NUMERO : N°71 -Mai Juin 2017

Le chia : une filière en vogue

La graine de chia est présente sur le marché international depuis seulement quelques années. Pourtant elle suscite déjà un fort intérêt de la part des consommateurs, notamment pour ses nombreux bienfaits. Preuve de cet engouement, plus d’une centaine d’opérateurs, dont une vingtaine spécialisés dans cette filière, étaient présent au salon international de la BioFach en février dernier.

Chia signifie « Force » en Maya. Le chia est une plante originaire d’Amérique du Sud, du Mexique plus précisément. Sa graine était l’un des aliments de base des Aztèques, au Mexique.

Grillée puis moulue, elle était utilisée dans un plat traditionnel, la pinole. D’autres peuples amérindiens la cultivaient et la consom- maient pour améliorer leurs performances physiques pour vaincre leurs ennemis. L’arrivée de Christophe Colomb en Amérique et l’extermination des peuples Amérindiens ont progressivement fait oublier cette culture ancestrale. Sa redécouverte s’est faite dans les années 1990 en Argentine et aujourd’hui, elle a été remise à l’ordre du jour, principalement dans sa région d’origine. Elle s’exporte même de plus en plus aux Etats-Unis et en Europe. En France, elle fait partie des « novelfood », comme nous l’explique un profession- nel présent sur le salon « Cela fait 4-5 ans que nous commercialisons des graines de chia, c’est un produit récent sur le marché français  ». La popularité grandissante de cette petite graine tendance est due à ses nombreuses recommandations, dans le cadre d’une alimentation saine et équilibrée, mais aussi dans le domaine de la cosmétique.

Une production qui s’adapte

Le chia, du latin Salvia hispanica L. appar- tient à la famille des Lamiacées. Elle fait partie des 900 espèces du genre Salvia, qui signifie sauges en nom commun. Il s’agit d’une plante annuelle, pouvant atteindre 1,80 m. Très résistante à la sécheresse, le chia exige une saison de culture très longue sans le moindre gel. Son cycle de production varie de 100 à 180 jours, en fonction de l’altitude, au maximum de 2 200 m et de l’écosystème variant d’un désert aride à une forêt tropicale humide.

Afin d’éviter les excès d’eau en cours de culture, il est préférable de l’implanter dans des sols légers et drainants. En 2012, les progrès de la sélection végétale ont conduit au développement de nouvelles espèces plus résistantes aux gels, qui ont pu être implantées dans des zones aux latitudes plus élevées, tout en ayant un rendement satisfaisant.

Il existe de nombreuses variétés de chia, aux propriétés nutritionnelles différentes et donnant des graines de couleurs variant du blanc au noir. Dans les pays d’origine, l’implantation de sa culture se fait au printemps et la récolte à la fin de l’automne. Elle peut varier selon les conditions géographiques. En France, les semis ont lieu en avril, et les récoltes se déroulent en octobre. Lorsque les pétales des fleurs tombent, cela traduit la maturité des graines et la récolte peut alors être réalisée.

Les densités de semis sont de l’ordre de 2 à 4 kg/ha et les rendements peuvent varier de 400 à 1600 kg/ha. Cette amplitude peut être expliquée par plusieurs facteurs : production conventionnelle ou biologique dont les pratiques de production diffèrent notamment par la fertilisation, la zone géographique, la variété, le taux de mécanisation de l’exploitation,

etc. Sa culture est peu exigeante en fertilisation. Côté lutte sanitaire, très peu de maladies touchent la plante de chia et peu de ravageurs impactent la culture notamment grâce aux essences répulsives présentent naturellement dans les feuilles de la plante.

Marché naissant en Europe

Les lieux de production sont principalement concentrés en Amérique latine et centrale : au Mexique ainsi que dans la vallée du Chaco qui s’étend du Nord de l’Argentine au Sud du Brésil en passant par la Bolivie. Ce sont l’Argentine, le Paraguay et la Bolivie qui en produisent les plus grandes quantités. L’Equateur et le Pérou dont les quantités produites sont plutôt de second plan, restent malgré tout, des pays producteurs importants au regard de la production mondiale.

Une fois que les récoltes sont terminées, les graines de chia sont exportées en majorité aux États-Unis et au Canada. L’Europe est un continent où le marché de la graine de chia est en plein développement.

L’Allemagne et les Pays-Bas sont les principaux importateurs de cette graine. Les compagnies de ces pays vont en- suite revendre une partie de la marchandise dans les autres pays de l’Europe. L’Asie est également un grand acteur de la filière.

La production mondiale de graines de chia en 2015 était d’environ 60 000 tonnes. Le Paraguay est le principal exportateur vers l’Europe avec 34 % de la production nationale exportée. Suivent l’Argentine et la Bolivie avec respectivement 23 % et 21 % de leurs productions nationales exportées. Le Pérou et le Mexique restent cependant en retrait avec 11 % et 9 % chacun.

En 2015, l’Europe a importé 11 838 tonnes de graines, pour un mon- tant total de 26 millions d’euros.

Les prix sont fonction du pays d’origine. En provenance d’Argen- tine, ils varient de 1,80 €/kg en conventionnel à 3,20 €/kg en bio. Du Pérou, le kilo atteint les 3,70€ en bio. Du Paraguay, les graines s’exportent à un prix de 2,15 €/kg en conventionnel.

