NUMERO : N° 68 – Novembre décembre 2016

On entretient la confusion !

Aujourd’hui, on parle de bio comme s’il s’agissait de choses courantes, mais les anciens savent combien il leur a fallu de combativité et de patience pour faire reconnaître , ne serait-ce qu’au simple niveau de la dialectique, le mot ‘’biologique’’. Dans les années 60 et 70 du siècle désormais passé, même les lessives devenaient ‘’biologiques’’ pour les besoins de la publicité… ce qui, vous en conviendrez, ne manquait pas de perturber l’esprit des consommateurs. Il a donc fallu rétablir la vérité et faire en sorte que le mot ‘’biologique’’ soit désormais affecté à ce qui l’était réellement.  Mais, voyons ci-après, ce qu’en pensait un consommateur, de son état viticulteur, en 1969 (il y a 47 ans) époque au cours de laquelle, la bio en était à ses débuts.

Un viticulteur agrobiologiste nous fait part de ses réflexions

Quelques instants de liberté,  parmi le remue-ménage des touristes à la cave, ce mois-ci, me font vous soumettre une réflexion quasi générale au sujet de la culture biologique. J’ai dans ma cave votre pancarte « Ici culture biologique » et un panneau : « Tous mes vins sont garantis biologiquement purs ». Or, la majorité des touristes nous visitant pour la première fois, associent le mot « Biologie » à la chimie.

La cause principale semble être la publicité faite pour ces fameuses « lessives biologiques », et la confusion est totale dans l’esprit du public. Ceci est assez grave à constater, pour que je vous le signale. Certes il y a des visiteurs qui comprennent rapidement l’étymologie du mot biologique, mais pour le profane traumatisé par la publicité, un doute subsiste.  Pour ce dernier, comment peut-on dire qu’un produit chimique : la lessive, est en même temps conforme au principe de la Biologie ?

Cette association laisse donc supposer que le mot biologique peut s’associer à un produit chimique utilisé sans l’exprimer. D’où, malgré les explications que je donne aux visiteurs, un certain scepticisme, que je ressens chez mes interlocuteurs au point qu’il me paraîtrait plus simple d’exclure ce mot, car il choque.

Encore une fois, la puissance de pénétration des slogans publicitaires, arrive à supplanter la vérité, à se superposer à une notion vraie, et la fréquence de ces slogans, à la radio ou dans la presse, a beaucoup plus de poids que ce que nous pouvons dire ou expliquer.

Certes le public est de plus en plus conscient du danger de la chimie, et il réagit très favorablement à 100 %  lorsque l’on aborde ces problèmes. Encore me paraît-il nécessaire de ne pas amener de confusion dans son esprit par des termes qui choquent son entendement. Pour lui le mot biologie est associé au mot « lessive ». Il n’y a pas à sortir de là.

Bientôt, nous allons voir, je m’y attends, des « insecticides biologiques  » aux enzymes, ou des engrais chimiques garantis « biologiques ». Comme légalement, le mot Biologique n’est pas défini par les fraudes, il faut s’attendre à cette offensive. Comment y parer ? C’est la question que je me permets de vous poser. Comme la cohabitation des deux systèmes est impensable, et comme malgré tous nos efforts, nous n’arriverons pas à faire interdire le mot Biologie, par les fabricants de lessive, et encore moins, par les industries chimiques, peut-être serait-il temps de trouver une position de repli ?

Car tous les termes « Farines biologiques », « Pain biologique » ou « Vin biologique », ont désormais un relent de chimie et de lessive. C’est incroyable de voir la réaction des gens. Je le constate cette année beaucoup plus que l’année dernière, et impute cela à la radio.

Je livre ces constatations à votre sagacité, car il devient urgent de trouver autre chose, si désagréable que cela vous paraisse à priori, de capituler devant… l’ennemi.

Force nous est donc de reconnaître que ce noble mot de Biologie a été puissamment galvaudé. Il a désormais perdu son sens percutant et son emploi par nous, se retourne contre nous. On ne peut même plus employer le mot « naturel » car les Services de la répression des fraudes admettent qu’un « Vin naturel » peut être bourré de produits chimiques dans les doses réglementairement admises, sous la seule condition qu’il soit fait avec du jus de raisin (quand même). Seul le mot « pur » exclu l’emploi de produits chimiques ! 

Mais là encore, que d’abus. Voyez les fromages « pur chèvre » où l’on admet des pourcentages de lait de vache, etc. Pour le consommateur, il faut trouver autre chose qui lui donne la certitude d’être en face de produits garantis sans chimie, et par un terme qui serait protégé légalement.

Je cherche en vain une définition miracle…

Pourquoi rechercher une ” définition miracle ” alors que le mot « biologique » se suffit à lui-même. Ce n’est pas parce que il a été détourné de son sens qu’il faut l’abandonner ; mieux vaut combattre pour lui redonner sa légitimité. C’est ce qui a été fait et c’est ainsi que le terme « agriculture biologique » est légalement protégé en France depuis la loi d’orientation agricole du 4 juillet 1980 et du décret du 10 mars 1981 lesquels l’ont défini et ont fixé les conditions d’homologation des cahiers des charges et précisé les substances pouvant être utilisées dans la production, la conservation et la transformation des produits agricoles dits biologiques.  Rappelons, que la marque « AB » propriété du Ministère de l’Agriculture,  n’est délivrée qu’après l’accord d’un organisme de contrôle et de certification agréé.

Jean-François Lemaire

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