La co-présidente de La Maison de la Bio, Christelle Le Hir plaide pour une bio plus lisible, plus unie et plus accessible

Au micro : Christelle Le Hir (co-présidente de La Maison de la Bio, présidente du Synadis Bio et directrice générale de la Vie Claire). À gauche : Eric Natali (président d’Accord Bio) et Charly Lassalle (administrateur d’Accord Bio). Photo : Philippe Delran.

Invitée au salon Accord Bio, Christelle Le Hir, co-présidente de La Maison de la Bio, présidente du Synadis Bio et présidente-directrice générale de La Vie Claire, a présenté les actions et les ambitions d’une filière bio en pleine recomposition. Entre reprise du marché, enjeu politique et volonté de mieux fédérer les acteurs, la bio entend retrouver un nouvel élan.

 

La filière bio se réorganise et relance sa dynamique

Christelle Le Hir a dressé un état des lieux à la fois lucide et encourageant du secteur. Entre recomposition des instances, relance du marché et enjeux politiques à l’approche des prochaines échéances nationales, la bio tente de retrouver un nouvel élan.

Au cœur de cette transformation, La Maison de la Bio s’affirme comme un acteur central. Sa mission : porter la voix de l’ensemble de la filière, du producteur au distributeur, en passant par les secteurs alimentaire et non-alimentaire, comme la cosmétique et les compléments alimentaires.

Son rôle est triple : communiquer auprès du grand public, influencer les décideurs politiques et fédérer les acteurs. Une étude d’envergure est notamment en cours pour analyser les prix d’un panier bio — d’une trentaine de produits — afin de déconstruire l’idée persistante selon laquelle le bio serait systématiquement plus cher que le conventionnel. Les premiers résultats, attendus dès juin pour les fruits et légumes, seront complétés à la rentrée lors du salon Natexpo.

 

Un enjeu politique majeur : démocratiser la bio

À l’approche de l’élection présidentielle, la filière entend faire entendre sa voix de manière transpartisane. L’objectif est clair : atteindre enfin les 20 % de bio, à la fois dans les surfaces agricoles et dans la restauration collective.

Longtemps perçue comme un marché élitiste ou militant, la bio cherche désormais à s’adresser à tous les publics. « Il faut sortir d’un discours réservé aux convaincus », souligne la co-présidente, rappelant que la crise de 2022 a été marquée par un désengagement de certains consommateurs face à une image trop premium.

 

Un marché en reprise, tiré par les magasins spécialisés

Après plusieurs années difficiles, les signaux repassent au vert. La croissance est de retour, autour de 5 à 6 % dans les magasins spécialisés bio. Cette reprise s’explique davantage par une hausse de la fréquentation que par une augmentation du panier. Autrement dit, de nouveaux consommateurs reviennent vers le bio.

Fait notable : le parc des magasins bio se stabilise, voire reprend une légère expansion.

Accord Bio, qui est un fleuron des indépendants, démontre aujourd’hui, dans un contexte de recomposition et de concentration du secteur, la nécessité de se regrouper pour exister.

 

Le rôle stratégique de La Maison de la Bio

Communiquer, influencer, faire du lobbying : la question se pose aussi de la communication auprès du grand public dans les années à venir, un rôle qui était auparavant celui de l’Agence Bio.

Dans la bio, il existe une multitude d’instances nationales : l’Agence Bio, La Maison de la Bio, Synabio, Synadis, Forébio, Synadiet, Cosmébio… Ce qui interroge sur l’intérêt d’avoir autant d’organisations. La Maison de la Bio espère devenir une sorte d’interprofession, allant du producteur, avec Forébio, jusqu’à la distribution, avec le Synadis, afin que tous les acteurs soient représentés en alimentaire comme en non-alimentaire, avec Cosmébio et Synadiet.

La Maison de la Bio a pour rôle initial de communiquer auprès des professionnels, elle s’appuie sur le salon Natexpo. La fusion entre La Maison de la Bio et Natexbio a d’ailleurs permis de faire disparaître une organisation en début d’année.

