NUMERO : sept-oct 2010

Projecteurs sur le cosmétique naturel et bio

Evolution du marché des produits cosmétiques naturels et biologiques

Au niveau mondial
● En 2007, le marché du cosmétique conventionnel représentait 200 milliards d’euros de chiffre d’affaires alors que le cosmétique bio représentait 4,75 milliards d’euros ; soit un peu plus de 2 % du cosmétique mondiale.
● En 2008, le cosmétique bio atteignait les 5,9 milliards d’euros.
● En 2010, il devrait dépasser les 6,7 milliards d’euros avec deux moteurs de croissance : l’Europe (28 %) et les États-Unis (65 %) qui représentent 15 % du marché des cosmétiques (sources Kline, Mintel, TNSwp, CEGMA Topo, Organic Monitor et Cosmebio). Ce marché est caractérisé par un grand dynamisme. Les lancements se succèdent avec, pour l’année 2007, en tête, les États-Unis avec 380 lancements et la France avec 350 lancements (l’Allemagne et l’Angleterre n’ont que 75 lancements).

En Europe
● en 2007, tous secteurs confondus, les ventes des produits cosmétiques et des parfums étaient d’environ 50 milliards d’euros.
● En 2008, le segment des cosmétiques bio dépassait les 1,5 milliards d’euros, soit environs 3 % du marché des cosmétiques en Europe. La croissance du cosmétique bio est d’environ 20 % par an, poussé par l’apparition de nombreux nouveaux produits et nouvelles marques. Entre 2007 et 2008, le nombre des sociétés qui a sollicité un label bio a augmenté de 40 %, émanant de 700 demandes de sociétés, dont 500 françaises. Le nombre de produits s’est accru de 80 %, soient 8000 références supplémentaires dans les linéaires.

En France La France s’affiche comme le deuxième marché le plus important après l’Allemagne où quatre marques historiques se partagent 80 % du marché (Weleda, Logona, Dr Hauschka, Lavera).
● En 2007, ce marché représentait 210 millions d’euros.
● En 2008, 250 millions d’euros, soit 3 % du marché du cosmétique en France contre 1,6 % en 2007.
● En 2009, ce marché a atteint les 300 millions d’euros.
● Le taux de croissance depuis 2004 est de 30 à 40 % tous secteurs confondus, alors que le conventionnel n’enregistre dans le même temps qu’une croissance de 4 %.
● Les projections en 2015 portent ce marché à 30 % du marché global des cosmétiques (contre 1,6 % en 2007).
Actuellement, la France est le pays dans lequel le marché des cosmétiques bio progresse le plus. En 2007, en France, la répartition du chiffre d’affaires par segment (en Millions d’euros et en %) des cosmétiques bio était la suivante :
– 1er segment : les produits de soin (crèmes, masques pour le visage et le corps) : 111 millions d’euros soit 74 %,
– 2ème segment : la toilette (savons, déodorants, dentifrices…) : 25,5 millions d’euros soit 17 %,
– 3ème segment : les produits capillaires (shampoings, après-shampoings, lotions…) : 7,5 millions d’euros soit 5 %,
– 4ème segment : le maquillage (mascaras, fonds de teint, fards à paupières…) : 4,5 millions d’euros soit 3 %,
– 5ème segment : la parfumerie : 1,5 millions d’euros soit 1 %.

Répartion du chiffre d’affaires des cosmétiques bio en France en 2007 (en millions d’euros) (Tableau extrait du master sur les cosmétiques bio et naturels, juin 2009, ESC Toulouse)

Répartition des segments par marché (traditionnel ou bio) sur le Marché Français en 2007 (en %)

