NUMERO : Septembre – Octobre 2014

Les produits bio meilleurs nouvelles preuves…

Une nouvelle étude 1 faisant le bilan des études comparatives publiées sur la valeur nutritive et la pollution des produits biologiques et conventionnels vient d’être publiée par la revue scientifique British Journal of Nutrition.

C’est la plus exhaustive jamais réalisée puisque elle fait le bilan de 343 études comparatives.

Des résultats sans appel

En conclusion de cette étude, on trouve dans les produits biologiques, par rapport aux conventionnels :

  • 19 % à 69 % plus (selon la molécule) d’antioxydants (principalement des polyphénols)
  •  4 fois moins de pesticides
  •  Presque moitié moins de cadmium (- 48 %)
  •  Moins de nitrates et de nitrites
  • Plus de caroténoïdes (+ 17 %) et de vitamine C (+ 6 %)

 

Les seuls constituants utiles trouvés en quantités inférieures dans les produits biologiques sont les protéines
 -15 %) et la vitamine E (-15 %). La moindre teneur en protéines, due aux apports d’azote inférieurs en bio, n’a pas d’incidence sur la santé puisque les apports de protéines dans notre alimentation sont largement excédentaires (plus de 90g par personne et par jour, alors que les besoins sont d’environ 60g).

La supériorité en matière d’antioxydants est particulièrement
intéressante puisqu’en mangeant bio on bénéficie ainsi de 20 à 40 % en plus de ces précieux constituants.

Les « biosceptiques » pourront objecter que cette étude n’est pas objective, plusieurs de ses auteurs étant impliquées dans la recherche sur le bio. Objection facile à balayer puisque toutes les données utilisées sont disponibles sur le site de l’université de Newcastle, qui l’a réalisée.


Les étranges conclusions d’autres méta-analyses

Comment expliquer que cette étude contredise les précédentes méta-analyses réalisées sur ce sujet, celle de Dangour en 2009 et celle de Smith-Spangler en 2012, elles aussi publiées dans des revues scientifiques, qui concluaient à l’absence de différences entre les produits bio et les conventionnels, et qui ont été très largement médiatisées ?

La première une du Figaro qui, curieusement, n’a pas consacré une ligne à l’étude qui vient de paraître.

La contradiction n’est qu’apparente. Les méta-analyses de 2009 et de 2012 étaient en réalité favorables au bio, même si leurs conclusions affirmaient le contraire.

Pour l’étude de Dangour, l’explication est simple. Le rapport initial, dans lequel 162 études avaient été comparées, concluait à une teneur plus élevées dans les produits biologiques en plusieurs constituants importants (matière sèche, flavonoïdes, composés phénoliques, zinc, acides gras polyinsaturés).

 De ce rapport les auteurs ont tiré un article publié dans une revue scientifique qui –surprise – concluait à l’absence de différence significative, tout simplement parce que, en rajoutant des critères d’exclusion plus que discutables, ils n’avaient retenu pour cette publication que 55 des 162 études retenues initialement, nombre bien trop faible pour que les différences (qui pour la plupart subsistaient) soient statistiquement significatives. Joli tour de passe-passe !
 

Quant à l’étude de Smith-Splanger, elle montrait bien des différences en faveur du bio, mais le résumé – seule chose que les agences de presse prennent en compte – n’en parlait pas.

Pour le cadmium, par exemple, sur 21 études comparatives, 20 concluaient à plus de cet élément dans les produits conventionnels et 1 seule à davantage dans les produits bio, information absente du résumé. Pour les constituants utiles, comme les polyphénols et la vitamine C, une nette majorité des études comparatives montrait qu’il y en avait plus dansles produits biologiques, information également absente du résumé.

Plus étrange encore : l’étude a constaté que 38 % des produits conventionnels contiennent des pesticides contre seulement 8 % des bio et les auteurs concluent – sans rire -que le risque de contamination par les pesticides est donc de 30 % plus faible en bio. Curieuse manière de calculer : 8 % comparé à 38 % ce n’est évidemment pas 30 % en moins mais presque 5 fois moins !

Bref, cette nouvelle étude ne fait que confirmer ce que nous savions déjà, mais elle le fait – enfin – de manière indiscutable,ce qui explique sans doute que les « biosceptiques » se soient bien gardés d’en parler.

 

Claude Aubert

1) Baranski M et al. Higher antioxidant and lower cadmium
concentrations and lower incidence of pesticide
residues in organically grown crops : a systematic
literature review and meta-analyses. B J Nutr.
2014 Jun 26 : 1-18