NUMERO : Nov-Déc 2011

Les huiles essentielles : les connaître pour mieux les conseiller (2/3)

 

 

Chémotype : une donnée indispensable

L’AFSSAPS a donné une définition du Chémotype dans sa recommandation de mai 2008. Pour une même espèce botanique, il peut exister plusieurs races chimiques ou chimiotypes (ou chémotype) aboutissant à l’accumulation de métabolites secondaires différents au sein d’une même famille botanique. Le Chémotype est utilisé en biologie, surtout dans ses applications médicales (aromathérapie) et agricoles, mais également en parfumerie. Quand l’espèce botanique n’est pas suffisante pour identifier une plante, le chémotype est alors déterminé par les constituants biochimiques majoritaires ou caractéristiques permettant ainsi une identification plus fine. Mais seules quelques huiles essentielles sont chémotypées.
L’espèce botanique chémotypée la plus connue est celle des thyms. A la dénomination botanique « thymus vulgaris » correspond environ 50 espèces botaniques différentes. Pour l’espèce botanique de thym vulgaire prospérant dans le bassin méditerranéen, sept chémotypes ont été identifiés par chromatographie de l’huile essentielle : à thymol, carvacrol, linalol, thuyanol, alpha terpinéol, géraniol, et paracymène.
Chémotype Thymol : c’est la variété la plus répandue car elle pousse dans la majorité des climats et possède l’odeur typique du thym. Elle a des propriétés anti-infectieuses majeures.
Chémotype Carvacrol  : plus spécifique des zones très chaudes et arides et dont l’odeur forte est semblable à la précédente, le thymol et le carvacrol étant des molécules chimiquement voisines. Elle a des propriétés antiseptiques majeures.
Les chémotypes Linalol et Géraniol sont plus fréquents en moyenne montagne et dans les zones fraiches de la garrigue. Les autres chémotypes sont moins fréquents. Il est donc indispensable, pour ces huiles essentielles, de bien préciser le chémotype car il peut conditionner l’activité et/ou la toxicité.

Quelle réglementation pour les huiles essentielles ?

Quelle réglementation s’applique aux huiles essentielles ?
Quelle réglementation s’applique aux huiles essentielles pour un usage en aromathérapie ?
Tenter de répondre à ces deux questions n’est pas facile de façon générale ; dans le contexte réglementaire actuel, la réponse devra être faite au cas par cas ; Jusqu’à récemment en France, les autorités sanitaires et les Fraudes ont laissé les huiles essentielles utilisées en aromathérapie dans un flou réglementaire qui permettait aux responsables de la mise sur le marché d’alléguer des propriétés thérapeutiques dans ce champ restreint sans tomber dans le champ des médicaments. Ce n’est malheureusement plus le cas, principe de précautions oblige. Nos autorités nationales et européennes veulent que chaque produit entre dans une case réglementaire. En effet, l’engouement du public pour les huiles essentielles fait

« peur » aux autorités réglementaires qui plaident pour un encadrement plus rigoureux quant au potentiel toxique de certaines huiles essentielles et de leur forte activité.
Les entreprises doivent maintenant faire le choix d’un statut réglementaire clair et défini concernant les huiles essentielles mises sur le marché.

Efficacité des huiles essentielles

Les constituants des huiles essentielles sont des molécules très actives dont les propriétés sont reconnues depuis l’Antiquité. Les pionniers de l’ère industrielle (Chamberland, Cadéac, Martindale) ont démontré le pouvoir antiseptique des huiles essentielles. Mais les véritables « pères » de l’aromathérapie sont René- Maurice Gattefossé puis Valnet.

Exemples de statut réglementaire

1.Huiles essentielles et produits cosmétiques
● Arrêté du 6 février 2001 modifié
● Arrêté du 17 novembre 2004
● Recommandations du Conseil de l’Europe
● Recommandations de l’IFRA (International Fragrance Association)
● Recommandations de l’AFSSAPS (qualité/mai 2008 et innocuité/octobre 2010)

2. Huiles essentielles et pharmacie
● Huiles essentielles et médicaments (ordonnance n° 2007-613 du 26 avril 2007 (Chapitre 1er, article 2))
● Huiles essentielles et vente en l’état CSP, article L.4211-1 6 et décret N°2007-1221 du 3 août 2007
● Directive 2004/24/CE du 31 mars 2004 modifiant la directive 2001/83/CE
● Recommandations du Conseil de l’Europe

3. Huiles essentielles et alimentation
● Directive 88/388/CEE
● Règlement 2232/96/CE
● Recommandations du Conseil de l’Europe

Aujourd’hui, des médecins (Valnet, Duraffour, Lapraz, d’Hervincourt, Belaiche) et des chercheurs (P.Franchomme), des pharmaciens (D. Baudoux) ont définitivement assis la réputation, l’efficacité et l’extraordinaire richesse des huiles essentielles.
Malheureusement elles n’ont pas fait l’objet d’études selon les standards réglementaires pharmaceutiques qui permettraient de prouver leurs actions thérapeutiques selon les critères des médicaments. En effet, contrairement aux molécules chimiques qui peuvent être protégées par des brevets durant de nombreuses années, les huiles essentielles ne sont pas brevetables.
Les investissements financiers énormes nécessaires à leur évaluation tant toxicologique que clinique ne peuvent pas être soutenus dans ces conditions.
En plus de leurs nombreuses propriétés thérapeutiques dont les plus connues sont l’activité antiseptique et cicatrisante, les huiles essentielles favorisent la pénétration cutanée par leur caractère solvant des lipides épidermiques intercellulaires.