En 2007, la segmentation par canal de distribution en France était la suivante :
● 30 % para pharmacie (prix public 20 à 45) contre 16 % pour le cosmétique conventionnel (+6.5 % d’augmentation en 2007),
● 30 % magasins bio/diététique (prix public 15 à 35),
● 15 % GMS (prix public 5 à 20) contre 27,8 % pour le conventionnel (+1.6 % d’augmentation en 2007)
● 20 % internet (prix public 20 à 100),
● 5 % parfumeries sélectives + grands magasins (25 à 100) contre 51.1 % pour le conventionnel (+3.8 % d’augmentation en 2007).
D’après Stéphanie Poupinneau, Conseil Marketing de TNS Worldpanel, la répartition des produits Bio, Verts et Equitables évoluent de la façon suivante : « les hypermarchés et supermarchés traditionnaux gagnent du terrain et permettent à ces segments de marché d’élargir leur cercle d’influence. Les marques de Distributeur (MDD) s’imposent grâce à l’élargissement de leur offre et deviennent un moteur de croissance pour ce secteur, bien que sur les produitsverts, elles progressent moins vite que les marques nationales. Deleur coté, les circuits spécifiques stagnent, et sont surtout fréquentés par les plus gros dépensiers de l’alimentaire biologique, mais le circuit a l’air de se développer sur les produits équitables. Enfin, en terme d’enseigne, Carrefour affirme sa position de Leader sur l’alimentaire biologique et Système U est l’enseigne qui progresse le plus sur les produits équitables».
D’après l’étude Cegma topo, label ou pas, un cosmétique bio sera jugé plus « crédible » s’il est proposé en magasin bio ou dans les circuits des pharmacies et parapharmacies. Les grandes surfaces et les « hard discount » souffrent d’un déficit d’image impressionnant : près des ¾ des personnes interrogées ne leur font pas confiance sur ce segment.
Selon Sandi Jaidane, Consultante en Stratégie Marketing & Communication sur les cosmétiques naturels et bio, « de nombreuses études montrent une segmentation croissante du marché français et européen des cosmétiques bio. Les nouveaux entrants tout comme les fournisseurs existants développent de nouveaux produits spécifiques : soit à certains segments et à certains canaux de distribution comme les produits pour femmes enceintes ou allaitantes, pour bébés, peaux atopiques, adolescents, hommes…, soit au regard de leur utilisation comme les soins destinés aux professionnels en instituts, en cliniques esthétiques… D’autrepart, les réseaux de distribution créent leur marque distributeurs bio, démocratisant ainsi l’accès à ces produits jugés souvent trop chers par les consommateurs ».
Consommation
Le budget annuel alloué aux cosmétiques bio est de 25 euros par an contre environ 45 pour l’alimentation bio. Selon une étude Marionnaud, 17 % des ventes sont naturels ou bio (soit 5 produits par jour par magasin), le coeur de cible est la femme de plus de 30 ans et la moyenne d’achat est de 5 produits par an à l’essai en complément de ses autres gammes habituelles. Enfin, cette consommatrice achète 2 à 3 fois plus que la consommatrice de conventionnel avec un panier moyen bien plus élevé (+50 % en plus).

Rappel sur les principaux logos européens

L’écolabel officiel européen pour les savons, shampoings et après-shampoings.
Nous ne pouvons pas passer sous silence cet Ecolabel officiel présent sur de nombreux produits fabriqués en très grandes quantités. Les savons, shampoings et après-shampoings labellisés sont formulés à partir d’ingrédients d’origine naturelle, mais sans aucune obligation d’ingrédients biologiques. Les garanties de cet Ecolabel par rapport aux produits conventionnels sont les suivantes :
– les produits labellisés contiennent moins de substances dangereuses pour l’environnement et la santé.
– Ils ont un impact réduit sur le milieu aquatique, ils répondent à des normes élevées de biodégradabilité et ils utilisent moins d’emballage.
Certains ingrédients ne sont pas autorisés, tels les alkyl-phénoléthoxylates et autres dérivés d’alkyl-phénols, l’acide borique, les borates et les perborates, les nitromuscs et les muscs polycycliques et les NTA.

