"La crise nous montre les points faibles de notre économie et qu’il faut replacer l’humain au centre de tout" – interview de Didier Perréol (Synabio)

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Voici l’intégralité de l’interview de Didier Perréol, président du Synabio, présentée dans Bio Linéaires n°89 (en accès libre et gratuit en version digitale). Interview réalisée pendant le confinement.
Quels sont les secteurs de la bio les plus éprouvés par cette crise ? Y a-t-il des risques de rupture ? A quel impact peut-on s’attendre à plus long terme pour la filière ? Les représentants des principales organisations professionnelles répondent aux questions de Bio Linéaires.

Episode 3/4 avec Didier Perréol, président du Synabio

Bio Linéaires : Quel impact cette crise a-t-elle sur la filière bio ?
Didier Perréol : Globalement, la filière alimentaire est très bénéficiaire avec une progression très spectaculaire de + 25 à 30 % sur la première semaine de confinement. En épicerie sèche, avec les produits de première nécessité type pâtes, riz, il y a eu + 70-80 %, une belle progression aussi sur les produits frais. La hausse a été plus importante en magasin bio et de proximité. L’ensemble des distributeurs en ont bénéficié, avec la première semaine, au-delà de 50 % d’augmentation, 30 % la deuxième semaine. On note par contre un gros écart entre les fournisseurs qui sont en GMS et dans le réseau spécialisé. En grandes surfaces, il y a + 15 à 20 % sur l’épicerie sèche mais le frais est en baisse – avec un report sur les magasins de proximité – alors qu’il y a une progression sur les conserves de 30 %. Les habitudes ont changé, le pain a chuté mais la demande de farine est très forte, beaucoup se sont mis à faire leur propre pain. Il y a un peu moins de consommation de jus de fruits et de compléments alimentaires, la cosmétique est en baisse.
BL : Quels ont été les principaux défis à relever ?
D. P. : Le premier défi a été de trouver du personnel. En raison de la garde des enfants et de la crainte d’être contaminé, on a un taux d’absentéisme de 15 à 20 %. Si nous avons eu quelques craintes du côté de la logistique surtout quand certains ont voulu augmenter les tarifs, le Synabio est monté au créneau avec ses partenaires de l’Ania (ndlr : Association nationale des industries alimentaires) ce qui a permis de résoudre la situation. Pour éviter les ruptures sur les pâtes, beaucoup sont passés en ⅜. Le rayon farine est aussi très tendu. Ce sont les deux secteurs les plus touchés mais nous n’avons pas de pénurie sur les matières premières. En bio, les entreprises ont bien assuré, à 80 % les produits sont globalement dans les rayons.
BL : Le Synabio a multiplié les actions, webinar, étude… Quelles sont les missions principales du Synabio durant cette période ?
D. P. : Informer les adhérents, être à leur écoute et répondre à l’ensemble de leurs questions. Nous réalisons des fiches synthèses avec toutes les mesures du gouvernement. Nous avons fait un webinar sur l’aspect social car nous sommes un peu perdus avec tous les effets d’annonce. Maintenant, nous sommes en train de réfléchir sur la manière dont on va construire l’après-crise et ce qu’on en tire comme leçon pour faire évoluer les relations commerciales vers plus de solidarité et de transparence. Nous avons aussi toutes les semaines une conférence téléphonique avec Natexbio afin d’échanger et nous tenir informés. Cela nous a rapprochés entre tous les opérateurs de la bio sur notre vision du marché. C’est d’ailleurs l’aspect positif de cette crise.
BL : Qu’attendez-vous de « l’après-confinement » ?
D. P. : J’espère que nous allons continuer dans le dialogue avec les opérateurs, on voit que ceux qui ont travaillé sur des filières s’en sortent le mieux. En bio, nous avons des engagements avec les producteurs et sur la proximité depuis longtemps, ce doit être intensifié. On est un grand pays de production agricole, le consommateur doit aussi se rendre compte de l’impact de son alimentation. Le phénomène de crise que nous vivons nous montre tous les points faibles de notre économie et qu’il faut replacer l’humain au centre de tout. Le plus important, c’est la santé et une bonne santé, c’est d’abord une bonne alimentation.
A propos du Synabio
Le syndicat national des entreprises bio au service de la filière agriculture biologique rassemble des transformateurs (première et seconde transformation) – en majorité – et des distributeurs spécialisés (grossistes et enseignes bio). 
Prochain rdv : interview d’Allon Zeitoun, vice-président du Synadis Bio
Interview précédente : Philippe Laratte, vice-président et trésorier du Synadiet

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