NUMERO : Mai-Juin 2014

La peau sensible : définition et besoins

Peau sensible : définition et symptômes

Une peau sensible est une situation parfois très désagréable. Non seulement cela affecte l’apparence des personnes concernées, avec d’éventuelles conséquences sociales, mais les symptômes ressentis peuvent entraîner un réel inconfort. Il n’est donc pas exagéré de dire que la qualité de vie peut être directement affectée. A noter qu’on lit parfois que la peau sensible gagne du terrain, avec une augmentation considérable des cas, allant jusqu’à pointer du doigt la diminution de la couche d’ozone ( !) et donc l’augmentation du rayonnement UV, pour prouver encore plus combien ladite diminution est nocive pour notre planète. C’est malheureusement ce genre de pseudo-argument scientifique, jouant avec la réalité et les chiffres, qui discrédite la cause écologique. Car d’une part les études épidémiologiques réellement d’envergure sont peu nombreuses et relativement récentes, comme celles mentionnées ci-dessus, et d’autre part on confond souvent peau sensible, réactivité ponctuelle et allergies (nous y reviendrons plus loin). Surtout qu’il n’y a pas vraiment de définition claire de la notion de « peau sensible », un type de peau qui partage des symptômes avec d’autres, comme les peaux sèches et déshydratées, voire les peaux matures. Rien ne prouve donc, à ce jour, une augmentation drastique de la proportion des peaux sensibles. Et si cas plus nombreux il semble y avoir, des explications simples sont à trouver ailleurs, comme nous le verrons.

Quels sont en fait les symptômes de ce que l’on peut qualifier de « peau sensible » ? Il s’agit en général, isolément ou concomitamment, de démangeaisons, picotements, sensation d’échauffement ou même de brûlure, de tiraillement, mais aussi des symptômes d’altération cutanée visible : sécheresse, rougeurs, gonflements voire desquamation, symptômes qui sont aussi ceux de la réaction à une irritation, irritation pouvant subvenir avec une peau qui n’est pas sensible, face à un composé agressif.

Ces symptômes peuvent être ponctuels, revenant de façon plus ou moins régulière, ou bien être permanents. Ils peuvent toucher tous les types de peau, qu’elles soient grasses, mixtes, sèches (manquant de lipides) ou déshydratées (manquant d’eau), et concerner tous les phototypes (couleur de peau).

Néanmoins, les personnes les plus concernées ont plutôt une peau  ne et à tendance sèche, avec une peau claire. La sensibilité est de plus parfois associée à la couperose, la dermatite séborrhéique ou atopique, l’eczéma, le psoriasis la rosacée, etc. Bien entendu, et comme de nombreux autres aspects de notre physiologie, la sensibilité cutanée peut être héréditaire.

Si c’est bien sûr la peau du visage qui est la zone la plus affectée (85 % des cas), selon une étude publiée en 2008 dans le British Journal of Dermatology, portant sur des femmes autour de 40 ans,

viendraient ensuite les mains (58 %), le cuir chevelu (36 %), les pieds (34 %), le cou (27 %), le torse (23 %) ou le dos (21 %).

 

Causes et facteurs aggravants

Même si la définition de la peau sensible reste donc assez vague, et que les symptômes varient grandement d’une personne à l’autre, un fait est établi : les personnes à la peau sensible ont un seuil d’irritabilité plus bas. Leur peau réagit donc plus vite et plus facilement à des stimuli – qui peuvent être environnementaux ou dus à une exposition directe à certains produits et à leurs composants – qui chez les autres personnes n’entraîneraient aucune conséquence.

Ces stimuli peuvent être le soleil, le vent, le froid ou les variations de température, l’air ambiant, sa sécheresse et/ou sa pollution (fumée de cigarette) et également le linge et les vêtements, non seulement à cause du frottement mais aussi en raison de substances qu’ils sont susceptibles de contenir. Par exposition directe nous

 

 

entendons surtout les produits de cosmétique et d’hygiène (en premier le savon !), mais également l’eau, notamment lorsqu’elle est trop calcaire : bain ou douche, lavage des mains ou lors de la vaisselle, etc. D’autres facteurs peuvent néanmoins amener une peau sensible à réagir, comme les hormones, le stress et même l’alimentation ou notre propre sueur.

Il ne faut absolument pas confondre une peau sensible avec une peau allergique, même si certains symptômes se ressemblent et que parfois une peau en état de sensibilité permanente est à la

 

 

limite de l’allergie. Les manifestations allergiques proviennent d’une réaction immunitaire face à une substance considérée comme « étrangère » quelle que soit sa dose, contre laquelle l’organisme se défend. Alors que la peau sensible réagit excessivement, de façon temporaire, aux agressions extérieures susmentionnées.

Avant d’accuser la couche d’ozone, si la tendance à la hausse des peaux sensibles se con rmait, les causes sont peut-être déjà à rechercher dans notre mode de vie qui a beaucoup changé ces dernières décennies : hygiène améliorée et donc bains et douches plus fréquents (qui altèrent le manteau protecteur naturel de la peau), multiplication parfois déraisonnée de l’emploi de produits de soin et d’hygiène, aux formules employant des ingrédients des plus variés et potentiellement agressifs, etc. Car une des premières causes de sensibilité cutanée avérée est que le fameux manteau acide protecteur de la peau est souvent fragilisé, avec une couche cornée plus mince, et donc un manque d’hydratation. Les substances potentiellement agressives pénètrent ainsi plus facilement pour provoquer les réactions évoquées. C’est la raison pour laquelle certaines personnes sont plus touchées, comme celles à la peau mature, qui s’affine et se déshydrate naturellement avec l’âge (d’où la di culté évoquée plus haut de classer clairement les peaux selon les symptômes, ceux d’une peau biologiquement mature étant parfois les mêmes que ceux d’une peau sensible). Mais sont plus touchées aussi toutes les personnes exposées aux produits pouvant fragiliser ce manteau protecteur, notamment au niveau des mains (coi eurs, femmes de ménage…).

