La nécessité d’un bio + pour continuer à séduire les consommateurs

Si elle reste toujours dynamique, la croissance du marché bio en GMS amorce un tassement depuis deux trimestres comme l’a souligné IRI lors d’une table ronde virtuelle organisée par le Cluster Bio Auvergne-Rhône-Alpes à laquelle participaient entre autres Bio Panel et Ekibio. Carrefour y a dévoilé ses ambitions pour l’ensemble de ses réseaux de distribution. 

Chaque trimestre, la croissances des produits bio baisse en GMS 

À fin octobre 2020, le chiffre d’affaires du bio en GMS s’élève à 5 milliards d’euros, soit 5,2 % du chiffre d’affaires des PGC. Selon Nadège Peteuil, consultante pour IRI, les grandes gagnantes PGC bio en GMS de 2020 sont les MDD qui ont progressé plus rapidement que les autres types de marques pour représenter 41 % du marché bio en grandes surfaces et jusqu’à 48 % en e-commerce. “C’est 10 points de plus que ce que pèsent les MDD sur les produits non bio.” L’experte souligne aussi la dynamique des très grands groupes avec 15,2 % de part d’offre bio dans l’assortiment GMS. Toutefois la croissance des PGC bio se tasse avec + 14,4 % de croissance du CA en 2020 contre 19,8 % en 2019. Chaque trimestre 2020, la croissance baisse : 22,5 % au premier trimestre, 12,9 % au second et 8,2 % au troisième. C’est trois points de plus que la croissance des produits conventionnels (5,1 %). “Dans un contexte de crise économique, il va y avoir un vrai enjeu pour les acteurs de la filière en termes de pédagogie pour expliquer pourquoi on est plus cher”, conclut Nadège Peteuil. 

Nadège Peteuil, consultante IRI, a présenté les chiffres du bio en GMS.

Le bio local, axe de développement de la filière

Si plus de 26 % des shoppeurs de GMS disent vouloir acheter davantage de produits bio dans l’avenir, ils sont 39 % à souhaiter des produits locaux et 40 % made in France. “Lorsqu’on demande à un consommateur ce qui est pour lui un produit de qualité, la première réponse est un produit local”, indique Nadège Peteuil. La clé du développement du bio résidera-t-elle dans un bio local ? Oui pour Francois Labbaye de Bio Développement. Après avoir présenté les chiffres de l’année 2020 en magasin spécialisé bio avec, à la faveur du confinement, l’envolée des ventes de produits sans code barres (+13 %) et des fruits et légumes emballés (+23 %) à la différence de l’épicerie enfants (-18 %) et du maquillage (-23 %), François Labaye estime que “la stratégie d’enseigne se fera dans les prochains mois sous deux axes : l’accès à la bio et l’éthique de la bio”. Côté orientation produits, il définit deux axes : “le bio dans la bio” (avec par exemple des labels de différenciation) et le bio local.

“si le marché est en train de se tasser en ratio, en valeur il continue à progresser fortement”, Éric Farino, groupe Carrefour

MDD : Carrefour vise plus de 1 000 références en bio

Cet attrait du bio local et made in France, Carrefour l’a bien compris, comme en témoigne Éric Farino lors de cette table ronde. Le responsable du développement agricole des filières bio pour Carrefour détaille ainsi les objectifs du groupe : “apporter de plus en plus de produits français et les installer dans les différents assortiments” pour que les consommateurs “se tournent vraiment vers le bio français. Plus on développera nos filières, plus on amènera de la sécurisation et de la visibilité à nos producteurs et à nos acteurs de l’aval, plus on pourra réduire la part de l’import par rapport au français”. L’ambition de Carrefour est d’avoir, en 2021, “une MDD qui représente plus de 1 000 références en bio”. Pour Éric Farino, “si le marché est en train de se tasser en ratio, en valeur il continue à progresser fortement”. 

So.bio et Bio C’ Bon : “On reste dans une logique de spécialiste”

Quid de l’offre du réseau spécialisé de Carrefour composé de so.bio et de Bio C’Bon ? “Chez so.bio, l’assortiment est construit localement et tient compte du bassin de consommation du magasin. Ce n’est pas comme une MDD Carrefour qui a une envergure nationale.” Les achats pour les deux enseignes seront pilotés par so.bio avec la “volonté de continuer à alimenter un maximum de local et de régional dans ces magasins. On reste dans une logique de spécialiste”, affirme Éric Farino.

MDD en réseau spécialisé : les craintes des acteurs historiques de la bio 

Face à la précarité engendrée par la crise économique, Thierry Chiesa, directeur général d’Ekibio, souligne la nécessité “de remettre en cause notre modèle de distribution, notre modèle économique et notre modèle de production”, pour cela il invite les différents acteurs (distribution, production, transformation) à se réunir autour de la table. Il a aussi fait part de ses craintes sur les MDD qui investissent les enseignes du réseau spécialisé : “on a construit ce modèle de magasin bio alternatif à la grande surface mais si aujourd’hui ce modèle se résume à faire des produits à leur marque, nous ne pourrons pas résister industriellement”. Avec à la clé “un risque de fabrication omnicanale qui ne sera pas à la faveur du produit bio et à la spécialisation, et à la recherche de la valorisation, voilà les dangers qu’on a aujourd’hui”, conclut Thierry Chiesa. À méditer. 

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