Quelques exemples de garanties Une spécificité Française.
Ecocert, organisme certificateur, certifie les produits cosmétiques biologiques et écologiques définis dans différents cahiers des charges. Le plus connu est le cahier des charges Ecocert, élaboré à partir de la charte Cosmébio, créée par une association de professionnels. Cette charte définit deux niveaux de certification auxquels correspondent deux logos : BIO ou ECO. Une garantie commune aux deux niveaux de certification le minimum de 95 % d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle sur le total des ingrédients, y compris l’eau.
● Cosmétique biologique :
– au minimum 10 % des ingrédients naturels et d’origine naturelle sont certifiés BIO,
– au minimum 95 % des ingrédients végétaux sont certifiés BIO.
● Cosmétiques écologiques :
– au minimum 5 % des ingrédients naturels et d’origine naturelle sont certifiés BIO,
– au minimum 50 % des ingrédients végétaux sont certifiés BIO.

BDIH :
Le label allemand garantit des principes de formulation principalement naturelle. Ce cahier des charges est construit autour :
– d’une “liste positive” d’ingrédients naturels autorisés. Elle contient 690 composants sur les 20 000 répertoriés. Un seul ingrédient non autorisé exclut la certification du produit entier.
– des listes de substances interdites (colorants organiques synthétiques, parfums synthétiques, silicones…) et de procédés interdits (irradiations…).
– les bases lavantes et les émulsifiants sont d’origine végétale et obtenus par des techniques dites “douces” (hydrolyse, estérification…). Point important, ce cahier des charges n’impose pas de pourcentage d’ingrédients Bio. Seuls quelques-uns des 690 ingrédients de la liste positive sont obligatoirement bio.

Le label Nature et Progrès :
Le label Nature et Progrès est un des labels les plus exigeants. Il est attribué à des produits cosmétiques naturels et biologiques comportant 100 % d’ingrédients végétaux certifiés BIO (AB, Demeter ou Nature & Progrès) et aucun produit de synthèse. De nombreux ingrédients et procédés sont interdits. Les emballages et suremballages doivent être biodégradables ou recyclables. De plus, pour pouvoir apposer le logo N&P, 70 % des gammes cosmétiques de l’entreprise doivent satisfaire au cahier des charges N&P.

Les référentiels cosmétiques européens

Le Cosmos standard
Le Cosmos standard propose deux niveaux de certification, naturelle et biologique. Ce standard a été conçu par le groupe de travail regroupant les associations de professionnels ayant chacun ses propres labels nationaux. C’est pourquoi des concessions ont été faites pour satisfaire tout le monde quant à la nature des ingrédients et les procédés de fabrication utilisés. Le résultat est difficilement accessible pour un non-initié, notamment dans les calculs différents du pourcentage Bio au niveau des ingrédients et au niveau du produit cosmétique.
5 catégories d’ingrédients, dont 2 catégories certifiables :

Le principe du Cosmos :
la valeur du bio correspond à la plante bio introduite, eau de la plante comprise, ce qui implique une prise en compte du ratio plante/extrait ou plante/produit final. De nombreux ingrédients sont concernés par une période d’adaptation de 3 à 5 ans :
– 2013 : concerne les ingrédients obtenus par un processus physique : 100 % de ces ingrédients devront être issus de cultures Biologiques.
– 2015 : concerne les ingrédients obtenus par un processus chimique : 30 % de ces ingrédients devront être issus de cultures Biologiques.
D’autre part, certaines questions restent en suspens, comme la question du choix du logo, qui n’est pas encore tranchée. La nouveauté réside dans l’introduction des 12 principes de la chimie verte.

