NUMERO : Jan-Fev 2014

Les enzymes digestives et systémiques

Les enzymes sont surtout connues pour leurs fonctions digestives mais leurs activités ne se limitent absolument pas à ce domaine. On retrouve donc à leur côté des enzymes dites « systémiques » qui passent la barrière intestinale et agissent donc à tous les niveaux de l’organisme sans se restreindre à la digestion. Elles exercent ainsi de multiples effets bénéfiques pour conserver ou retrouver une santé optimale.

Les enzymes digestives

Les enzymes digestives aident à la dégradation des aliments. Elles sont synthétisées par le pancréas et le foie mais sont également apportées par l’alimentation crue : fruits et légumes, céréales germées, noix, produits laitiers non pasteurisés. Avec les années qui passent, les productions endogènes globales tendent à s’amenuiser et il en va de même avec les enzymes digestives qui peuvent devenir déficientes et entraîner des symptômes dyspeptiques postprandiaux : ballonnements du milieu du ventre, gaz, sensations de lourdeurs après les repas copieux et gras, selles molles… En effet, si un aliment n’est pas totalement dégradé, il fermentera au niveau de l’intestin grêle et provoquera des inconforts plus ou moins importants et récurrents.

Cette production endogène d’enzymes digestives peut aussi être perturbée par certaines pathologies, par une alimentation déséquilibrée ou encore par le stress chronique.

Qui sont-elles ?

Les enzymes de la protéolyse

Encore appelées protéases ou peptidases, ce sont elles qui permettent la digestion des protéines animales et végétales et qui scindent ainsi de grosses molécules en petits acides aminés parfaitement biodisponibles. Parmi elles, on peut citer deux endopeptidases produites par le pancréas : la trypsine et la chymotrypsine qui rompent les liaisons peptidiques à l’intérieur des protéines. Une autre enzyme pancréatique s’occupe de détacher les acides aminés de l’extrémité des protéines.

La bromélaïne, présente dans de fortes proportions dans la tige d’ananas (Ananas cosmus), est une des enzymes végétales protéolytiques les plus efficaces pour soutenir les digestions difficiles. Si vous en conseillez à vos clients, veillez à ce qu’elle possède un fort degré d’activité enzymatique, c’est-à-dire près de 2000 GDU par gramme (le terme GDU pour « Gelatin Digesting

Unit » exprime le nombre d’Unité de Dissolution de la Gélatine par gramme).

Les enzymes de la glycolyse

Au sein de l’organisme, elles sont synthétisées au niveau de la bouche (salive) et du pancréas (suc pancréatique). Leur rôle est de digérer les glucides pour rendre les monosaccharides disponibles (glucose, fructose, galactose). Parmi elles :

● L’amylase (salivaire et pancréatique) scinde les amidons (amylose et amylopectine) et le glycogène en disaccharides et trisaccharides,

● Les disaccharidases (maltase, saccharase et lactase) hydrolysent les disaccharides en monosaccharides. Parmi les enzymes de la glycolyse les plus importantes, on retrouve donc la lactase qui permet de démanteler la molécule de lactose présente dans les produits laitiers (peu dans le fromage) en ses deux sucres simples : le glucose et le galactose. Si le lactose reste dans les intestins, à cause d’une déficience en lactase, les bactéries l’utilisent et il s’ensuit des fermentations, une formation d’hydrogène et une production de toxines diverses pouvant se manifester par des troubles gastro-intestinaux, des diarrhées, des maux de tête… N’hésitez pas dans ces cas précis à recommander un complexe d’enzymes végétales en contenant si vos clients souhaitent toujours consommer du lait ou des yaourts de vache, de brebis ou de chèvre.

Les enzymes de la lipolyse

La lipase pancréatique est la plus importante. Elle permet la digestion des graisses et plus précisément elle scinde les triglycérides en deux mono-glycérides et en acides gras libres. Les personnes déficientes disent le plus souvent « ne pas digérer les repas gras ».

Toutes ces enzymes sont donc naturellement synthétisées par l’organisme mais pour les raisons évoquées précédemment, il arrive qu’elles soient déficientes. Vous avez donc à votre disposition des compléments alimentaires qui renferment des enzymes seules, comme c’est souvent le cas avec la bromélaïne ou apportent dans une seule gélule, les trois types d’enzymes digestives et parfois même des cellulases qui permettent de décomposer les fibres cellulosiques.

Selon une étude effectuée sur 18 volontaires ayant ingéré 185 g de biscuits (1196 calories et 72 g de gras !), la prise d’enzymes pancréatiques complémentaires a permis non seulement de réduire significativement les ballonnements et les flatulences mais s’est aussi avérée bénéfique en cas de syndrome de l’intestin irritable1.

Quand conseiller les enzymes digestives ?

