NUMERO : mai-juin 2011

Les huiles végétales hydratantes

Un petit rappel sur la classification des lipides

1-Les acides gras sont les lipides les plus simples. On trouve :
● des AG saturés, pas exemple les acides laurique, caprique et caprilyque…
● des AG mono- insaturés, par exemple les acides oléique, palmitoléique…
● des AG polyinsaturés, dont deux sont essentiels au fonctionnement de l’organisme humain : l’acide linoléique (oméga 6) et l’acide linolénique (oméga 3).

2-Les glycérides : mono, di ou triglycérides (les plus répandus) ;
c’est la forme de réserve d’énergie chez l’homme, stockée dans les adipocytes.

3-Les phospholipides, constituants majeurs des membranes biologiques.

4-Les sphingolipides : au niveau cutané, les céramides font partie du ciment lipidique intercellulaire.

5-Les glycolipides, situés dans la surface externe des membranes cellulaires (cérébrosides…),

6-Les stérols, dont le plus connu est le cholestérol, constituant des membranes biologiques.

Il existe trois types majoritaires d’huiles végétales

-les huiles végétales de type oléique (C18:1) : elles sont constituées principalement de triglycérides à base d’acide oléique avec un pourcentage faible d’insaponifiables (0,1 %) ; on trouve dans cette catégorie les huiles d’utilisation courante telles que les huiles d’olive, d’amande, de noisette. Elles sont difficiles à émulsionner en formulation cosmétique.
● les huiles végétales de type linoléique (C18:2 ω6, 9) : elles sont constituées principalement de triglycérides à base d’acide linoléique, communément appelé oméga 6, avec un pourcentage d’insaponifiables voisin de 1 %. on trouve dans cette catégorie les huiles de tournesol, sésame, soja, pépins de raisin, ainsi que des huiles réservées à l’usage externe telles que les huiles d’argan ou de carthame.
● les huiles végétales de type linolénique (C18:3 ω3, 6 ,9), constituées principalement d’acide alpha linolénique, communément appelé oméga 3, elles sont constituées de 6 à 30 % d’acide gamma linolénique (isomère du premier, soit C18:3 n-6), et contiennent également un pourcentage élevé d’insaponifiables (3 à 10 %). Ces huiles sont considérées comme des actifs. On trouve dans cette catégorie les huiles de bourrache, d’onagre, de kukui, de rosier muscat… Elles participent à la reconstitution du ciment lipidique du stratum corneum et sont utilisées en cosmétique pour lutter contre la sécheresse cutanée. Ce sont ces huiles végétales que l’on appelle communément les huiles hydratantes.

Certaines huiles ont, en plus, des spécificités très recherchées en cosmétique :

-l’huile d’avocat, l’huile de macadémia et l’huile de pastel contiennent une forte teneur en acide palmitoléique (C16:1), constituant de l’épiderme qui diminue au cours du vieillissement.

-l’huile de jojoba est constituée principalement d’esters d’acides gras insaturés en C20-C22 ; elle a une très forte affinité avec les lipides du ciment épidermique intercellulaire et se fond très facilement dans le sébum. C’est pourquoi elle est particulièrement émolliente et hydratante.
De façon générale, les huiles végétales sont recherchées en formulation cosmétique naturelle et biologique car, répondant aux cahiers des charges de certification, elles vont respecter l’intégrité de la peau et être très bien tolérées car d’une très grande innocuité. Ces huiles ont une grande affinité avec les lipides cutanés, constitués principalement d’AG, de glycérides, de phospholipides, de céramides, de vitamines E et A, de cholestérol, et de squalène ; c’est pourquoi elles vont participer à la reconstitution de la barrière épidermique par leurs qualités re-lipidantes et hydratantes.

Quelques exemples d’usages traditionnels d’huiles végétales en cosmétique :

