NUMERO : juillet-aout 2013

Les déodorants : un vent de fraîcheur dans le rayon hygiène et beauté…

Pourquoi transpire-t-on ?

La transpiration permet de réguler la température du corps et de la maintenir autour d’une valeur constante de 37°C. La sueur produite par les glandes sudoripares lui permet de se refroidir, comme le ferait de l’eau versée sur une surface chaude, son évaporation consommant de l’énergie pour avoir lieu (réaction dite « endothermique »). Cette énergie est puisée dans la chaleur du corps, d’où son refroidissement. Notre corps peut avoir reçu de la chaleur excédentaire, qui lui font dépasser ses 37°C « normaux », soit par l’extérieur (température de l’air, rayonnement solaire) soit de l’intérieur, par l’échauffement musculaire lors d’efforts physiques ou encore par la  fièvre en cas de maladie, qui est une des manifestations de défense contre les infections. L’émotion peut également provoquer des « sueurs », conséquence secondaire face au stress d’une sécrétion d’adrénaline, hormone entraînant une surexcitation des glandes sudoripares. Le nombre de ces glandes (2 à 4 millions au total) varie d’une zone du corps à l’autre. Elles sont surtout situées au niveau des aisselles et, 10 plus nombreuses que dans le dos, de la plante des pieds et de la paume des mains. Elles produisent de 0,5 à 1 litre de sueur par jour, et jusqu’à 3 litres lors d’un exercice physique important ou en cas de forte chaleur.

Quelles sont les conséquences négatives de la transpiration ?

Si la sueur est à 99 % constituée d’eau, ainsi que de minéraux, d’acide lactique (qui attire les moustiques), et de déchets organiques éliminés via la peau, sa composition précise varie selon le type de glandes sudoripares qui la produit.

La sueur des glandes dites eccrines (mains, pieds, poitrine, front) est claire et quasiment inodore, légèrement salée et acide (plus acide chez l’homme que chez la femme). Par contre, celle des glandes dites apocrines, moins nombreuses mais plus grosses, situées à proximité de nos organes génitaux et au niveau des aisselles, actives à partir de la puberté, contient aussi de l’azote, des protéines, des phéromones et est souvent mélangée avec du sébum, donc plus épaisse, laiteuse.

Une composition qui explique en partie son odeur. Mais cette sueur est surtout un aliment de choix pour les bactéries qui vivent à la surface de notre peau et qui la dégradent en la consommant, avec pour conséquences des composés chimiques à l’odeur peu agréable. Et plus on les laisse faire leur travail (c’est-à-dire moins on se lave), plus l’odeur sera forte.

Plusieurs facteurs peuvent aggraver l’odeur de la transpiration : une alimentation riche en aliments épicés, protéines animales, ail ou oignon, acide citrique, café ou chocolat, certains fromages… Outre les odeurs corporelles, la transpiration peut également provoquer une macération, dans des replis de peau par exemple, ou au niveau des pieds, ce qui peut entraîner l’apparition d’ampoules, d’eczéma ou de champignons.

Ne pas confondre déodorant et anti-transpirant

Une erreur courante est de penser que les anti-transpirants et les déodorants sont la même chose, ce qui n’est pas le cas. Les anti-transpirants agissent en bouchant ou en fermant les pores avec des actifs très astringents (comme les sels d’aluminium), empêchant la sueur d’en sortir.

Les déodorants empêchent l’apparition d’odeurs par action antiseptique sur les bactéries responsables de la dégradation de la sueur. Les déodorants sont de loin préférables car ils ne s’opposent pas à la transpiration, phénomène biologique naturel important pour notre organisme car il sert à la régulation de la température corporelle, comme dit plus haut, même si la surface sous les aisselles ne représente qu’une petite partie de la zone de régulation.

Ces deux actions différentes font que la composition de l’un et l’autre sont a priori également différentes, bien qu’il existe des produits combinant les deux actions. Le déodorant contient ainsi un ou plusieurs agents anti-bactériens chargés de masquer l’odeur de la transpiration et réduire le nombre de bactéries, ainsi que, souvent, du parfum pour remplacer les mauvaises odeurs par une bonne et donner une sensation immédiate de fraîcheur.

Un vrai déodorant n’a aucune raison de contenir de l’aluminium. Ils contiennent aussi parfois du talc (silicate de magnésium) ou de la poudre de plantes devant absorber les molécules odorantes. Pour les anti-transpirants, leurs fabricants affirment « réguler » la sécrétion de sueur et ne pas la bloquer. Il est conseillé de les appliquer le soir, sur la peau sèche et nettoyée, a n de permettre au produit de pénétrer la nuit dans les glandes sudoripares.

À l’inverse, on déconseille de les appliquer dans les deux jours suivant une épilation ou un rasage, pour éviter que les actifs ne pénètrent dans la peau.

Spray, stick ou bille ?

Les sprays représentent plus de 60 % des ventes. Leur usage est plus hygiénique (pas de contact avec la peau, on peut partager un flacon), et ils donnent donc une impression immédiate de fraîcheur. Leur formule par définition légère ne colle pas à la peau. Certains peuvent parfois laisser des traces blanches sur les vêtements quand ils ne sèchent pas assez vite, mais les compositions ont bien évolué. Dans certains cas, le format aérosol est considéré comme peu écologique, mais il y a de nombreux produits sans gaz propulseur : l’aérosol se forme par le système de pompe installé dans le capuchon. Leur e et est parfois moins durable.

Les déodorants à bille (roll-on) ou en stick laissent un film plus épais sur la peau, ce que l’on peut apprécier ou pas en raison de la sensation « humide » qu’il donne. Mais ils sèchent en général très vite et ne laissent pas de traces. Leur efficacité est en général plus durable, et ils sont donc à privilégier si on transpire beaucoup. Tous deux permettent de délivrer une dose exacte.

