NUMERO : N°71 -Mai Juin 2017

Du bio non certifié ? Entre greenwashing et simplification pragmatique

Des cosmétiques « bio » qui sont loin de l’être

Régulièrement, la rédaction de Bio Linéaires reçoit des communiqués de presse annonçant la sortie de nouveaux produits ou l’arrivée de nouvelles marques. Récemment, l’un de ces communiqués nous a particulièrement interpellés, car symptomatique d’une tendance qui ne peut qu’inquiéter. Le dossier de presse annonçait en effet le lancement de nouveautés d’une marque étrangère, dont le nom contient le mot « Bio ». Une nouvelle marque certifiée voulant se faire connaître sur le marché français ? Ledit communiqué ne mentionne cependant aucune certification nationale ou internationale, se concluant cependant par le fait que ces nouveautés maquillage constituent une « gamme complète de produits qui répondent à la « philosophie des sans » : sans conservateurs, sans parfum, sans gluten et nickel tested ».

Malheureusement, la vérification sur le site du fabricant des listes INCI (absentes du communiqué) fait apparaître des ingrédients incompatibles avec une certification : Synthetic Beeswax, Ozokerite, Cyclopentasiloxane Polyethylene, Dimethicone/Vinyl Cimethicone Crosspolymer, PEG-10 Dimethicone, Disiloxane, Ethylhexyl Methoxycinnamate, etc. Soit des dérivés de la chimie du pétrole, dont des silicones, le dernier ingrédient ici mentionné étant un filtre anti-UV dit « organique » considéré comme potentiel perturbateur endocrinien.

Certes, l’allégation « naturel » n’est pas employée pour cette gamme, mais l’association d’un nom de marque avec le mot « bio » et de la mise en avant d’une réponse à la « philosophie des sans » est perturbante.

Les risques de la politique du « sans… »

Le cas de telles marques non certifiables qui emploient le mot « bio » dans leur nom reste heureusement rare. Mais l’abus de l’allégation « sans » par les marques certifiées a ouvert la porte à des dérives, des marques conventionnelles mettant du coup en avant, depuis un moment, « sans parabens » ou « sans phénoxyéthanol » alors qu’elles utilisent par exemple comme conservateur de la méthylisothiazolinone, encore moins recommandable ; « sans huiles minérales » alors qu’elles contiennent des silicones (ou des siloxanes, ce qui est peu différent) ; « sans conservateurs » alors qu’elles contiennent des antioxydants du type BHA ou BHT (ce qui n’est pas mieux) ou alors que les produits n’ont intrinsèquement pas besoin de conservateurs, de par leur composition, etc.

Il faut donc être extrêmement vigilant en argumentant « seulement » sur le « sans » lorsqu’on vend de la cosmétique certifiée, l’argument étant le même que celui des marques conventionnelles qui l’emploient – tendance très forte – pour les ingrédients les plus médiatisés, ce qui est suffisant pour le consommateur de base, ainsi rassuré.

La certification naturelle et bio implique bien d’autres critères sur lesquels il faut savoir argumenter. D’ailleurs, au mois de septembre 2016, la Commission Européenne a rendu public un rapport sur les allégations cosmétiques, dans lequel elle a constaté de nombreuses dérives à propos des allégations « sans », qualifiées parfois de « trompeuses », ce qui ne manquera pas, comme cela est annoncé depuis quelques temps, de conduire à terme à un encadrement réglementaire.

Quand trop de logos conduit à leur disparition

La certification et les logos vérifiés sont-ils néanmoins la seule voie possible ? Comme évoqué dans le compte-rendu du salon Vivaness fait dans le n°70 de Bio Linéaires, Amarjit Sahota, président du cabinet d’études Organic Monitor, y a présenté une conférence montrant que, à l’instar de ce qui se passe en alimentaire, la tendance est plutôt à une explosion du nombre de logos plutôt qu’à sa diminution, les marques cherchant à se différencier : Vegan, Fair Trade, Nickel Tested, No Lead (sans plomb), Hypoallergenic, Dermatologist Recommended, Cruelty Free, Casher, Halal.

Entre allégations « sans » et multiplication des labels, le consommateur est parfois de plus en plus perdu.

Le risque est bien de créer une label fatigue (en anglais dans le texte), pour reprendre le terme de M. Sahota. Il n’est donc pas étonnant de voir l’apparition de plus en plus de marques renonçant à la certification, bien que la composition de leurs produits le leur permettrait. C’est notamment le cas d’entreprises actives dans le circuit des instituts, comme le récent Congrès de l’Esthétique, début avril à Paris, l’a montré, le « label » étant moins une condition sine qua non dans ce circuit que dans les magasins bio.

La raison évoquée va des coûts de certification au fait que les labels, certes rassurants, finissent par créer de la confusion auprès des consommateurs car trop nombreux. Au final, ces marques préfèrent argumenter sur leurs caractéristiques intrinsèques plutôt que de se voir, dans un certain sens, banalisées par une certification parfois mal comprise.

Le phénomène est pour l’instant anecdotique, mais il ne doit pas être ignoré, notamment par les associations professionnelles promouvant la cosmétique certifiée.

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