Innover en bio : regards croisés sur les attentes des distributeurs et les leviers de développement

De gauche à droite : Goulven Oillic (Interbio Bretagne), Louis Jardel (dirigeant d’Actibio, spécialiste des ingrédients bio), Patrick Boidron (directeur adjoint Chlorophylle), Julien Orain (dirigeant des magasins Biocoop de Savenay et Pontchâteau) et Pascal Guillet (directeur adjoint Chlorophylle).

Quels sont les produits qui feront la croissance du bio demain ? Comment les distributeurs sélectionnent-ils les innovations ? Quels défis logistiques et économiques le secteur doit-il relever ? C’est lors d’une table ronde à Pro Bio Ouest que les magasins Chlorophylle et Biocoop ainsi que la société Actibio (fournisseur d’ingrédients) ont partagé leurs visions et leurs expériences autour de l’innovation, du référencement et des perspectives de développement du marché bio.

 

Tendances et innovations : le renouveau de l’offre

Le marché est actuellement dynamisé par des segments émergents qui compensent le déclin de certains secteurs comme le vin. Les distributeurs spécialisés bio notent une « véritable explosion » des boissons fermentées comme le kéfir et le kombucha et du segment sans alcool, qui prend une place « assez impressionnante » en rayon.

Parallèlement, la tendance riche en protéine est décrite comme assez « folle », s’étendant désormais aux petits-déjeuners et même à des eaux enrichies, selon Louis Jardel. L’innovation se tourne également vers l’upcycling (valorisation des co-produits), avec l’ambition de « valoriser 100 % de la culture », à l’image des pépins de raisin transformés en huile ou des peaux de fèves de cacao utilisées en tisane.

D’autre matière première innovante et exotique moins connue comme l’açaï participe aussi au renouvellement de l’offre sur le marché bio selon Julien Orain. L’açaï s’installe désormais « sérieusement sur les étals » à travers diverses déclinaisons, notamment dans les produits laitiers. On le retrouve particulièrement au rayon surgelé sous forme de pulpe, un format utilisé pour la préparation de smoothies ou de « bowls ».

 

Du crash test à la liberté de choix

Pour sélectionner ces innovations, Chlorophylle utilise parfois des méthodes pragmatiques comme la « TG crash test : ça passe ou ça casse ». Le produit est exposé un mois en tête de gondole ; s’il rencontre son public, il est maintenu.

De son côté, Julien Orain de Biocoop s’appuie sur une structure de sourcing mixte : dans ses magasins, environ 80 % des produits proviennent des plateformes centrales de Biocoop et 20 % sont issus de producteurs locaux. Les magasins reçoivent des catalogues de nouveautés préparés par la centrale, avec des préconisations adaptées à la typologie du magasin (urbain, rural…). Malgré les recommandations, chaque magasin conserve la « liberté de commander ou non » selon son ressenti et sa clientèle locale.

 

Filières et logistique : le défi de l’efficience

La force du réseau bio réside dans sa fidélité aux producteurs. Plutôt que des contrats rigides, Chlorophylle privilégie la stabilité humaine : « la confiance est avant tout notre sauf-conduit ». Par exemple, Chlorophylle travaille avec le même fournisseur d’œufs depuis 30 ans.

Cependant, des inefficiences logistiques pèsent sur la compétitivité. Louis Jardel pointe du doigt les livraisons directes trop fragmentées : « Si vous commencez à perdre un jour ou deux jours par semaine pour aller faire de la petite livraison… ce n’est pas très efficace ».

L’enjeu est désormais de mieux coordonner la chaîne de logistique pour réduire les coûts de transport, qui ont parfois doublé avec la crise énergétique.

 

Défis économiques et leviers de croissance

Le contexte inflationniste fragilise les transformateurs. Selon Louis Jardel, le constat est alarmant : « 30 % des entreprises de la bio sont dans le rouge », faute de pouvoir répercuter intégralement la hausse de leurs charges (carburant, gaz) sur les prix de vente.

Malgré cela, la demande reste soutenue par une prise de conscience sanitaire. Le corps médical relaie de plus en plus les rapports sur l’« impact des pesticides », incitant de nouveaux profils à franchir le pas du bio pour protéger leur santé.

Pour l’avenir, la filière mise sur une meilleure segmentation des « moments d’usage » (Noël, apéritifs, barbecues), où le bio est encore sous-représenté. La conclusion de la table ronde appelle à une solidarité accrue, rappelant qu’au sein de cette filière, « on est tous interdépendants ».

Antoine Lemaire

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