Le label NaTrue :
Il propose 3 niveaux de certification :
– Le cosmétique naturel certifié : COSMÉTIQUES NATURELS (anciennement 1 étoile),
– Le cosmétique naturel avec ingrédients biologiques : COSMÉTIQUES NATURELS EN PARTIE BIO, (anciennement 2 étoiles),
– Le cosmétique biologique certifié : BIOCOSMÉTIQUES (anciennement 3 étoiles).
Ce label propose une nouveauté : il introduit la notion de catégories de produits, à l’intérieur desquelles sont définis des critères de certifications spécifiques. Le point faible est l’utilisation d’ingrédients natures-identiques obtenus par la chimie conventionnelle. Cette utilisation est limitée au cas où l’extraction de la substance naturelle n’est pas techniquement réalisable. Les ingrédients natures-identiques font partie d’une liste positive. Des exigences au niveau :
– des ingrédients : 4 catégories + procédés,
– des produits finis : 13 catégories,
– des étiquetages : 3 niveaux de labellisation.
4 catégories d’ingrédients :
– Eau,
– Matières premières naturelles non chimiquement transformées (natural) : huiles, extraits végétaux,…
– Matières premières nature-identiques (nature-identical) : conservateurs, minéraux, pigments,
– Substances transformées d’origine naturelle (nearly natural) : matières grasses, huiles, cires, lécithines, …
13 catégories de produits :
Huile/produits sans eau, Parfums, Emulsions et gels soins cutanés, Protection solaire, Emulsions et gels soins capillaires, Produits d’hygiène avec des tensioactifs, Produits bucco-dentaires, Produits de maquillage sans eau, Savons … Actuellement 531 produits cosmétiques sont certifiés avec une répartition suivante au début 2010 : COSMÉTIQUES NATURELS (anciennement 1 étoile) : environ 40 %, COSMÉTIQUES NATURELS EN PARTIE BIO, (anciennement 2 étoiles) : environ 20 %, BIOCOSMÉTIQUES (anciennement 3 étoiles) : environ 40 %. Les sociétés labélisées sont essentiellement allemandes (Weleda, Primaveralife, Wala, Laverana, Andrea Bioderman Mineral, Belt’s bioprodukte, Logocos, Marie W, Dr Scheller, Kneipp-werke, Ocean-Basis, Peter greven physioderm…)
Essai de comparaison NaTrue et Cosmos

Eléments de comparaison entre ingrédients bio et conventionnels

Le pré-requis, quelque soit l’ingrédient utilisé en conventionnel ou en cosmétique naturel et/ou biologique, est qu’il doit répondre aux obligations de la Directive cosmétique 76/768 et ses modifications successives, et, à partir de juillet 2013, du Règlement cosmétique 1223/2009. En terme de sécurité du consommateur, l’ingrédient utilisé doit avoir démontré son innocuité dans son utilisation. C‘est pourquoi, la réglementation cosmétique a définie dans ses annexes :
– une liste négative regroupant plus de 1132 substances interdites, soit appartenant au domaine pharmaceutique, soit toxiques,
– une liste de substances soumises à restrictions : limites de concentration et d’utilisations,
– des listes positives de colorants, de conservateurs et de filtres solaires. D’autre part, une réévaluation des ingrédients est prévue au niveau européen par le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (SCCS). La principale différence entre un ingrédient conventionnel et un ingrédient naturel et biologique concerne son impact environnemental direct ou indirect et les conséquences sur le santé humaine. En effet, la Directive cosmétique a été élaborée sur la sécurité du consommateur mais n’a jamais pris en compte les aspects environnementaux des activités humaines. Comme nous l’avons vu, chaque cahier des charges biologique et naturel va plus loin et définit des critères techniques et qualitatifs encore plus restrictifs par la prise en compte de l’impact environnemental des substances tout au long de son cycle de vie et les conséquences indirectes sur la santé humaine. En fonction de ces critères, chaque référentiel identifie les ingrédients par catégorie (par exemple, 5 catégories pour le Cosmos standard, et 4 catégories pour NaTrue) et propose des listes positives et négatives d’ingrédients.

