NUMERO : Juillet – Août 2014

Les détergents : « naturels » – ou pas ?

Bien sûr, tout dépend de ce qu’on entend par « naturel ». La plupart des consommateurs qui adhèrent à l’agriculture conventionnelle – par habitude ou par manque de conscience – parlera de ses légumes comme étant « naturels ». Les convaincus du bio n’auront pas la même appréciation : beaucoup d’entre-eux iront considérer les approches et techniques de l’agriculture conventionnelle comme une dégradation de la « naturalité ». De même pour beaucoup de transformations ou traitements après les récoltes.

Avant que nous soyons en mesure de donner une réponse valable à ces questions, il faudra définir ce que nous entendons par « naturel ». La définition la plus stricte est celle, de ne considérer comme « naturel » que les substances récoltées telles quelles et n’ayant subi par après que des traitements physiques : décorticage, pressage, broyage, filtration, distillation et similaires, traitements qui ne changent pas la structure chimique de la matière.

Cette approche a l’avantage d’être bien claire, mais elle a également des conséquences quelque peu drôles. Des produits familiers comme le fromage, le pain, le vin et la bière ne sont en effet pas… « naturels » ! Il n’y a pas d’arbre à fromage, de buisson à pain, ni des baies à vin ou des fruits de bière. Pour chacun de ces produits il y a obligatoirement une intervention humaine sur la matière naturelle. Vous pouvez laisser une cruche de lait sur votre seuil de fenêtre aussi longtemps que vous voulez, il n’en deviendra jamais un Camembert. Si la fermière normande Marie Harel n’avait pas, en 1791, suivi les conseils d’un prêtre originaire de Brie, nous n’aurions jamais connu ce délicieux fromage.

Au courant du 19e siècle une vague de romantisme a suscité l’intérêt pour tout ce qui était à l’état pur et sauvage, et a fait croire que c’était cela l’origine, ainsi que le vrai destin de l’homme. En réalité, il n’y a rien de mal à l’intervention humaine, pour autant qu’elle soit soutenable et raisonnée. De même pour les détergents. Il existe un tout petit nombre de substances à effet détersif, qu’on pourrait appeler « naturelles » : dans nos régions il y a par exemple les extraits du saponaire (Saponaria officinalis que nos

aïeux utilisaient pour remettre en état les dentelles et autres textiles fins. On connaît également des produits exotiques comme le bois de Panama (Quillaja saponaria) et plus récemment, les noix lavantes (Sapindus trifoliatus). Ce sont certains composants, les saponines, qui leur confient ce pouvoir détersif.

Toutefois, si nous allons mesurer l’efficacité des saponines sur les salissures et textiles modernes, en temps réel, c’est une déception : elles lavent toutes un peu mieux que l’eau pure. Et elles ont des caractéristiques moins élégantes : irritantes pour les muqueuses, elles ont une toxicité aquatique marquée, et les noix de lavage par exemple ont des effets spermicide et molluscicide. Il faut donc bien faire attention quand on les utilise !

Revenons au vrai savon, le détergent le plus ancien que nous connaissons. Il n’est pas « naturel », puisqu’il faut bouillonner de l’huile ou de la graisse pendant plusieurs heures à 95°C avec de la soude caustique. Puis il faut un relargage à l’eau salée, qui enlèvera l’excès de sels caustiques – c’est la méthode Marseillaise. Le pain de savon qu’elle nous fournit après séchage est relativement neutre pour la peau.

En forme de poudre ce savon à été le composant majeur des poudres à laver jusqu’à la première guerre mondiale. Et il est toujours présent dans les produits lavants actuels : le vrai savon a notamment la faculté merveilleuse de tenir en suspens les salissures enlevées des textiles.

 

Dans le prochain numéro :

« Les tensioactifs, des ions partout »