 

Ce qu’il faut éviter

On l’aura compris : comme avec une peau allergique, il su t d’un seul composant inadapté pour qu’une peau sensible réagisse de façon exacerbée, il faut donc déjà éviter tous les produits cosmétiques potentiellement agressifs. Sur ce point, la cosmétique naturelle et bio certi ée part évidemment avec une longueur d’avance sur la cosmétique conventionnelle. Mais ne nous voilons pas la face : certaines plantes ou surtout huiles essentielles, même bio, peuvent aussi agresser une peau sensible (nous ne parlons pas d’allergie). D’autres composants également, en particulier les tensioactifs : même agréés par les cahiers des charges, il en reste qui sont plus ou moins agressifs, et toutes les marques n’ont pas fait le choix des bases lavantes les plus douces (voir Bio Linéaires numéros 42, 49 et 50). Si une bonne hygiène est bien sûr indispensable, il est inutile – sauf nécessité absolue – de prendre une douche plusieurs fois par jour, et il faut éviter que l’eau soit trop chaude, ce qui fragilise le  lm hydrolipidique de la peau. Rappelons aussi que ce n’est pas la mousse qui nettoie la peau, et qu’au contraire des produits très moussants, employés trop fréquemment peuvent aussi fragiliser la protection naturelle de la peau. Autre évidence, maintes fois répétée : le savon (même bio et à base d’huiles végétales !) est à proscrire pour le visage, car son pH alcalin n’est nullement adapté à celui de notre peau, acide. Parmi les soins qu’il faut typiquement éviter avec une peau sensible, il y a les gommages ou peelings, qu’ils soient mécaniques (surtout si à base de silice ou de noyaux de fruits broyés) ou enzymatiques. Cette interdiction vaut également pour les acides de fruits (AHA), dont la vogue est passée, mais qui existent toujours. Plus globalement, il faut

éviter de multiplier les produits de soin, et si possible s’orienter vers des produits à la formulation la plus simple possible (less is more : « moins c’est mieux »), ce que la cosmétique bio sait parfois très bien faire. Mélanger les gammes de provenances di érentes, avec des ingrédients pas forcément bien assortis entre eux, multiplie aussi le risque de se retrouver face à un composant potentiellement agressif. Si jamais une réaction inhabituelle survient lors de l’utilisation d’un produit, il faut bien entendu en arrêter l’utilisation. L’étude BVA mentionnée plus haut a également révélé que 55 % des Européennes utiliseraient des soins inadaptés à leur type de peau, que celle-ci soit grasse, mixte, déshydratée ou même sensible !

 

Les bons gestes

C’est une évidence, mais qu’il faut rappeler ici : il faut utiliser en priorité des soins appropriés, en combinant idéalement un nettoyant (… pas de savon !), un toni ant (qui en l’occurrence sera un calmant), une crème de jour (pour bien protéger contre les agressions environnementales quotidiennes) et une crème de nuit (qui est celle qui nourrit et donc restaure la barrière hydrolipidique de la peau), voire un contour des yeux (zone particulièrement sensible) issus d’une même gamme, avec des actifs bien assortis, dont l’action sera renforcée (e et cumulatif) car on les retrouvera, a priori, dans l’ensemble de ces produits.

Le premier objectif est de restaurer la fonction protectrice naturelle de la peau. Une peau sensible a un grand besoin d’hydratation et de lipides. Il faut donc impérativement utiliser des crèmes nourrissantes, riches en acides gras, et surtout ne pas faire l’impasse de la crème de nuit, comme trop de femmes le font malheureusement ! Une gamme (bio) pour peaux sensibles apportera de plus certains composants particulièrement apaisants, tels le bisabolol, l’allantoïne, la réglisse (qui contient des actifs à l’activité analogue à celle de la cortisone), l’achillée millefeuille et bien d’autres encore.

Pour le nettoyage, outre le renoncement absolu au savon, il ne faut pas se « laver » le visage à l’eau claire (qui ne nettoie pas : elle dissout juste les saletés hydrosolubles), mais bien avec un lait nettoyant, capable de dissoudre en plus les saletés liposolubles, et qui participera, par sa phase lipidique, à la restauration du  lm hydrolipidique. Ce lait se rinçant à l’eau après usage, si celle du réseau est trop calcaire, utilisez une bonne eau minérale en bouteille, peu onéreuse. Et pour appliquer le lait, inutile d’agresser la peau avec le frottement d’un coton : les doigts font parfaitement l’a aire, avec de délicats mouvements circulaires.

Si nécessaire, il faut s’orienter vers des produits sans parfums ni conservateurs. A noter que l’alcool (bio), à faible dose, n’est pas forcément aussi mauvais qu’on le lit souvent : la meilleure preuve est qu’il existe des gammes spéci ques pour peaux (hyper)sensibles dont la conservation est assurée par une dose raisonnable d’alcool. Le plus important est en e et non seulement le dosage dudit alcool, mais aussi les autres composants présents, et dans ce domaine la cosmétique naturelle sait y faire…

Enfin, n’oubliez pas que certaines lessives peuvent également contenir des composants agressifs qui resteront dans le linge (literie). Là aussi, les lessives « bio » sont à prendre utilement en considération.