La graine de chia est autorisée à la commercialisation depuis 2009 par le Règlement Communautaire n°258/97 du 27 Janvier 1997. Ce règlement est spécifique aux « nouveaux aliments et nouveaux ingrédients alimentaires ».

Aujourd’hui, le commerce équitable autour de la graine de chia est peu développé. Au Pérou, il existe une compagnie qui vend 100 % de ses graines bio en filière « commerce équitable ». Au Paraguay, on peut également se fournir en graines équitables.

Une gamme peu diversifiée

La graine de chia, qu’elle soit noire ou blanche, est consommée principalement telle qu’elle, autant dans des plats sucrés que salés. Elle est utilisée dans les pâtisseries, les pains, les yaourts, les com- potes, les salades ou avec des légumes. Elle peut être aussi transfor- mée de façon à obtenir une gamme de produits dérivés, conservant toutes les propriétés propre à cet aliment :

  • l’huile de chia est obtenue à partir des graines de chia noires. Elles sont pressées, puis filtrées. Un litre d’huile est fabriqué à partir de 5 kg de graines. C’est une huile naturellement riche en oméga 3, puisqu’une seule cuillère à café par jour permet de combler les be- soins journaliers d’une personne.
  • la farine de chia s’obtient en déshuilant la graine puis en la broyant le résultat obtenu. Ce produit peut s’utiliser en remplace- ment de n’importe quelle autre farine alimentaire, ou bien pour lier les sauces et les soupes. Naturellement sans gluten, elle représente un fort intérêt pour les personnes ayant un régime sans gluten. Elle peut servir à la fabrication de toutes sortes de pâtes ou de pain, 100 % sans gluten.

Enfin, on peut l’utiliser dans des boissons ou des smoothies. La consommation d’eau de chia et de citron est préconisée dans cer- tains régimes. Les jus de chia s’utilisent pour obtenir tous les bien- faits de cet aliment en terme d’apports de protéines, d’oméga 3 et oligo-éléments calcium, fer ou zinc … le tout concentré dans une boisson fraîche agréable à boire.

Même s’il existe plusieurs possibilités d’usage de produits dérivés, ces derniers restent pour l’instant minoritaires. Un opérateur de la filière, présent à Biofach, explique son choix de ne pas transformer les graines : « Nous commercialisons le chia exclusivement sous forme de graine, pour démocratiser le produit dans un premier temps. Et sui- vant l’engouement des consommateurs, nous verrons pour l’incorporer dans nos recettes afin de diversifier notre gamme  ».

Même si les graines de chia sont majoritairement utilisées en ali- mentation, elles peuvent l’être aussi pour réaliser des soins en tant que « produits cosmétiques ». Deux utilisations prédominent :

  • La cosmétofood : prendre soin de son corps grâce à une alimen- tation saine et équilibrée. La graine de chia est considérée comme un « superaliment » complet, issu de la nature et qui contient de nombreux éléments nutritifs (oméga 3, en protéines, fibres, vita- mines, minéraux et antioxydants…). Introduire les graines de chia dans son alimentation contribue à entretenir sainement son corps.
  • L’utilisation locale de crèmes, gels, masques ou encore d’huiles, directement sur la peau et les cheveux. De nombreuses sites internet et livres proposent des recettes de produits de beauté fait maison à base de chia. Des huiles et crèmes à base de chia mettent en avant de nombreuses propriétés : le coté nourrissant et hydratant, des propriétés anti-inflammatoires (contribuant ainsi à lutter contre les irritations cutanées). Les antioxydants contenus dans les graines de chia contribueraient à lutter contre les radicaux libres, les polluants environnementaux et les rayons UV. Enfin, une utilisation régulière permettrait de redonner de l’éclat à la peau et aux cheveux, avec pour ces derniers une action hydratante, anti-frisottis et protectrice.

Chia : une graine bien-être

Des motivations multiples incitent les consommateurs à s’intéresser aux graines de chia. Parmi celles les plus connus on retrouve :

  • la volonté d’optimiser son alimentation, en composant des repas complets, enrichis grâce aux valeurs nutritionnelles des graines de chia.
  • un gain d’énergie et d’endurance tout au long de la jour- née, grâce à sa composition en oligo-éléments. Egalement source d’hydratation grâce à l’importante quantité d’eau absorbée par les graines.
  • pour compléter un régime, puisque le chia est peu calorique et est connu pour sa capacité à rassasier rapidement, du fait que les graines absorbent plus de sept fois leur poids en eau formant ainsi un gel important tout autour de la graine.
  • pour prendre soin de sa peau, notamment grâce au zinc, ma- gnésium et oméga3 qui contribuent à combattre les rides, les irri- gations et les inflammations cutanées.
  • pour réguler le transit intestinal et la digestion.

La graine de chia est une filière en pleine croissance où son utilisa- tion est variée. Cependant, la production est concentrée en Amé- rique. Il faudrait donc augmenter la production en France pour ré- pondre à la demande, même si celle-ci reste encore faible. Pour cela, des projets sont en marche à l’intérieur du territoire et sont plutôt encourageants. Avoir une production nationale permettra à la fois de réduire les importations et ainsi diminuer l’emprunte carbone.

Bio Linéaires a missionné des étudiants en Licence Profession- nelle Agriculture Biologique Conseil et Développement (A.B.c.d.) pour l’un de leur projet d’étude. Ces futurs professionnels de la bio, nous livrent leur regard sur un produit en plein devenir : la graine de chia.

Merci donc à O.Drouhin, J.Guicherd, N.Morel, S.Bourrely, P.Eyraud

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