NUMERO : mai-juin 2013 – BL 46

Les dentifrices : pour sourire en bio !

Si les allégations peuvent être multiples, l’essentiel des ventes (40 % en valeur) est constitué par les dentifrices contre les gencives sensibles (actifs antibactériens contre la plaque dentaire), suivi avec 20 % par les produits contre les caries (avec du uor), 17 % pour les dents sensibles, 8 % pour les blanchissants (avec des abrasifs). 6,5 % des ventes concernent les dentifrices pour enfants, alors que les dentifrices « bio » ou « homéopathiques » représenteraient un petit 6 %.

 

Pourquoi faut-il se brosser les dents ?

Les caries sont un vrai problème de santé publique. En France, à l’âge de 6 ans, les 2/3 des enfants ont déjà au moins une carie et plus de la moitié des enfants de 12 ans. Mais 44 % des adultes sont aussi concernés et 37 % des personnes âgées 3. Sans parler de la douleur que les caries provoquent, les surinfections peuvent avoir des conséquences graves (abcès, infections généralisées). Et avoir des dents propres et une haleine fraîche est une chose importante en société, sans parler du simple bien-être que procure le fait d’avoir des dents bien brossées. Le vieil adage « il vaut mieux prévenir que guérir » s’impose ici largement lorsqu’on sait ce que peuvent coûter des soins dentaires, qu’on ne peut malheureusement éviter lorsque la douleur, souvent insupportable, survient…

 

Qu’y a-t-il dans un dentifrice ?

Le premier rôle d’un dentifrice étant d’empêcher la formation de la « plaque dentaire », constituée de protéines salivaires, de résidus alimentaires, de bactéries et des toxines secrétées par celles-ci, il doit contenir des substances abrasives pour nettoyer l’émail dentaire (silice, bicarbonate de sodium, phosphate de calcium…). Et sa consistance doit être pâteuse, pour éviter qu’il se dilue dans la salive et permettre qu’il reste au contact des dents pendant le brossage.

Cela nécessite donc d’avoir une émulsion épaisse, d’où aussi des épaississants, des émulsiants et des conservateurs, les émulsions aqueuses étant sensibles à la dégradation microbiologique, comme tout produit cosmétique.

On trouvera également des agents moussants pour disperser les impuretés grasses dans la phase aqueuse, des humectants pour éviter que la pâte ne durcisse à l’air (sorbitol, glycérol, propylène glycol). Outre les additifs de confort (édulcorant, comme l’aspartame ou aromatisant, comme le menthol rafraîchissant…) et éventuellement des colorants, on emploie encore des actifs ciblés : fluor contre les caries, antibactériens

contre la plaque dentaire (triclosan ou chlorhexidine), antitartre (polyphosphate), etc. Rappelons que le tartre est de la plaque dentaire minéralisée (sels de calcium).

 

Quels types d’ingrédients préoccupants trouve-t-on dans les dentifrices ?

Un des rôles du dentifrice étant de lutter contre les bactéries buccales, les fabricants conventionnels n’hésitent pas à employer des désinfectants puissants, parmi lesquels le triclosan susmentionné. Non seulement celui-ci est souvent pollué par de la dioxine, mais en plus d’être écotoxique (par son rejet via les eaux usées dans l’environnement où il s’accumule), c’est un perturbateur endocrinien avéré et on a montré récemment qu’il altérerait la fonction musculaire (dont celle du coeur). On le soupçonne aussi d’augmenter la résistance des bactéries aux antibiotiques. La chlorhexidine, un antiseptique à large spectre d’action pouvant provoquer des irritations des muqueuses, est aussi employée. On trouve très souvent du SLS (sodium lauryl sulfate), un tensioactif particulièrement irritant mais qui reste très usité dans les dentifrices « conventionnels »

 ! À la longue, il peut provoquer des aphtes. Du côté des colorants, on va trouver par exemple de la tartrazine (CI 19140), un colorant azoïque susceptible de provoquer asthme, urticaire, rhinites, troubles de la vue… et qui pourrait être cancérigène. Il est à ce titre interdit dans plusieurs pays. Ou encore les rouge CI 73360 et vert CI 74260 qui appartiennent tous deux au groupe très contesté des composés halogénés, au risque cancérigène connu.