Comme la plupart d’entre elles sont très fragiles aux acides stomacaux, il est souhaitable de recommander les suppléments enzymatiques à visée digestive, juste avant les repas, sur estomac vide, afin qu’elles atteignent rapidement l’intestin grêle.

Il existe aussi sur le marché des capsules gastro-résistantes qui peuvent avoir un intérêt pour certaines enzymes très sensibles aux acides.

Les enzymes systémiques

À côté des enzymes digestives, on retrouve des enzymes qui agissent de façon ubiquitaire dans l’organisme pour le protéger ou le soulager. Toutefois comme le reste des enzymes, leur activité a tendance à diminuer avec l’âge.

Les enzymes végétales systémiques sont absorbées au niveau de l’intestin grêle et passent facilement dans la circulation sanguine pour intervenir à de multiples endroits.

Les enzymes antioxydantes

Ce sont elles nos premières lignes de défenses antioxydantes qui luttent contre les excès de radicaux libres. Elles ont besoin, pour être activées, d’oligoéléments comme le zinc, le cuivre, le manganèse, le fer ou encore le sélénium.

On retrouve parmi elles :

● Les superoxyde-dismutases, ou SOD, qui agissent sur le radical superoxyde par une réaction donnant naissance à une molécule de peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée) très corrosive. Elles fonctionnent avec l’aide du cuivre, du fer, du zinc, du nickel et du manganèse.

● Les catalases que l’on trouve dans les globules rouges et qui ont besoin de fer pour fonctionner de façon optimale.

● Les glutathion-peroxydases, ou GPX, qui utilisent le sélénium.

Ainsi, pour soutenir les enzymes antioxydantes, il est impératif que l’alimentation et/ou la supplémentation fournissent les oligoéléments nécessaires. Vous trouverez également certaines de ces enzymes, comme les SOD, seules ou dans des complexes.

Les enzymes protéolytiques anti-inflammatoires

La bromélaïne de l’ananas et la papaïne de la papaye font partie des enzymes protéolytiques végétales. Plusieurs études ont démontré leur efficacité pour soulager les douleurs articulaires, réduire les phénomènes inflammatoires et diminuer les enflures.

De plus, il semble que la bromélaïne soit efficace pour réduire le mucus et les inflammations dans les réactions respiratoires type sinusite.

Toutefois, ces enzymes étant détruites par la chaleur, les fruits en boîte en sont donc dépourvus et pour réduire les phénomènes inflammatoires il faut parfois avoir recours à de forts dosages que l’alimentation seule ne permet pas de fournir.

Que peuvent-elles faire pour vos clients ?

Des études montrent que les enzymes systémiques agissent à de multiples endroits :

● Elles ont de puissantes propriétés anti-inflammatoires, et donc antidouleurs, sans les effets secondaires gastro-intestinaux des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) tels l’aspirine et l’ibuprofène.

● Elles évitent la destruction des articulations.

● Elles réduisent les oedèmes postopératoires.

● Elles facilitent la fluidité sanguine en régulant la quantité de fibrine dans le sang qui est une protéine contrôlant la coagulation et qui, en excès, favorise la formation de caillots sanguins.

● Elles améliorent les défenses naturelles en activant les macrophages et en améliorant leur capacité à combattre les infections2.

● Elles accélèrent la récupération après la pratique d’une activité physique.

● Elles facilitent la cicatrisation et donc la guérison des plaies.

● Et elles pourraient même améliorer l’efficacité des médicaments et réduire les effets secondaires de la chimiothérapie3.

À qui conseiller les enzymes systémiques ?

Elles peuvent se conseiller, seules ou en compléments des autres traitements médicamenteux ou naturels déjà mis en place, en cas de :

● Polyarthrite rhumatoïde, affections inflammatoires articulaires (genoux, hanches, dos, épaule…).

● Pathologies cardiovasculaires, suites d’infarctus ou de phlébites.

● Suites de petites chirurgies (dentaires ou ophtalmiques) ou d’actes chirurgicaux plus importants.

● Sinusites chroniques.

● Pancréatite qui induit inévitablement une faible sécrétion d’enzymes.

● Traitement médicamenteux ou chimiothérapique pour en améliorer les effets.

 

1) Suarez F, Levitt MD, Adshead J, Barkin JS. Pancreatic supplements reduce symptomatic response of healthy subjects to a high fat meal. Dig Dis Sci. 1999 Jul;44(7):1317-21.

2) Kunze R. et al., Humoral immunomodulatory capacity of proteases in immune complex decomposition and formation, First International Symposium on Combination Therapies, Washington, DC, 1991.

3) Desser L et al., Introduction of tumor necrosis factor in human peripheral-blood mononuclear cells by proteolytic enzymes, Oncology, 47, 1990, 475.