Le roll-on est de plus assez frais à l’emploi. Il existe aussi des déodorants en crèmes, qui peuvent être très adaptés aux peaux sensibles (ils ne contiennent normalement pas d’alcool), mais leur efficacité est parfois mise en doute.

Rappelons enfin la fameuse pierre d’alun, un minéral qui est un sulfate double d’aluminium et de potassium. Elle existe sous forme naturelle mais peut également être synthétisée à partir de sels d’ammonium et d’aluminium. Après avoir été légèrement humectée, elle laisse une fine couche saline sur la peau.

L’aluminium au cœur de la polémique

C’est l’hypothèse d’un lien entre aluminium et cancer du sein qui a dopé depuis quelques années le marché des déodorants sans aluminium en général et des déodorants bio en particulier. Si ce lien est toujours discuté, c’est beaucoup moins le cas de son implication dans des perturbations du système nerveux et du cerveau, qui est certaine.

Or des études sollicitées par l’AFSSAPS (aujourd’hui ANSM) ont montré que jusqu’à 18 % de l’aluminium contenu dans les déodorants (sous forme de chlorhydrate d’aluminium) peut traverser la peau quand elle vient d’être rasée ou épilée. Il y a donc bel et bien un risque sanitaire, surtout par effet d’accumulation par fixation sur les organes, l’aluminium soluble pouvant aussi provenir d’autres sources. Et certaines personnes utilisent quotidiennement des anti-transpirants à base d’aluminium… L’AFSSAPS avait préconisé en 2011 de limiter à 0.6 % la concentration en aluminium dans les produits antitranspirants ou déodorants pour une application quotidienne à long terme. En avril 2012, une revue comparative avait constaté que sur 14 produits testés, 6 dépassaient ce taux de 0,6 %… Ajoutons en plus qu’à forte dose ces sels d’aluminium sont irritants pour la peau.

Les chlorhydrates ou chlorures, sels solubles de l’aluminium, de toute façon interdits dans les cahiers des charges de cosmétique bio et naturelle, sont donc clairement à bannir. Mais la discussion a également atteint la pierre d’alun naturelle. Pour ses « fabricants », la pierre se transformerait sur la peau en oxydes de poids moléculaire important, peu solubles, qui ne passeraient donc pas la barrière cutanée. Mais des chercheurs de différentes facultés de médecine insistent sur le fait que selon eux, tant la pierre naturelle que la pierre synthétique présentent « potentiellement les mêmes risques de toxicité que tous les sels d’aluminium ». Des études supplémentaires ont été demandées par l’AFSSAPS.

L’alcool, « l’arbre qui cache la forêt » !

Comme le « sans sels d’aluminium », le « sans alcool » est souvent mis en avant. Certes l’alcool peut être desséchant ou même irritant sur une peau blessée, très sensible ou fraîchement épilée. Mais il ne faut pas oublier qu’il s’évapore rapidement au contact de la peau, et la plupart des consommateurs ne ressent aucun inconvénient à l’usage.

C’est donc un choix personnel. Ses propriétés antiseptiques et astringentes sont un réel avantage dans un déodorant et il participe également à l’effet rafraîchissant. Il est en tout cas de loin préférable à d’autres composants chimiques plus que douteux. Car si beaucoup de fabricants attirent donc les consommateurs par un « sans sels d’aluminium et sans alcool », il est dommage qu’on oublie que dans les déos non certifiés, quelle que soit leur présentation, se trouvent beaucoup d’ingrédients qu’il faut éviter : des conservateurs ou antioxydants comme l’EDTA, la chlorhexidine, le triclosan, le BHT, des silicones (siloxanes), des composants éthoxylés (PEG, PPG, ceteareth), des parfums du type composés nitromusqués, allergisants comme le bois de Cachemire, etc. Et, pour certains sprays, du propane ou du butane, gaz inflammables et qu’il vaut mieux ne pas respirer !

Quels actifs en bio ?

Nous ne nous étendrons pas ici dans le détail sur l’immense palette à la disposition des marques bio : nous vous renvoyons pour cela à votre fournisseur préféré. Aujourd’hui en e et, les plantes sont une riche source d’actifs, sous forme d’extrait, d’huile essentielle, d’eau  orale, qui trouvent tout à fait leur place dans des déos efficaces, ces plantes ayant souvent une efficacité multiple, de l’e et déodorant à l’action antibactérienne en passant par un rôle astringent. Citons en vrac : oseille, hamamélis, lierre, arbre à thé, marjolaine, cyprès, sauge, eucalyptus, romarin, lavande, géranium, cyprès, menthe, lichen… Plus des citrates ou du ricinoléate de zinc également déodorants, ou parfois des ferments naturels pour lutter contre les bactéries en leur « faisant concurrence » (« lutte biologique »). Ceux qui ne contiennent pas d’alcool (qui a donc ses avantages) sont à base d’eaux  orales rafraîchissantes et/ou astringentes, et les roll-on contiennent entre autres des huiles végétales comme émollients. Quant aux vaporisateurs, ils sont sans gaz propulseur car à pompe.

La bio a toute sa place sur un marché des déos dynamique : la France en est le leader en Europe (qui représente près de 50 % des ventes mondiales) avec 2 déos par an et par habitant. On sourira par ailleurs des allégations de protection de déos conventionnels allant jusqu’à 96 heures. Il est rare que sous nos latitudes on attende plus de 24 heures pour se laver. A l’heure où les consommateurs s’inquiètent avec raison de la composition des déodorants, on est en droit de se demander avec quels « arti ces » (arti ciel = synthétique) cette performance est atteinte. Et ça aussi il faut le souligner auprès des clients.