NUMERO : Juillet – Août 2014

Concentré ? Dilué ?

Concentrilué

Nous devons d’abord définir ce que veut dire « concentré ». Pour cela, il faut trouver le point zéro auquel on se réfère. Un produit vaisselle-main de marque aura une concentration moyenne en matières actives qui ne dépassera guère les 18-20 %, qui aura donc 80-82 % d’eau. Tromperie ? Non, cette concentration est devenue tellement usuelle que plus concentré ira causer des surdosages – mais aussi des problèmes d’ordre technique. Chaque catégorie des produits détersifs a son propre niveau médian de concentration, et ces médians sont très différents l’un de l’autre. Le prédicat « dilué » ne pourra donc s’appliquer que si un produit quelconque dévie sensiblement en-dessous de son médian usuel. Et il va de soi qu’aucun producteur n’affichera cela ! Quelles peuvent être les raisons d’offrir des produits « dilués » ?

Nous pouvons distinguer trois aspects différents liés à un achat de détergent. Deux sont très visibles, un reste caché :

1.L’aspect financier :

le prix du produit par unité présentée à l’étagère

2.L’aspect « perception » :

impression générale que fait le produit

3.L’aspect technique :

invisible, on se fie principalement à des jugements externes.

Le lecteur averti remarquera que l’aspect de la soutenabilité ne figure pas dans cette énumération. En effet, c’est rarement un élément décisif lors de l’achat. Spécialement dans les magasins bio le consommateur sous-entend que le producteur – ainsi que le tenancier du magasin – ont sélecté les produits en vente à base de leur qualité soutenable, dont la qualité écologique fait partie.

 

Conflits multiples

La technicité du produit décidera de son efficacité et de son prix. Les producteurs de détergents soutenables doivent faire un choix judicieux parmi les ingrédients soutenables, en même temps assurer l’efficacité et en plus, rester abordables question prix. Pas facile, parce que ce genre d’ingrédients ne fait toujours pas foule. À partir de ce choix restreint, il doivent composer des détergents chimiquement et biologiquement stables, et sans risques lors de la manipulation et l’utilisation par le consommateur. Il faut éviter de transporter une quantité importante d’eau – cet aspect deviendra de plus en plus important. Toutes ces exigences générent une situation à conflits multiples. Un détergent très concentré est

difficile à stabiliser et peut poser des problèmes à la dilution. Par sa concentration, il pourra générer des risques de santé à la manipulation. On se retrouvera avec un détergent classé légalement comme « à risque » , portant les mentions irritant, corrosif, nocif, … Dans la situation actuelle personne ne voudra acheter un tel produit, bien qu’il puisse-t-être parfaitement soutenable !

Dans le passé récent il y a eu plusieurs initiatives de ce genre, avec même des petits flacons de 100 ml, destinés à être dilué par le consommateur jusqu’à l000 ml. Elles on toutes échouées. Comme dans une pièce de théatre, la technique reste cachée…

La perception est l’aspect le plus visible du détergent – en parallèle, le plus irréel. Flacon vert, produit vert, étiquette verte, noms suggestifs, slogans prometteurs, parfum de pommes, montagnes de mousse… Encore et toujours on se laisse troubler le jugement : les colorants sont de la synthèse superflue, les slogans des châteaux en Espagne. Il n’existe point de parfum de pommes naturel et la mousse ne nettoie pas. Tous ces éléments ne représentent pas du tout la qualité réelle d’un détergent soutenable.

 

Cacahuètes

J’aime recycler un dicton américain : « Quand on paie en cacahuètes, on attire des singes ». Quoi qu’on fasse, un détergent de qualité a son prix équitable : exiger un prix inférieur, c’est « une invitation à la dilution ». On ajoutera une certaine quantité d’eau qui va faire baisser le prix – et la qualité.

Inévitablement, le futur sera un futur du concentré. Imaginez-vous qu’on puisse réduire les multiples transports de détergents à 30 % de leur tonnage actuel ! Ce futur a commencé hier, mais pour se réaliser il nécessitera l’intérêt et la participation active des producteurs, des points de vente comme celle des consommateurs.