Certains dentifrices contiennent des PEG ou dérivés, substances éthoxylées aux risques également connus (écotoxicité entre autres). On peut s’inquiéter aussi de la présence, comme actifs anti-tartre et abrasifs, de tétrapotassium pyrophosphate ou disodium pyrophosphate, autorisé également comme agent de texture en alimentaire (additif E450i), qui peuvent provoquer des allergies chez certaines personnes. Et il est inutile de dire ici que des conservateur du type parabènes sont bien entendu employés dans ces dentifrices conventionnels, même s’il ne faut pas forcément valider tout ce qui a été dit sur ces ingrédients, que le principe de précaution pousse cependant à éviter.

En clair, les dentifrices contiennent un cocktail d’ingrédients représentatifs de tout ce que les consommateurs avertis veulent aujourd’hui éviter !

 

1) Étude IFOP 2011

2) Source : SymphonyIRI et IMS 2012.

3) Chires 2010 de la Haute Autorité de Santé.

Le fluor, un ami qui peut vous faire du mal ?

Parce que très ecace pour lutter contre les caries, le uor est très employé dans les dentifrices, même bio. Il reste qu’à forte dose il peut être toxique, avec des eets sur le système nerveux, la reproduction et le système endocrinien. Écartons l’argument – qui dessert la bio tant il est absurde ! – mis en avant par certains que « c’est Hitler qui, le premier, a fait faire des recherches sur ce gaz » et ce « dans le but d’asservir les populations des pays conquis », complot d’asservissement qui durerait toujours : le uor est étudié depuis le 18e siècle et c’est le diuor qui est un gaz, isolé en 1886 par un chimiste français ! Dans le cas présent, on emploie un sel de uor (uorure de sodium en général), qui a la capacité avérée de rendre l’émail moins sensible aux attaques acides qui provoquent les caries. Il ne faut cependant pas nier de rares cas d’empoisonnement au uor, notamment chez les enfants. C’est pour cela que ceux-ci doivent toujours utiliser un dentifrice spécique, moins dosé, et jamais un dentifrice pour adultes plus riche en uor. C’est également la raison pour laquelle il faut toujours bien faire attention à recracher tout dentifrice uoré, et que le brossage des jeunes enfants doit toujours se faire sous la surveillance d’un adulte. Certains experts arment que le uor est le seul actif réellement ecace contre les caries, mais d’autres soulignent aussi, entre autres, l’ecacité de la propolis, du xylitol ou même de l’huile essentielle d’anis. Mais dans ce cas un brossage ecace est indispensable, ce que ne maîtrisent pas toujours les enfants. Un excès de uor peut néanmoins provoquer – risque cependant faible, même si le uor peut aussi être ingéré via l’eau du robinet ou provenir d’ustensiles de cuisine à revêtement antiadhésif – la uorose, maladie des dents qui provoque l’apparition de taches blanches ou jaunâtres.

Pour ces raisons, la réglementation limite la dose de uor à 500 ppm (parties par million, soit microgrammes par gramme) dans les dentifrices pour enfants de 3 à 6 ans, et à 1500 ppm dans ceux pour les adultes. Au-delà de 1500 ppm, le produit devient un médicament. Et pas de dentifrice uoré avant 3 ans !

D’autres actifs pourtant intéressants sont aussi à surveiller concernant un éventuel excès d’absorption en cas de cumul de sources : la vitamine A en fait partie (certains dentifrices en contiennent) ainsi que le sorbitol (employé pour ses eets rafraîchissant et édulcorant) qui peut provoquer des diarrhées chez les personnes sensibles (raison de plus pour ne pas avaler le dentifrice).

 

Que penser des dentifrices blanchissants ?