Voici quelques éléments de comparaison entre ingrédients conventionnels et ingrédients biologiques et naturels

L’eau
L’eau en conventionnel doit répondre à des critères de pureté principalement microbiologique, les autres critères sont liés aux contraintes de formulation en termes de dureté par exemple. En cosmétique naturel et biologique, l’eau ne doit pas contenir de résidus de polluants. Elle peut être de l’eau potable, de l’eau de source, de l’eau obtenue par osmose inverse, de l’eau distillée ou de l’eau de mer. Dans tous les cas, elle ne pourra être traitée qu’avec les procédés physiques préconisés par la plupart des référentiels.
Les tensioactifs
Ce sont des molécules à la fois hydrophiles et lipophiles ce qui leur permet de former des solutions micellaires et leur confère des propriétés très intéressantes telles que pouvoir mouillant, moussant, détergent, dispersant, solubilisant, émulsionnant. Ses propriétés s’expriment à différents degrés en fonction de leur structure. Il existe plus de 5000 tensioactifs sur le marché mais seulement quelques uns sont utilisables en cosmétiques par rapport aux résidus d’impuretés et de tolérance. Les plus connus en conventionnel sont les esters de glycol, PEG et PPG, pour lesquels à la fois les processus d’obtention (pétrochimie) et les critères de biodégradabilité ne sont pas compatibles avec les obligations des référentiels en cosmétique naturel et biologique. En revanche, les tensioactifs d’origine végétale (base sucrière telle que betterave à sucre) fabriqués selon les principes de la chimie verte et/ou avec des processus tels que estérification, hydrolyse, hydrogénation, sont admis par les référentiels en Cosmétique Biologique & Naturel.
Les épaississants
Ils vont procurer à l’émulsion de l’onctuosité, de la densité. Le carbomer, d’origine chimique, est un des principaux texturants en conventionnel ; les principaux texturants d’origine naturelle sont extraits des algues : alginates, carraghénates, ou d’origine végétale comme la gomme guar.
Les antioxydants
Ces substances vont empêcher le rancissement des huiles insaturées présentes dans l’émulsion ou la dégradation d’extraits végétaux riches en oxydases. Ils sont d’origine synthétique, utilisés en conventionnel, ou d’origine naturelle, acceptés en cosmétique naturel et biologique. Pour les synthétiques, nous trouvons essentiellement le BHT, le BHA, les gallates de propyle, octyle, dodécyle. Pour les synthétiques, l’alpha-tocophérol et son acétate, l’ascide ascorbique et le palmitate d’ascorbyle, les extraits de romarin, de ginkgo biloba… Ils sont tous lipophiles à l’exception du propyl gallate et de l’acide ascorbique.

Les principes actifs
Les actifs utilisés en cosmétique sont très divers. Les formulations sont en général construites autour du principe actif, en fonction de ses caractéristiques physico-chimiques. Ils sont d’origine synthétique ou naturelle en conventionnel. Ils sont uniquement d’origine naturelle en cosmétique biologique.
Les Parfums
Ils sont incorporés soit sous forme de compositions d’origine naturelle et liposolubles, principalement à base d’huiles essentielles, soit des mélanges de substances solubilisées en présence d’un tensioactif. Afin de pallier à la complexité et à la variabilité olfactive des substances naturelles, le cosmétique conventionnel a développé une très large gamme de parfums composés de substances synthétiques pour lesquelles l’impact environnemental n’avait jusqu’à ce jour pas été pris en compte. Le cosmétique biologique n’admet que les substances d’origine naturelle.

Point d’actualité réglementaire

Jusqu‘en 2009, aucune réglementation spécifique n’avait été définie pour les cosmétiques Biologiques & Naturels. Depuis quelques années, la profusion des labels et logos nationaux et privés a entrainé une confusion chez le consommateur et a fait apparaître la nécessité d’organiser toutes les initiatives nationales. Historiquement, deux initiatives ont vu le jour au niveau européen :
● Un référentiel d’harmonisation des démarches nationales :
– en 2003, création du groupe d’harmonisation européenne entre 6 organisations,
– fin 2009, publication du Cosmos-standard,
– le 18 mai 2010, création de l’association COSMOS-standard AISBL.
● Un label européen : quelques industriels allemands créent en 2008 le label NaTrue.
● Sur le plan international, une initiative a vu le jour en 2009. Sous l’impulsion de l’association européenne des industriels du Cosmétique conventionnel, le Colipa, l’Espagne a proposé à l’ISO, au niveau du TC217, WG n°4 « Terminology », de donner des définitions et des critères pour les cosmétiques naturels et biologiques. Ce groupe de travail fait l’objet d’une large audience internationale via les délégations, car de nombreux pays ont une approche des cosmétiques naturels liée à leurs usages traditionnels mais peu de pays ont développé leur propre référentiel sur les cosmétiques biologiques & naturels.