● L’huile d’olive (Olea Europea) nourrit, protège et assouplit la peau.
● L’huile d’amande douce (Prunus dulcis) est recommandée pour les peaux délicates.
● L’huile de jojoba (Buxus Chinensis) est une cire végétale liquide dont la composition est proche du sébum, substance grasse qui recouvre la peau. Elle convient à tous les types de peau.
● L’huile de noisette est souvent conseillée pour les peaux grasses.
● Le beurre de karité (Butyrosperum parkii) : nourrit et protège les peaux sèches ou irritées.
● Huile de bourrache : elle convient particulièrement aux peaux matures.
● Huile de noyau d’abricot : elle est nourrissante et émolliente, mais également revitalisante, tonifiante et adoucissante.
● Huile de germe de blé : c’est une huile extrêmement riche en vitamine E (tocophérol) et en phytostérols, elle convient aux peaux sèches, irritées et matures.
● Huile d’avocat : très complète en vitamines. Protectrice, elle convient aux peaux sèches et très sèches ainsi qu’aux peaux matures.
● Huile d’argan : très riche en vitamine E et en insaponifiables (qui jouent un rôle restructurant), elle est idéale pour lutter contre le dessèchement de la peau. Elle adoucit l’épiderme et prévient le vieillissement cutané dû aux conditions climatiques extrêmes (soleil, vent, froid…).
● Huile de rose musquée : régénérante, cicatrisante, assouplissante, nourrissante, cette huile est riche en acide gras essentiels polyinsaturés.
● L’huile de pépins de raisin est une huile qui pénètre très facilement dans la peau.
● L’huile de graines de figue de barbarie : c’est une huile rare, riche en vitamine E et en acides gras poly-insaturés.

Comment ces huiles végétales vont-elles participer à l’hydratation de la peau ?

On distingue habituellement quatre catégories de matières premières en fonction du rôle qu’elles jouent dans les mécanismes complexes de l’hydratation :
● Les substances filmogènes hydrophobes,
● Les substances filmogènes hydrophiles,
● Les substances hygroscopiques,
● Et les correcteurs du ciment intercellulaire. On trouve des huiles végétales dans les deux catégories suivantes :
● Les substances filmogènes hydrophobes, par exemple l’huile de jojoba qui est peu occlusive,
● Les correcteurs du ciment intercellulaire. Elles participent donc de façon indirecte à l’hydratation de la peau.
Rôle des huiles végétales ayant un effet filmogène :
Les agents filmogènes ne pénètrent pas dans l’épiderme. Ils agissent en surface en renforçant ou en remplaçant le film hydrolipidique et freinent ainsi l’évaporation de l’eau. Ces huiles végétales vont réduire la perte insensible en eau (PIE) de l’épiderme en s’opposant à l’évaporation cutanée.
Rôle des huiles végétales au niveau du ciment intercellulaire :
Ce ciment est formé principalement de céramides, phospholipides, lanoline, acides gras polyinsaturés (acides linoléique et linolénique) communément appelés AGPI et d’AHA. Ces AGPI entrent dans la composition de céramides cutanées. Ces derniers s’associent à la partie protéique des cornéocytes pour jouer un rôle majeur dans la fonction barrière de l’épiderme, notamment dans le contrôle de la déperdition d’eau. Une déficience en AGPI provoque une peau sèche et rugueuse par augmentation de la perméabilité cutanée. En apportant des AGPI à la peau, les huiles végétales vont contribuer à l’effet « hydratant » en permettant à l’épiderme de reconstituer sa fonction barrière.
Depuis quelques années, les fournisseurs d’ingrédients cosmétiques proposent des huiles végétales spécifiques obtenues à partir de sources de plus en plus diversifiées. Ces huiles très bien caractérisées sont considérées comme des actifs à part entière. Selon Anne- Rossignol-Castera, ITERG, l’huile de fénugrec est un bon exemple d’originalité et d’équilibre d’apport en AGPI oméga 3 et 6, associé à un haut niveau de vitamine E et d’insaponifiables. Parmi des sources exotiques originales, citons, l’huile de baobab qui contient des acides gras cyclo-propéniques, dont l’acide sterculique et l’huile de pépins de grenade qui contient 70 à 80 % d’un AGPI oméga 5 conjugué, l’acide punicique. Ces acides gras particuliers auraient des propriétés antimicrobiennes et anti-inflammatoires.
Pour conclure, les constituants des huiles végétales, que se soient les acides gras insaturés oméga 3, 6, 9, ou les tocophérols, phytosterols, squalène, co-enzyme Q10, caroténoïdes, phospholipides.., présentent un intérêt croissant dans le domaine cosmétique. Cet essor provient de leur biodisponibilité cutanée combinée à leurs spécificités, par exemple un pouvoir anti-radicalaire, un effet sur la fluidité des membranes ou une fonction « anti-inflammatoire », qui peuvent être mis à profit pour la nutrition de la peau que ce soit par voie cutanée ou par voie orale. Les huiles végétales trouvent une place de choix en tant qu’ingrédients actifs et naturels. Cependant, comme pour toute nouvelle substance active, leur innocuité devra être démontrée dans le cadre des exigences du règlement cosmétique 1223/2009.

Laurence MULON Consultante Stratégie de Développement
Le végétal au coeur de l’innovation
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