NUMERO : Juillet – Août 2014

La lutéine, l’alliée de vos yeux

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La lutéine est un caroténoïde de la classe des xanthophylles, tout comme la zéaxanthine et l’astaxanthine, que l’organisme n’est pas capable de synthétiser. Dépourvue d’activité provitaminique A, à la différence du bêta-carotène, ce pigment est un puissant antioxydant qui protège les cellules épithéliales du cristallin et de la rétine des dommages provoqués par les rayons ultra-violets (UVB) 1. D’ailleurs, la lutéine et la zéaxanthine sont les seuls caroténoïdes alimentaires présents dans le cristallin et dans la partie centrale de la rétine, appelée macula lutea, qui signifie « tache jaune ».

La lutéine absorbe la lumière bleue et les rayons UV et forme, avec la zéaxanthine, une sorte de couche protectrice au niveau des bâtonnets, les cellules photoréceptrices qui détectent les radiations lumineuses.

Comme la membrane extérieure des bâtonnets est riche en acides gras polyinsaturés particulièrement sensibles aux attaques de radicaux libres, la lutéine va limiter la peroxydation de ces lipides et protéger les protéines et l’ADN des cellules du cristallin contre les lésions oxydatives 2.

On la retrouve dans quels aliments ?

Malgré le fait que la lutéine soit un pigment jaune, on la retrouve plus particulièrement dans les légumes verts : chou vert frisé, épinard, brocoli, feuille de pissenlit, cresson, blette, basilic et persil frais, roquette, petit pois. Le jaune d’oeuf quant à lui en contient peu mais elle est mieux assimilée.

Quelles sont ses indications ?

Ralentir la progression de la DMLA

La dégénérescence maculaire liée à l’âge est le résultat d’un stress oxydatif chronique qui entraîne la mort des photorécepteurs dans la macula. Lors de l’étude AREDS – étude sur les maladies oculaires liées à l’âge – réalisée sur plus de 4500 participants âgés de plus de 60 ans, les chercheurs ont noté que l’apport en lutéine (et zéaxanthine) était inversement associé à la DMLA3 .

Ainsi, la prise de lutéine, alimentaire ou sous forme de compléments, va compenser la baisse de la densité des pigments maculaires, observée avec l’âge et renforcée chez les fumeurs.

Limiter le risque de cataracte

L’oxydation des protéines et des lipides du cristallin joue un rôle central dans la formation d’une cataracte liée à l’âge, ce qui suggère que certains antioxydants alimentaires peuvent jouer un rôle dans la prévention de cette maladie.

Des études prospectives, réalisées pendant 12 ans sur plus de 77 000 infirmières de plus de 45 ans, ont révélé que les femmes qui consommaient le plus d’aliments contenant de la lutéine, et de la zéaxanthine, avaient un risque 22 % plus faible de subir une opération de la cataracte que celles qui en consommaient moins 4.

Selon une autre étude 5 effectuée sur plus de 36 000 hommes de plus de 45 ans, pendant une durée de 8 ans, les chercheurs ont observés un risque 19 % plus faible de subir cette même opération chez ceux qui avaient des apports plus élevés en lutéine et zéaxanthine, mais pas avec les autres caroténoïdes. D’autres recherches tendent même à démontrer que la consommation de xanthophylles pourrait ralentir la progression de cette maladie.

La lutéine, et les aliments riches en xanthophylles, peuvent donc diminuer le risque de développer une cataracte suffisamment grave exigeant une opération, avant que ne s’installe une perte de vision.

Contre les éblouissements

Chez des patients atteints de cataracte sénile, la prise de suppléments de lutéine permet de réduite significativement la sensibilité à l’éblouissement et d’améliorer l’acuité visuelle. En effet, 17 patients cliniquement diagnostiqués avec une cataracte sénile ont été randomisés dans une étude en double-aveugle. Le premier groupe a pris pendant 2 ans un supplément de lutéine (15 mg, 3 fois par semaine), le second de l’alphatocophérol (100 mg) et le troisième un placebo.

La performance visuelle (acuité visuelle et sensibilité à l’éblouissement) des patients a été améliorée chez ceux qui prenaient la lutéine par rapport aux deux autres groupes, ce qui suggère qu’une plus grande consommation de lutéine, par les fruits et légumes qui en sont riches ou des suppléments, peut avoir des effets bénéfiques sur la performance visuelle des personnes atteintes de cataracte liée à l’âge.

Quel dosage et quand ?

Les recherches ont démontré qu’il fallait une supplémentation de 10 à 20 mg par jour de lutéine, à recommander pendant l’un des deux principaux repas puisque la présence de matières grasses améliore la biodisponibilité de cette substance liposoluble.

Angélique Houlbert

Nutritionniste

 

1) Chitchumroonchokchai C1, Bomser JA, Glamm JE, Failla ML. Xanthophylls and alpha-tocopherol decrease UVB-induced lipid peroxidation and stress signaling in human lens epithelial cells. J Nutr. 2004 Dec;134(12):3225-32.

2) Gao S1, Qin T, Liu Z, Caceres MA, Ronchi CF, Chen CY, Yeum KJ, Taylor A, Blumberg JB, Liu Y, Shang F. Lutein and zeaxanthin supplementation reduces H2O2-induced oxidative damage in human lens epithelial cells. Mol Vis. 2011;17:3180-90. Epub 2011 Dec 7.

3) Age-Related Eye Disease Study Research Group1, SanGiovanni JP, Chew EY, Clemons TE, Ferris FL 3rd, Gensler G, Lindblad AS, Milton RC, Seddon JM, Sperduto RD. The relationship of dietary carotenoid and vitamin A, E, and C intake with age-related macular degeneration in a case-control study : AREDS Report No. 22. Arch Ophthalmol. 2007 Sep;125(9):1225-32.

4) Chasan-Taber L1, Willett WC, Seddon JM, Stampfer MJ, Rosner B, Colditz GA, Speizer FE, Hankinson SE.A prospective study of carotenoid and vitamin A intakes and risk of cataract extraction in US women. Am J Clin Nutr. 1999 Oct;70(4):509-16.

6) Brown L1, Rimm EB, Seddon JM, Giovannucci EL, Chasan-Taber L, Spiegelman D, Willett WC, Hankinson SE. Brown L1, Rimm EB, Seddon JM, Giovannucci EL, Chasan-Taber L, Spiegelman D, Willett WC, Hankinson SE. A prospective study of carotenoid intake and risk of cataract extraction in US men. Am J Clin Nutr. 1999 Oct;70(4):517-24.

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