Comment rendre le bio incontournable dans le panier des Français en 2040 ?

Près de 150 professionnels de la filière bio, dont une vingtaine de distributeurs, se sont retrouvés lors des BIO N’Days 2026.

Pouvoir d’achat, désirabilité, soutien politique, transition écologique… À l’occasion des BiO N’Days 2026, organisés à Valence par le Cluster Bio, les professionnels de la filière ont échangé sur les perspectives du secteur. Entre pouvoir d’achat, soutien politique, transition écologique et repositionnement commercial, les débats ont mis en lumière les défis qui façonneront le bio de demain.

 

Afin d’éclairer les différents enjeux à venir, plusieurs conférences et tables rondes étaient organisées tout au long de la journée.

 

Quatre scénarios pour 2040 : où se situera le réseau spécialisé ?

Bertrand Oudin, directeur du cabinet Ceresco, a dévoilé les conclusions de son étude prospective « Bio Horizon 2040 », esquissant quatre avenirs possibles pour la filière :

  1. La bio marginalisée : Une niche très restreinte, dominée par d’autres modèles alimentaires.
  2. La bio diluée : Une perte de repères où la promesse bio se confond avec d’autres allégations de consommation.
  3. La bio « prix » : Une réduction à une simple bataille de positionnement tarifaire.
  4. La bio prédominante : Le socle d’un tout nouveau système agricole et alimentaire français.

 

Pour les professionnels présents, le nerf de la guerre reste sans surprise le pouvoir d’achat. L’écart de prix avec le conventionnel est jugé comme le facteur d’influence n°1 sur les ventes (noté 7,2/10). Viennent ensuite le soutien des pouvoirs publics (7/10) et la sensibilité des clients à la qualité de l’eau et de l’environnement (6,9/10).

 

L’importance du soutien des pouvoirs publics

Claire Dimier-Vallet (La Maison de la Bio) a rappelé, lors d’une seconde conférence, l’importance du travail de plaidoyer auprès des décideurs publics, afin de valoriser le bio dans le débat public en démontrant sa contribution à plusieurs priorités nationales : souveraineté alimentaire, protection de l’environnement, santé publique et résilience des territoires.

Parmi les pistes avancées figurent une meilleure valorisation des coûts cachés de l’agriculture conventionnelle, le renforcement du lien entre agriculture biologique et santé, des mesures favorisant l’accès du bio au plus grand nombre ainsi que l’application de la loi EgAlim.

 

Le grand fossé : Spécialistes vs Grande Distribution

L’intervention de Emily Mayer de Circana, en fin de matinée, a mis en lumière une transformation radicale de l’offre en GMS. Si quelques signaux positifs étaient apparus fin 2025, la reprise reste fragile en grande distribution. Les ventes continuent de reculer et les enseignes poursuivent leurs rationalisations d’assortiment. Cette concentration bénéficie principalement aux grandes marques nationales et aux marques de distributeurs.

En 2021, il fallait 180 marques pour générer 80 % du chiffre d’affaires bio en GMS. En avril 2026, seules 112 marques suffisent pour atteindre ce même niveau. De plus, cette croissance en valeur est en trompe-l’œil, portée à 72 % par la seule explosion des cours du café et du cacao.

Dans ce contexte, le réseau bio spécialisé apparaît en meilleure posture, les enseignes spécialisées ont su adapter leur modèle pour répondre plus efficacement aux attentes des consommateurs sur les questions d’offre et de prix, enregistrant une croissance continue depuis deux ans.

 

Désirabilité : le nouveau terrain de jeu du bio

Au-delà des enjeux économiques, une question a traversé l’ensemble des débats : comment continuer à faire progresser la consommation bio dans un univers concurrentiel où les promesses environnementales, locales ou santé se multiplient ?

Près d’un participant sur deux estime que le bio doit davantage s’approprier les codes du marché tout en conservant sa singularité. Visibilité en magasin, attractivité des marques, innovation produit et communication figurent désormais parmi les leviers incontournables.

L’exemple de nouvelles marques premium portées par des influenceurs, cité lors des échanges, illustre la capacité d’une proposition forte à créer de la valeur lorsqu’elle répond aux attentes contemporaines des consommateurs.

Circana identifie quatre trajectoires possibles pour l’avenir de la filière : un bio refuge réservé à une niche militante, un bio progressivement dilué dans les autres promesses de consommation, un bio réduit à une simple bataille de prix ou, à l’inverse, un bio devenu le socle d’un nouveau système alimentaire.

 

La Bio à l’aune du changement climatique

Les travaux présentés par Solagro autour des scénarios Afterres 2050 ont aussi permis d’élargir la réflexion à l’échelle des grands équilibres agricoles et environnementaux. L’approche repose sur un double objectif : respecter les limites écologiques de la planète tout en garantissant les conditions d’une vie sociale soutenable. Pour y parvenir, plusieurs leviers sont identifiés : évolution des régimes alimentaires avec une consommation réduite de viande, développement des légumineuses, progression de l’agriculture biologique, montée en puissance des systèmes d’élevage extensifs, préservation des sols, développement des forêts mixtes et renforcement de la souveraineté alimentaire.

Notons enfin que le prix de l’innovation BIO N’Days 2026 a été remis à S’Ave, récompensé pour son engagement, sa contribution à la transition écologique, sa réponse aux attentes des consommateurs et la qualité gustative de ses produits.

La référence pour les professionnels de la distribution bio spécialisée et alternative

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