NUMERO : N°65 -Mai Juin 2016

Haro sur les pesticides

Agriculteurs atteints de cancers, disparition des abeilles, glyphosate classé cancérogène probable, émission sur France 2, analyses de cheveux et de poussières, on reparle beaucoup des pesticides ces temps-ci. État des lieux.

Sale temps pour les fabricants de pesticides et les agriculteurs conventionnels. Les preuves de la toxicité des pesticides s’accumulent et sont de plus en plus relayées par les médias. Deux évènements récents y ont largement contribué.

Les lobbies au chevet du glyphosate

Le classement par l’OMS du glyphosate (Roundup et autres marques) comme cancérogène probable a retenti comme un coup de tonnerre. Or l’autorisation de vente en Europe du glyphosate – le pesticide le plus vendu dans le monde –  expire en juin de cette année et doit donc être renouvelée. Ce que l’EFSA (l’équivalent européen de l’Anses) s’apprêtait à faire, estimant que l’OMS se trompait et que le risque cancérogène était négligeable. Avec comme « preuves » des études réalisées par les fabricants, que les scientifiques du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC, en anglais IARC), l’autorité mondiale sur ce sujet, n’ont pas prises en compte, notamment parce qu’ils n’y ont pas eu accès, car elles sont confidentielles. Devant les protestations véhémentes de nombreux scientifiques, la décision de l’EFSA, qui aurait dû être prise début mars, a été reportée. Voici donc l’EFSA prise au piège entre la communauté scientifique et le lobby des fabricants de pesticides et d‘OGM. Rappelons que de nombreux OGM ont été fabriqués pour résister au glyphosate, qui est un herbicide total.  Gageons que, pour gagner du temps, l’EFSA prolongera son autorisation pour 1 ou 2 ans (elle devait normalement être renouvelée pour 15 ans). Autre souci pour le glyphosate et ses défenseurs, une étude vient de montrer qu’on en trouve dans le corps des ¾ des allemands et dans de nombreuses marques de bière bues par les bavarois.

Une enquête qui a fait du bruit

Le second évènement est l’émission « Cash investigation » de France 2 sur les pesticides, diffusée en février. Un reportage bien documenté et accablant, qui a suscité de nombreuses réactions, notamment à cause d’une erreur commise par les réalisateurs du reportage, qui ont dit que 97 % des aliments contenaient des résidus de pesticides, car ils avaient mal interprété ce chiffre donné par l’EFSA dans son rapport annuel sur les pesticides. L’EFSA voulait en effet dire que 97 % des échantillons ne dépassent pas les normes en vigueur. Erreur qui ne change rien au contenu et aux conclusions du reportage, mais dont se sont emparés les partisans des pesticides pour tenter de le décrédibiliser. Autre fait à charge : depuis deux ans, la quantité de pesticides utilisée par l’agriculture française est en augmentation. On est loin de la promesse du Grenelle de l’environnement de diviser par deux leur utilisation d’ici 2020 !

De multiples impacts négatifs sur la santé

Les effets des pesticides sur l’homme sont nombreux et ne peuvent plus être contestés. Rappelons les principaux :

  • Cancer : augmentation du risque de myélome, de cancer de la prostate et de la peau chez les agriculteurs, forts soupçons d’augmentation du risque d’autres cancers chez les consommateurs et les personnes habitant près de zones très traitées.
  • Fertilité masculine : la concentration du sperme humain en spermatozoïdes a été divisée par deux au cours des 50 dernières années, et plusieurs études ont établi une corrélation entre cette baisse et l’exposition aux pesticides. Dans une des plus récentes, les chercheurs ont comparé le sperme de deux groupes d’hommes, le premier consommant majoritairement des fruits habituellement fortement contaminés par les pesticides, le second consommant des fruits peu contaminés. Le sperme des premiers contenait moitié moins de spermatozoïdes que celui des seconds.
  • Perturbation du développement du fœtus : de nombreux pesticides sont des perturbateurs endocriniens, qui modifient, à des doses infinitésimales, l’équilibre hormonal de la mère pendant la grossesse, avec de multiples conséquences possibles : prématurité, naissance à terme avec un faible poids, diminution du périmètre crânien des enfants à la naissance, perturbation du développement psychomoteur, etc.
  • Maladie de Parkinson : l’exposition aux pesticides est un facteur de risque avéré.
  • Diabète : plusieurs études ont montré que plus le sang contenait de DDE (le principal métabolite du DDT, que la plupart d’entre nous ont encore dans leur corps), et plus le pourcentage de personnes souffrant de diabète de type 2 était élevé.

Ce qui reste étonnant, alors que la dangerosité des pesticides est de plus en plus démontrée et médiatisée, c’est que la majorité des consommateurs continue à manger conventionnel. Mais c’est en train de changer, et il faut s’en réjouir.

Claude Aubert

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