La Maison de la Bio finalise également un partenariat avec Impact France, avec une présence à l’Université de l’alimentation, fin août, et aux Universités de la santé, fin octobre. Là encore, l’objectif est d’assurer une forte représentativité de la bio, car le secteur est convaincu qu’il constitue une réponse vertueuse aux problématiques de santé, mais aussi aux enjeux environnementaux.

Christelle Le Hir est aussi présidente du Synadis Bio et, à ce titre, rappelle que le syndicat a quitté l’Agence Bio, seule agence publique 100 % bio, dont le budget a été divisé par deux ces derniers mois, passant de 16 à 8 millions d’euros. En accord avec les membres du Synadis Bio, cette décision visait à dénoncer la situation difficile de l’Agence Bio, après le licenciement de sa directrice et la baisse drastique de ses moyens, ce qui remettait, au fond, en question l’existence même de cette agence. « Notre action de retrait de notre participation à l’Agence Bio a très bien fonctionné puisque, contre toute attente, la ministre nous a répondu et nous avons entendu, ces derniers temps, des déclarations allant dans le sens d’un réinvestissement dans la bio. »

Cependant, le rôle de ces organisations est aussi de s’assurer que les engagements soient tenus, et le premier est EGALIM. « Cela fait des années que l’on nous répète cette loi, mais elle n’est pas respectée. » Christelle Le Hir rappelle qu’elle a pris plusieurs mandats afin de pouvoir transmettre un seul message : soutenir la filière agricole, qui assure notre souveraineté alimentaire bio française.

Le Synadis Bio, dont Charly Lassalle d’Accord Bio est administrateur, a pour première vocation de discuter, pendant les commissions paritaires, des conventions et des accords de branche. Sa deuxième vocation, souvent méconnue de nombreux adhérents, est d’apporter des conseils juridiques selon les besoins, qu’il s’agisse de questions RH ou d’autres sujets juridiques. Sa troisième vocation est de faire entendre la voix de la profession, influencer, faire du lobbying et parler d’une activité qui représente plusieurs milliards de chiffres d’affaires et plusieurs milliers d’emplois.

Enfin, sa dernière vocation est de savoir comment parler au grand public. Dans ce but, la première action a été la participation au Salon de l’Agriculture. Jusqu’à présent, il n’y avait pas d’autre représentation de la bio hors de l’Agence Bio.  « Il s’agit d’aller au contact des consommateurs pour leur faire découvrir nos produits et faire évoluer l’image de la bio. Le syndicat des distributeurs spécialisés, Synadis Bio, joue donc un rôle essentiel dans cette dynamique. Ses missions sont multiples : négocier et encadrer les pratiques commerciales, accompagner les adhérents sur les enjeux juridiques, représenter la profession auprès des pouvoirs publics. Le syndicat s’implique également dans des actions de communication innovantes pour toucher de nouveaux publics, y compris via des médias grand public. »

 

Des fragilités persistantes côté production

Malgré ces perspectives positives, la filière reste confrontée à des tensions structurelles, sous pression de problèmes de volumes et de valorisation, a rappelé Christelle Le Hir. Le paradoxe est frappant : alors que la demande repart, certains producteurs se retirent, faute de rentabilité. La question de la souveraineté alimentaire bio se pose avec acuité.

« Si nous ne structurons pas davantage la filière, nous ne pourrons pas répondre à la demande », alerte Christelle Le Hir, appelant à un soutien renforcé des pouvoirs publics.

 

Une filière en quête d’unité et de lisibilité

Enfin, la multiplication des structures a longtemps nui à la lisibilité du secteur. La volonté actuelle est de simplifier l’organisation et de porter un message unifié.

Entre communication, lobbying et structuration économique, la bio entre dans une nouvelle phase de son développement. Une phase où l’enjeu n’est plus seulement de convaincre, mais de transformer durablement cette reprise.

 

Philippe Delran

La référence pour les professionnels de la distribution bio spécialisée et alternative

Cookie policy
We use our own and third party cookies to allow us to understand how the site is used and to support our marketing campaigns.