NUMERO : N°63 -janvier-février 2016

Cet air vicié que nous respirons…

Depuis 1995, les négociateurs du monde entier se rassemblent chaque année lors des conférences sur le climat, ces désormais célèbres COP. Un processus onusien dont l’efficacité est entravée par la nécessité de trouver un compromis à 195 pays, et par des thématiques complexes ainsi qu’un jargon impénétrable… La pollution n’a pas d’âge… elle a certainement commencé  à exister dès l’apparition de l’homme sur sa planète terre. Sans conséquences à ses débuts, elle est devenue, au fur et à mesure du temps et de l’évolution des techniques humaines, de plus en plus inquiétante à tel point qu’aujourd’hui elle est une menace réelle car mortelle pour l’humanité.

Cet air vicié que nous respirons

« L’air de Paris est à ce point chargé d’éléments corrosifs qu’il attaque les pierres et fait filer les bas en nylon des femmes,  vient d’indiquer, au cours d’une conférence prononcée à l’occasion des Journées pharmaceutiques françaises, le professeur Truhaut, de la Faculté de Médecine. Ce qui est néfaste à Paris, l’est évidemment,  dans toutes les grandes villes industrielles…

Mais que faire pour rendre l’air que nous respirons plus respirable ?

Les responsabilités des particuliers paraissent engagées dans la lutte contre la pollution atmosphérique.

Le premier aliment de l’homme

« L’air, a notamment expliqué le professeur Truhaut, est, en quelque sorte, le premier aliment de l’homme, puisqu’un individu en respire en moyenne douze mètres cubes par jour, soit quinze kilos, » Or, cet air a cessé depuis bien longtemps, d’être pur dans les agglomérations urbaines. On relate, en effet, qu’au XVe siècle un entrepreneur londonien fut pendu pour n’avoir pas respecté les édits à ce sujet.

Les foyers domestiques, premiers responsables

Contrairement à ce que l’on pense, très généralement la plus importante source de pollution n’est pas l’automobile, mais les foyers domestiques. À Paris, en 1960, les principales sources de pollution se répartissaient ainsi : 52   % pour les foyers domestiques, 23 % pour les déchets industriels et 25 %  pour les automobiles. Or, il est très difficile et très délicat de surveiller les foyers individuels. Dans la banlieue parisienne, on compte plus de 600 000 poêles individuels. Aussi le professeur Truhaut a-t-il préconisé une vaste compagne d’éducation populaire pour apprendre au public à limiter au maximum cette source de pollution. En effet, l’utilisation de certaines sortes de charbon et de certains types de poêles peut faire diminuer notablement la quantité des déchets rejetés dans l’atmosphère. Pour les foyers domestiques, les produits polluants sont essentiellement l’oxyde de carbone, les hydrocarbures formés par synthèse au cours de la combustion, la suie et l’anhydride sulfureux.

Le cas des véhicules automobiles

Dans le cas des véhicules automobiles, le plus redoutable polluant est le benzopyrène, dont les propriétés cancérogènes sont aujourd’hui reconnues. La pollution par les automobiles a été particulièrement étudiée et combattue à Los Angeles, où elle ‘avait atteint des proportions réellement alarmantes en ce qui concerne le taux d’ozone notamment. Dernièrement, des mesures ont été prises, imposant des épurateurs à tous les véhicules. Il faudra encore attendre quelque temps pour connaître l’efficacité exacte de cette technique. Par contre, on sait dès à présent qu’un moteur diesel, selon qu’il est bien ou mal réglé, peut – être un redoutable agent de pollution ou, au contraire, une machine particulièrement propre.

Cancer du poumon et cas de synergie

À l’heure actuelle, l’air pollué des villes est certainement responsable pour une bonne part de la fréquence des cancers du poumon ‘dans les cités, En outre, les nombreux produits toxiques contenus dans l’atmosphère des villes forment une véritable « soupe de polluants » risquant de provoquer des phénomènes encore mal connus de synergie : l’efficacité d’un toxique se trouvant augmentée par la présence d’un autre corps. 

Dans la conclusion de son exposé, le professeur Truhaut a évoqué différentes méthodes susceptibles de remédier à la situation actuelle : éducation du public et des responsables, éloignement des industries des centres urbains, définition et contrôle de normes strictes pour les foyers domestiques, etc. »

Mais combien faudra-t-il de temps et combien de cas d’empoisonnements aurons-nous à enregistrer avant qu’un tel arsenal de mesures soit mis en application ?

L’article que nous reproduisons ci-dessus est passé dans la revue ‘’Agriculture et Vie’’ de mars 1968, c’est-à-dire qu’il date, à deux ans près, d’un demi-siècle ! Déjà, on tirait la sonnette d’alarme… Depuis cette date et jusqu’à nos jours, les techniques mortifères avec la chimie de synthèse, les radiations et autres processus, n’ont cessé de progresser, amplifiant le problème et rendant sa solution de plus en plus improbable.

Jean-François Lemaire

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