont mesuré chaque jour les quantités de métabolites (produits de dégradation) du malathion, un insecticide organophosphoré, excrété par les urines.

Pendant la période « bio » les quantités excrétées ont été divisées par 10 par rapport aux périodes d’alimentation conventionnelle (voir graphique). Ce qui con rme que l’alimentation (non biologique) est bien notre première source de pesticides et que, en passant au bio, les quantités excrétées sont divisées par 10 en 2 ou 3 jours (le chiffre pour la période bio est la moyenne des 5 jours bio).

 

Les perturbateurs endocriniens, un nouveau mode d’action des pesticides et autres produits chimiques

Les perturbateurs endocriniens sont des substances qui interfèrent avec le système hormonal. Ils perturbent l’action des hormones de plusieurs manières, par exemple en prenant la place de ces dernières sur les récepteurs des cellules et donc en bloquant leur action.

Ils agissent à des doses 100 à 1000 fois inférieures à celles considéréescomme sans danger par la toxicologie classique.

Leurs effets perturbateurs sont particulièrement importants pendant le développement du foetus et peuvent avoir de graves conséquences sur la santé, notamment sur la reproduction et sur le développement du système nerveux.

Parmi les nombreuses substances chimiques classées comme perturbateurs endocriniens on trouve des pesticides, dont le DDT mais aussi des pesticides utilisés de nos jours.

Une étude récente, réalisée par l’association Générations Futures a montré que l’on trouvait en moyenne dans les cheveux des femmes 21 substances, dont 19 pesticides, soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens

Pourquoi, malgré tout, des résidus de pesticides dans certains aliments bio ?

Même s’il y a beaucoup moins de pesticides dans les aliments biologiques que dans les autres, il arrive que l’on en trouve. L’utilisation frauduleuse d’un pesticide chimique interdit en bio est très exceptionnelle et est loin d’être la cause principale de la présence de résidus.

 

L’immense majorité des producteurs bio sont honnêtes, et de toute manière n’auraient pas intérêt à utiliser un produit interdit car ils prendraient le risque de perdre dé nitivement, ou au moins pour plusieurs années, leur label bio. La cause de loin la plus fréquente est une pollution par un voisin ou par l’environnement, sachant que l’on trouve des pesticides un peu partout dans l’air et dans l’eau. Ce type de contamination peut conduire à la présence de résidus à des quantités extrêmement faibles, souvent proches de la limite de détection. C’est pourquoi il vaudrait mieux parler des quantités présentes comme l’on fait les allemands dans le Bade- Wurtemberg plutôt que du pourcentage d’échantillons contaminés.

Mais même des traces, c’est encore trop. Que peut-on faire pour les éviter ?

● Planter des haies denses le long des parcelles contiguës de celles d’un voisin en conventionnel

● Veiller à ce que les voisins en conventionnel respectent strictement la règlementation, qui interdit les traitements lorsqu’il y a du vent

● Veiller à ce que les emballages ou les lieux de stockage n’aient pas été utilisés précédemment pour des produits conventionnels

● Dans le cas de mixité (exploitations ayant une partie en bio et une autre en conventionnel) veiller à une séparation rigoureuse entre les deux types de production, notamment lors du transport et du stockage

● Lorsque des installations sont utilisées pour conditionner successivement des produits conventionnels et des produits biologiques, veiller à un nettoyage rigoureux lorsque l’on passe d’un type de produits à l’autre. L’exemple des citrons biologiques contaminés par des résidus s’explique par le non respect de cet impératif, et par le fait, notamment, que les brosses utilisées dans le processus de conditionnement n’avaient pas toujours été changées !

Que se passe-t-il lorsqu’on trouve des pesticides dans un produit bio ?

Le règlement européen interdit l’utilisation de pesticides de synthèse en bio mais pas la mise en marché de produits biologiques contenant des résidus ne provenant pas d’un traitement avec un produit interdit, dès l’instant où le résidu ne dépasse pas la LMR (Limite Maximale de Résidus). Mais si une contamination est détectée il n’est pas dans l’intérêt de l’agriculteur, du consommateur et de la bio en général de vendre le produit concerné avec le label bio.

L’important est surtout de trouver l’origine de la contamination afin d’éviter qu’elle se reproduise.

 

Autres polluants

La pollution par le cadmium, un des métaux lourds les plus problématiques pour la santé, est également beaucoup plus faible dans les produits biologiques que dans les conventionnels, les premiers en contenant environ deux fois moins que les seconds selon la récente méta-analyse mentionnée plus haut. L’explication est que l’agriculture biologique utilise beaucoup moins d’engrais phosphatés minéraux, qui contiennent du cadmium.

Les légumes conventionnels contiennent nettement plus de nitrates que les bio, or les nitrates en quantités trop élevées peuvent méthémoglobinémie chez les nourrissons, le sang devenant incapable de transporter l’oxygène jusqu’aux cellules, ce qui, dans les cas extrêmes, peut entraîner la mort. Par ailleurs, les nitrates peuvent se transformer en nitrites cancérigènes d’où une augmentation du risque de cancers du tube digestif. Un risque aujourd’hui contesté par les tenants de l’agriculture industrielle, sur la base de données scienti ques qui restent très discutables.

Un dernier de type de pollution a fait l’objet de vives polémiques entre partisans et adversaires de l’agriculture biologique. Il s’agit de la question des mycotoxines. Il s’agit de toxines produites par des champignons pathogènes qui peuvent se multiplier sur de nombreuses plantes – et en particulier des céréales – en culture ou lors du stockage.

Un argument très souvent avancé par les adversaires de l’agriculture biologique est que ses produits sont nécessairement plus contaminés par les mycotoxines puisque les cultures biologiques ne sont pas – contrairement aux conventionnelles – protégées contre les attaques de champignons par des fongicides. Un argument qui ne résiste pas à un examen objectif des contaminations réelles dans les deux modes de production. Cet examen montre clairement que la quantité de mycotoxines présente est parfois plus élevée dans les produits conventionnels et parfois plus élevée dans les produits biologiques, sans qu’il soit possible d’en déduire une tendance nette dans un sens ou dans l’autre. En réalité la présence de mycotoxines dépend beaucoup moins de traitements par des fongicides que d’un certain nombre de facteurs climatiques et agronomiques (rotation, importance des apports d’azote, type de travail du sol, choix des variétés).

L’argument « mycotoxines » contre les produits biologiques est donc tout simplement nul et non avenu, ce qui n’empêche pas certains – par ignorance ou mauvaise foi – de continuer à l’utiliser ! OGM et bio

Bien entendu, les OGM sont strictement interdits en bio, y compris les additifs. Des risques de contamination existent, surtout dans les pays où la culture des OGM est autorisée. Dans ces cas, éviter ces risques est très di cile. Un produit contaminé peut continuer à être vendu en bio s’il contient moins de 0,9 % d’OGM, une règle, établie par les autorités européennes, qui ne satisfait pas les organisations bio.