Leurs inconvénients résident dans la complexité de ces molécules actives, leur forte odeur, et pour certaines, leur dermocausticité (cannelle) ou leur potentiel photosensibilisant (huiles essentielles des citrus).

Action anti-bactérienne

Un grand nombre d’huiles essentielles ont déjà été testées sur un large éventail de bactéries différentes :
● Gram + , exemple : Staphylococcus aureus,
● Gram – , exemple : Echerichia coli.
Les mécanismes d’action anti-bactérien

● la génération de lésions irréversibles sur la membrane des cellules bactériennes qui induisent soit des pertes de matière (cytoplasmique), soit des pertes de sel, soit des pertes de substrats énergétiques (glucose, ATP), amenant directement à la lyse de la bactérie (cytolyse),
● l’inhibition de la production par les bactéries des toxines responsables du déclenchement des processus infectieux.
Exemple : huile essentielle à phénols et aldéhydes : huile essentielle de Cannelle (iso-eugénol, aldéhyde cinnamique, …), huile essentielle à oxydes terpéniques : Eucalyptus globuleux (1,8-cinéole…).

Action anti-fongique

Les «fongi» regroupent les champignons et levures. Le plus connu «Candida albicans» responsable de mycoses, muguet ou candidoses vaginales.
Les modes d’actions :
Proches de ceux décrits pour les bactéries. Il faut y ajouter deux phénomènes supplémentaires inhibant l’action des levures : l’établissement d’un gradient de pH, le blocage de la production d’énergie des levures : «phénomène de respiration».

Les huiles essentielles actives sur ces organismes :
● huiles essentielles a dérivés phénoliques : le thym à thymol (Thymus vulgaris),
● huiles essentielles a alcools monoterpéniques : le Tea Tree (Melaleuca alternifolia)
D’autres huiles n’en contenant pas sont aussi reconnues comme très actives sur un grand nombre de levures comme le Lemongrass, le Palmarosa…

Action anti-virale

Tous les virus sont, par nécessité, des parasites de nos cellules. Pour se reproduire, un virus a besoin d’une cellule hôte. Lorsqu’il se propage dans l’organisme le virus peut s’entourer d’une membrane semblable à la membrane de la cellule hôte, ce qui le rend indétectable par le système immunitaire de l’organisme infecté. Certaines huiles essentielles possèdent l’étonnante capacité :
● de se fixer à la membrane externe des virus,
● de la détruire, ce qui implique une mise à nu des particules virales, qui sont détectées et détruites par le système de défense du corps.
Dans la littérature, les différents essais décrits montrent qu’à des concentrations entre 1 % et 0,1 %, les huiles essentielles testées sont capables de détruire les particules virales en culture.

Action anti-parasitaire

L’action sur les 2 principaux types de parasites :
1- Les parasites externes
Certaines molécules aromatiques détruisent les parasites en «brûlant » leur système respiratoire : les dérivés phénoliques et les oxydes terpéniques. D’autres molécules, les phénols méthyl-éthers, les cétones terpéniques ou les lactones sesquiterpéniques, paralysent les parasites. Leur mécanisme d’action est très similaire à celui des drogues chimiques disponibles actuellement, mais il n’induit que peu de toxicité et d’effets secondaires.
2 – Les parasites internes
Deux ou trois familles de molécules aromatiques présentes dans certaines huiles essentielles sont capables d’avoir une activité vermifuge ou vermicide : les aldéhydes aromatiques, les phénols aromatiques et les cétones terpéniques, auxquels il faut ajouter un oxyde terpénique particulier, l’ascaridol. Ces molécules sont très puissantes et sont également dotées d’une toxicité certaine pour l’animal comme pour l’homme. il est donc extrêmement important de bien équilibrer les doses d’huiles essentielles ingérées, ainsi que la durée du traitement.

Action immunostimulante

Peu d’études ont été effectuées sur ce sujet, cependant, les quelques molécules testées montrent une stimulation plus ou moins importante du système immunitaire. L’augmentation de la teneur en immunoglobulines de type IgM et IgA dans le sang a été étudiée avec les constituants suivants comme le terpinène-1,4-ol, l’alpha-terpinéol, le géraniol et le linalol. En pratique, les huiles essentielles antivirales sont presque systématiquement immunostimulantes.

Dans la dernière partie de cet article, nous verrons les actions anti-inflammatoires, les actions antalgiques et antispasmodiques, les actions calmantes et sédatives et les actions mucolytiques, bronchodilatatrices, expectorantes des huiles essentielles.


Laurence MULON Consultante
Stratégie de Développement
Le végétal au coeur de l’innovation
Tél : 01.43.97.42.02 Port : 06.25.42.25.92
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