Quelques exemples :

– en Indonésie : historiquement, les cosmétiques traditionnels à base de substances naturelles sont largement utilisés et font partie des produits appelés JAMU.
– au Japon : un standard cosmétique Biologique et Naturel est en cours de discussion,
– aux Etats-unis : publication en janvier 2008 du NSF Standard for the Organic Personal Care Products et application en 2010.
Une première réunion a eu lieu le 2 juin dernier à Monaco. Le point suivant a fait l’unanimité au sein des délégations des pays : cette norme ne s’adressera pas à l’étiquetage et aux revendications du produit. La prochaine réunion aura lieu à Kyoto en octobre 2010.
Au niveau européen, les cosmétiques naturels et biologiques sont sous les projecteurs. En effet, la Commission a souhaité harmoniser ce marché à travers la création en 2009 de deux groupes de travail, un au niveau du CEN (le TC392 : pour la normalisation des méthodes, en groupe miroir de l’ISO TC217) et l’autre au niveau de la DG Sanco (le sous groupe « Claims – cosmetics » : pour l’encadrement des revendications). La Commission a souligné que l’objectif global du sous-groupe « Claims » était d’examiner les revendications déjà utilisées à l’égard des produits cosmétiques et d’identifier certaines allégations spécifiques pour lesquelles l’utilisation de certains critères communs sont applicables. De plus, l’association des consommateurs européens, le BEUC, a demandé que les cosmétiques bio et naturels soient mieux encadrés afin de diminuer les risques de confusion dus à la multitude des labels et des revendications, notamment en terme de méthodologie pour justifier les allégations. La mise en oeuvre de lignes directrices devrait commencer d’ici la fin 2011/début 2012 accompagnées d’une plan de surveillance du marché sur 4 ans et d’un rapport pour le Parlement européen prévu pour 2016.

Les conservateurs
Ce sont des ingrédients indispensables pour la conservation des émulsions sauf si le conditionnement final du produit apporte les garanties de conservation minimales requises par la réglementation. Leur choix dépendent de nombreux critères dont les principaux sont les suivants : la législation, la solubilité, le spectre d’activité, le pH du milieu, la tolérance cutanée, le type d’émulsionnant utilisé, le conditionnement… La Directive cosmétique 76/768/CEE a fixé les conservateurs admis dans les produits cosmétiques dans l’annexe VI, liste positive de 57 substances qui ne peuvent être employées que dans les conditions prévues. Cette liste positive limite leur utilisation par trois facteurs : une concentration maximale autorisée, des limitations et des exigences, des conditions d’emploi et avertissements à reproduire sur l’étiquetage. L’exigence essentielle d’un produit cosmétique biologique ou naturel est de privilégier, dans le choix des matières premières, leur origine naturelle sur toute autre origine (pétrochimie…). Ceci afin de répondre aux exigences essentielles du règlement européen CE/834/2007 sur l’agriculture Biologique. Les conservateurs n’échappent pas à cette règle et les différents cahiers des charges nationaux ou européens pour la certification biologique d’un cosmétique proscrivent les conservateurs de synthèse. Par exemple, le Cosmos-standard accepte cinq conservateurs de l’annexe VI, en tant que molécules présentes dans la nature (Acide benzoïque et ses sels, Alcool benzylique, Acide dehydroacetique et ses sels, Acide salicylique et ses sels, L’acide sorbique et ses sels). Le label Na True reprend la même liste à l’exception de l’acide dehydroacetique et ses sels remplacé par l’acide formique, l’acide propionique et ses sels.

