Souveraineté alimentaire : “l’agriculture bio devra être déployée à large échelle”

Tina Andres, présidente de Böwl, et Pierrick De Ronne, président de La Maison de la Bio, prônent la sortie de l’élevage intensif au bénéfice du déploiement de l’agriculture bio.

Pierrick De Ronne, président de la Maison de la Bio, et Tina Andres, présidente du BÖLW, s’adressent dans une lettre ouverte commune, aux dirigeants et ministres de l’Agriculture de l’union européenne pour évoquer la souveraineté alimentaire de l’Europe. Alertant “sur les risques d’une approche opportuniste et rétrograde qui consisterait à augmenter la production sans faire évoluer notre modèle agricole”, ils préconisent la sortie du modèle de l’élevage intensif au bénéfice du déploiement de l’agriculture bio.

“Il ne s’agit pas de produire plus mais de produire autrement”

En préambule, Pierrick De Ronne et Tina Andres rappellent que “l’importance de la souveraineté alimentaire de l’Europe est directement liée à sa souveraineté énergétique”, alors que “notre modèle alimentaire est aujourd’hui structurellement dépendant d’un certain nombre d’intrants importés au premier rang desquels les engrais azotés” et que “pour ces seuls engrais azotés, au moins 25 % des approvisionnements européens dépendent de la Russie et notamment du gaz russe nécessaire à leur fabrication[1] ! Le prix de ces engrais s’est d’ailleurs littéralement envolé depuis l’été 2020, pénalisant le revenu des agriculteurs”.

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Les présidents de la Maison de la Bio et du BÖLW, dans cette lettre ouverte, alertent “par conséquent sur les risques d’une approche opportuniste et rétrograde qui consisterait à augmenter la production sans faire évoluer notre modèle agricole. Elle ne ferait qu’accroître mécaniquement notre dépendance et engagerait l’Union européenne dans la fuite en avant d’un modèle à bout de souffle. Il ne s’agit donc pas de produire plus mais de produire autrement”.

“L’agriculture biologique est le modèle le plus abouti”

“Nous devons engager une transition à grande échelle de notre agriculture et de notre alimentation prenant en compte la souveraineté mais aussi l’écologie, le changement climatique et les impacts sociaux. Cette transition doit consister en premier lieu à sortir du modèle de l’élevage intensif. En France, plus de 75 % de l’azote est en effet utilisé pour la production d’aliments destinés aux animaux d’élevage qui consomment 70 % de la biomasse végétale produite [2]”, poursuit le communiqué. “En parallèle, l’agriculture bio devra être déployée à large échelle car c’est une solution durable pour renforcer notre souveraineté. Premièrement, elle interdit tout intrant chimique de synthèse, et en particulier les engrais azotés massivement importés par l’agriculture conventionnelle. Ensuite, elle repose sur des pratiques agronomiques visant l’autonomie des fermes, tout en répondant aux enjeux majeurs de la crise écologique et climatique.”

“L’agriculture biologique est donc le modèle le plus abouti car il permet d’adresser simultanément deux défis majeurs : l’autonomie alimentaire et la transition écologique”, concluent Pierrick De Ronne et Tina Andres qui appellent “à ne pas remettre en cause la stratégie “Farm to Fork” qui permettra d’engager les toutes premières étapes de cette transition, notamment en développant l’agriculture biologique. Il s’agit au contraire de renforcer et d’accélérer le déploiement de cette stratégie en mobilisant l’ensemble de l’écosystème agroalimentaire : formation, recherche, financement, conseil, filières et consommateurs bien sûr”.

 

À propos de la Maison de la Bio
La Maison de la Bio rassemble l’ensemble des organisations d’entrepreneurs et d’opérateurs économiques des filières alimentaires, cosmétiques et produits de santé bio ou naturels : producteurs, transformateurs, ou distributeurs.

À propos du BÖLW
Le Bund Ökologische Lebensmittelwirtschaft (BÖLW) est la principale association de producteurs agricoles, de transformateurs et de détaillants d’aliments biologiques en Allemagne.

 

[1] https://atlantico.fr/article/decryptage/les-engrais-et-la-securite-alimentaire-de-l-europe-l-autre-enjeu-du-bras-de-fer-entre-l-ue-etla-russie-gilles-poidevin
[2] http://www.sage-couesnon.fr/mediastore/11/9277_1_FR_original.pdf

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