
À l’occasion du renouvellement de son label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV), la Maison Vigean a ouvert les portes de son huilerie de Clion-sur-Indre (36). Entre savoir-faire artisanal et ambitions de développement, Yann Terrien, directeur général depuis 2024, revient sur la stratégie de l’entreprise, ses perspectives à l’international et la place centrale des magasins spécialisés bio, qui représentent près de 80 % de son activité.
Bio Linéaires : Comment conciliez-vous votre savoir-faire artisanal avec les exigences économiques et la recherche de rentabilité ?
Yann Terrien : Je me considère comme le gardien d’un savoir-faire ancestral et l’architecte d’une ambition nouvelle. Il n’est pas question d’altérer nos méthodes d’extraction douces, qui préservent les qualités nutritionnelles et organoleptiques de nos huiles. La création de valeur repose sur la sélection des matières premières et leur transformation. Pour gagner en compétitivité, nous optimisons les étapes du conditionnement et de la logistique : transports, gestion des stocks, automatisation et cadences à l’embouteillage, sans toucher à la qualité du produit.
BL : Quels investissements avez-vous engagés et quelles sont vos prochaines priorités industrielles ?
Y. T. : Nous avons investi près d’un demi-million d’euros dans l’optimisation du conditionnement durant mes deux premières années de mandat. Notre prochain projet majeur est le doublement de la salle des cuves. Nos outils de fabrication artisanale, parfois très anciens, restent robustes, fiables et peu exigeants en maintenance. Ils nous permettent d’accompagner la croissance sans investissements industriels importants.

« Nous travaillons avec les grands réseaux comme les indépendants. Nous formons les équipes en rayon et analysons les sorties de caisse pour proposer des recommandations d’assortiment et de présentation adaptées à chaque magasin »
BL : Que représente pour vous le renouvellement du label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) ?
Y. T. : C’est d’abord une reconnaissance pour nos collaborateurs, qui perpétuent ce savoir-faire dans une logique de transmission. Commercialement, le label apporte une validation officielle de notre expertise par l’État. Encore peu connu en France, il bénéficie d’une forte reconnaissance à l’étranger, où l’artisanat français est particulièrement apprécié. Pour les acheteurs internationaux, c’est un véritable gage de qualité qui valorise immédiatement notre savoir-faire.
BL : La Maison Vigean est engagée dans le bio depuis les années 1970. Quelle place occupent aujourd’hui les magasins spécialisés bio dans votre activité ?
Y. T. : Ils restent le cœur de notre activité et représentent près de 80 % de notre chiffre d’affaires. Cet engagement est profondément ancré dans notre histoire : la Maison Vigean a été pionnière du bio dès le début des années 1970. C’est dans ce réseau que notre savoir-faire traditionnel et les qualités de nos huiles de première pression à froid sont les mieux reconnus et valorisés.
« Il est important de trouver le bon équilibre entre MDD et marques nationales »
BL : Face à la montée des MDD et aux arbitrages des consommateurs sur les prix, comment accompagnez-vous les magasins bio ?
Y. T. : Nous travaillons avec les grands réseaux comme avec les indépendants. Nous formons les équipes en rayon et analysons les sorties de caisse pour proposer des recommandations d’assortiment et de présentation adaptées à chaque magasin. Nous sensibilisons également les gérants à la rentabilité globale du rayon : le prix facial ne suffit pas à apprécier la contribution d’un produit et nous analysons donc la rentabilité au facing avec les magasins. Il est important de trouver le bon équilibre entre MDD et marques nationales. Enfin, nous aidons les consommateurs à mieux comprendre les différences de qualité et les caractéristiques nutritionnelles des huiles, au-delà du seul critère du prix.
BL : Vous souhaitez porter la part de l’export de 11 % à 25-30 % de votre chiffre d’affaires en cinq ans. Quelles sont vos ambitions sur le marché français ?
Y. T. : Le développement international doit sécuriser la pérennité de l’entreprise et des emplois, en diversifiant nos marchés et en nous appuyant sur le réseau mondial du groupe familial Brabant face à un monde toujours plus mouvant et incertain. Le très haut de gamme reste une niche en France et nos capacités artisanales ne sont pas extensibles à l’infini. Pour autant, le marché français et le réseau spécialisé bio restent prioritaires. Notre ambition est de devenir une référence en matière de qualité et d’expertise, notamment auprès des enseignes qui recherchent des conseils techniques et des formations sur la catégorie des huiles.
« Les consommateurs augmentent leurs exigences sur les huiles d’assaisonnement, où qualité et bénéfices nutritionnels restent déterminants. Nous développons donc de nouvelles propositions : huiles condimentaires infusées à froid, gammes destinées aux sportifs ou encore une huile « alternative au sel » dès février 2027 »
BL : Comment évoluent les habitudes de consommation et comment y répondez-vous ?
Y. T. : La crise de l’huile d’olive a accéléré une évolution des comportements. Nous sommes passés d’une consommation en pyramide à une logique en sablier : les consommateurs réduisent leur budget sur les huiles de cuisson en choisissant, par exemple, un tournesol désodorisé mais augmentent leurs exigences sur les huiles d’assaisonnement, où qualité et bénéfices nutritionnels restent déterminants.
Nous développons donc de nouvelles propositions : huiles condimentaires infusées à froid, gammes destinées aux sportifs ou encore une huile « alternative au sel » dès février 2027, qui répond à l’enjeu de réduction des apports quotidiens en sel. Nous accompagnons ces innovations par des actions de formation et d’information, notamment sur le digital et avec des diététiciens-nutritionnistes.
Nous étudions également la possibilité de répondre aux différents segments du marché, avec le haut de gamme porté par Vigean et une offre plus accessible via d’autres marques propres ou marques clients.
La Maison Vigean
en chiffres
12,1 millions d’euros : chiffre d’affaires 2025
34 salariés
1,5 million de litres : volume annuel de production
350 références commercialisées
+2 000 points de vente distribués