La « blancheur retrouvée » est un argument à la mode. Mais les personnes ayant naturellement des dents très blanches restent rares. De plus, avec l’âge, l’émail extérieur se fait de plus en plus n, et on nit par voir les couches intérieures plus sombres. Reste que café, thé, vin rouge ou nicotine provoquent une coloration des dents. Les particules abrasives peuvent retarder ce phénomène, mais ne le supprimeront jamais. D’ailleurs, les experts en médecine dentaire soulignent qu’il n’y a pas globalement de grande diérence d’ecacité entre les dentifrices classiques et les « blanchissants », qui contiennent peu ou prou les mêmes types et concentrations d’actifs. A noter la présence dans certains dentifrices d’un colorant bleu (CI 74160) sensé rendre les dents

« immédiatement blanches », eet néanmoins « limité dans le temps », comme cela est alors mentionné en petits caractères. Il s’agit d’un simple phénomène optique qui fait qu’en ajoutant du bleu à l’émail jauni, celui-ci paraît plus blanc, comme dans la vieille technique dite de l’azurage, pour le papier ou le linge. D’autres formules contiennent pour blanchir du peroxyde d’hydrogène, à une dose néanmoins faible (limite maximale autorisée en Europe dans les produits d’hygiène buccale : 0,1 %).

 

Le menthol des dentifrices, ennemi de l’homéopathie ?

Confirmé par la plupart des homéopathes : il n’y a pas de réelle « incompatibilité » entre la menthe et un traitement homéopathique. Mais à l’instar d’autres substances aromatiques fortes (café, thé, épices, alcool, tabac… et aussi camomille ou verveine) qui vont imprégner la bouche, ce qui peut bloquer le passage de la « subtile » information homéopathique, il est juste recommandé de prendre les granules au moins ¼ d’heure avant (ou ½ heure après) l’exposition à ces substances pour éviter toute interaction. Si on ne peut pas le faire, alors il faut choisir effectivement un dentifrice sans menthol, menthe, camomille, verveine ou camphre…

 

Quels arguments mettre en avant avec les dentifrices bio ?

Comme le rouge à lèvres pour les femmes, le dentifrice est utilisé au moins une ou plusieurs fois par jour. Le taux d’exposition à des produits potentiellement inquiétants est donc plus élevé que pour les autres cosmétiques, avec comme facteur « aggravant » le fait que la muqueuse buccale est plus perméable que l’épiderme, sans parler du risque d’ingestion. C’est un point qu’il faut mettre en avant. Il ne faut pas pour autant fuir tous les dentifrices, et les recettes de bonne femme à base de bicarbonate de soude, de sel, de citron, de charbon… pour blanchir et nettoyer les dents ne sont pas vraiment recommandées car pouvant être au nal préjudiciables. Les dentifrices naturels et bio sont quant à eux, au contraire, bien sûr tout à fait à conseillés. Et pas seulement des dentifrices « aux plantes » (le green washing existe aussi dans ce domaine), mais bien des produits certiés. Ils sont dès lors parfaitement exempts des ingrédients préoccupants mentionnés plus haut, tout simplement parce que la plupart sont totalement interdits par les cahiers des charges bio. Ces dentifrices bio, bien entendu sans conservateurs, parfums ou colorants de synthèse, ont en général recours aux plantes ou huiles essentielles ayant des vertus antibactériennes (anis, thé vert, tee tree, clou de giroe… et aussi propolis), idem pour rafraîchir (menthe, myrrhe, agrumes), pour calmer les gencives (calendula, verveine, sauge…), contre le tartre (anis)… Pour l’eet abrasif sans agresser l’émail, de la silice en poudre, du sel marin, de l’argile, du carbonate de calcium. Avec selon les marques, présence ou non de uor à des taux raisonnables et beaucoup de formules garanties pour végétaliens (vegan). Texture (pas d’agent moussant en général) et parfum sont certes diérents, mais cela est juste une question d’habitude. Tout ce qu’il faut pour retrouver le sourire, en toute sécurité.