Liste des agents conservateurs du label Na-True

Afin d’être efficace contre les microorganismes, la conservation des produits cosmétiques biologiques ou naturels nécessite de développer une nouvelle approche combinant différentes techniques comme l’utilisation de substances appartenant à des listes plus ou moins restrictives de conservateurs autorisés car l’utilisation des nano particules est proscrite. D’autres process comme la stérilisation sont intéressants à condition qu’il n’y ait pas détérioration des substances et respect de l’environnement. Rappelons que la radiation

est interdite. La recherche de conditionnements limitant les risques de contamination (uni doses, airless…) est une approche délicate car elle doit rester compatible avec les exigences écologiques (limitation des emballages). Enfin, la maîtrise de la notion d’autoprotection de la formule implique la présence de substances qui possèdent des propriétés microbiologiques sans être des conservateurs comme les alcools (éthylique, benzylique), les glycols aliphatiques (propylène glycol, glycérine), les savons, certains acides gras (monolaurine, lipoaminoacides), les agents antioxydants qui agissent en synergie avec les conservateurs traditionnels ( BHT, EDTA…) et enfin, les substances issues de plantes ou d’animaux riches en substances aux propriétés microbiologiques. Ces dernières sont composées de certains extraits végétaux (saule, peuplier, sorbier…), de matières premières apicoles (propolis, miel…) ou d’huiles essentielles comme la cannelle, l’eucalyptus et le niaouli. Toutefois, de nombreuses études fondamentales ont été réalisées avec les principaux composés des huiles essentielles sur les mycètes. Il apparaît que les hydroxyles aromatiques possèdent une remarquable efficacité à l’encontre des micro-organismes pathogènes. En revanche, la toxicité de certains constituants nécessite une démarche d’évaluation des risques approfondie.

Les autres autoprotections :
● le pH d’une émulsion et l’action des acides organiques : le pH dépend du pKa des acides organiques présents dans la formule. Seule la forme acide pénètre dans la cellule du microorganisme ; l’élimination du proton va utiliser l’ATP cellulaire et épuiser ce dernier entrainant la mort cellulaire.
● La diminution de l’activité de l’eau (aw) par addition de NaCl, glycérol, sorbitol… ou par une formulation E/H,
● l’ajout d’alcool (d’origine biologique) : utilisation délicate compte tenu de son statut CMR non clarifié en usage topique d’un point de vue réglementaire ; il peut également solubiliser certains tensio-actifs dans la formule et initialiser des synergies avec d’autres constituants.
Cette approche avait été présentée au congrès de Chartres par Mme Pascale Besson, en novembre 2008

Conclusion

Les substances naturelles qui possèdent des propriétés microbiologiques sans être des conservateurs n’ont pas fait l’objet d’évaluation par le SCCP. Les substances d’origine naturelle étant de composition complexe et variable, leur sécurité d’emploi nécessite en amont de garantir leur qualité par la caractérisation de la substance naturelle, à partir d’un échantillon représentatif, précisant ses caractéristiques physiques, organoleptiques, chimiques et chromatographiques, la maîtrise de la qualité des matières premières qui seront identifiées et contrôlées et la définition des procédés d’obtention, de conservation et de stockage.

Enfin, l’évaluation de la sécurité d’emploi pourra s’appuyer sur les documents de références, pour ne citer que les plus connus :
● Les monographies officielles (ESCOP / HMPC, Pharmacopées…),
● Les opinions du SCCS pour les substances qui auront fait l’objet d’une évaluation comme les extraits de Tagetes eructa, minuta et patula, ou l’essence de Tea Tree,
● Les standards internationaux (IFRA…),
● Les recommandations de l’AFSSAPS : celle concernant l’évaluation de la sécurité d’un ingrédient cosmétique ou d’une combinaison d’ingrédients à usage cosmétique, et celle relative aux critères de qualité des huiles essentielles.
Ces éléments seront nécessaires pour étayer le dossier d’évaluation dans le cadre du futur règlement cosmétique….

Laurence MULON Consultante –
Stratégie de Développement –
Le végétal au coeur de l’innovation

Tél : 01.43.97.42.02 Port : 06.25.42.25.92
www.mulon-conseil.fr /