NUMERO : N°64 -Mars avril 2016

Dans les années 60 : la formation en bio, déjà un enjeu pour l’avenir…

C’est pendant cette période que les premiers enseignements à la culture biologique apparurent. Nous étions alors dans le temps où l’intrusion de la chimie dans le monde agricole était devenu indispensable : sans chimie, point de salut ! Et pourtant… ici et là, face à l’augmentation des maladies, des voix s’élevaient, des scientifiques s’inquiétaient, des méthodes de cultures excluant tout apport chimique se mettaient en place, ce qui fut le cas, entre autres, de la méthode agrobiologique Lemaire-Boucher dont l’expansion commençait à inquiéter les tenants de l’agriculture conventionnelle.

La société SVB Lemaire qui diffusait cette méthode perçut, quelques années après son lancement et pour faire face à l’adver­sité en pleine croissance, la nécessité d’assu­rer la pérennité de ses principes. Elle décida donc d’ajouter un nouveau service en créant « les études agrobiologiques accélérées pour adultes  » dont la direction fut confiée au professeur Daniel Pécot. Ces études avaient été conçues pour permettre à toute personne, quelle que soit sa profession, ayant ou n’ayant pas de diplôme et décidée à travailler avec conviction et persévé­rance, d’acquérir à domicile, avec un minimum de frais et sans abandonner son activité pro­fessionnelle, les connaissances indispensables à une bonne assimilation des données agrobiolo­giques qu’il faut connaître pour une bonne mise en pratique de la méthode.

Le programme des études comprenait 10 cours avec un devoir écrit pour chacun d’eux :

Cours n°1 : Le désordre tragique de notre monde moderne. L’agriculture biologique, solu­tion aux problèmes de notre temps.

Cours n°2 et 3 : Bases philosophiques et scientifiques de l’agriculture bio.

Cours n°4 : Bases écologiques. Le sol est un milieu vivant.

Cours n°5 : Bases de la fertilité biologique. À propos de la fertilisation chimique N-P-K.

Cours n°6 : Les 4 atouts de la méthode Agrobiologique Lemaire- Boucher.

Cours n°7 : Agrobiologie et Machinisme.

Cours n°8 et 9 : Applications pratiques : les céréales, les prairies, les plantes sarclées. Les problèmes soulevés par la reconversion agrobio­logique. Assolements et rotations des cultures.

Cours n° 10 : Le blé, la farine, le pain… et la santé de l’homme.

Des témoignages de participants

1- Ceux parus dans le journal n°47 d’A&V de juillet – août 1968

M. Cerpaud (21 ans) – Asnières-la-Giraud (Charente-Maritime).

« Je suis très satisfait· de mes études agrobio­logiques, parce que j’y ai acquis des connais­sances que nulle part ailleurs on ne m’aurait enseignées ».

M. Picquet J.C. (19 ans) Yvignac-Caulnes (Côtes-du-Nord).

« Pour un jeune agriculteur, ces études sont indispensables ».

Mlle Perrin Monique (35 ans) – Saint-Étienne (Loire).

« Je regrette vivement qu’ils se terminent et je souhaite qu’un jour il y ait un 2e degré. Avec tous mes remerciements ».

M. Boulhiac Albert (19 ans) – Landerrouat (Gironde).

« Au terme des présentes études agrobiolo­giques, on se sent vraiment convaincu que l’agriculture biologique est la seule et la vraie agriculture possible ».

M. Paralieu Jean (47 ans), (ingénieur horticole) – Mulhouse (Haut-Rhin).

« En 6 mois, j’ai acquis des connaissances sans précédent. Je tiens à vous en témoigner ma reconnaissance ».

M. Grilli (34 ans) – Saint-Martin- du-Var (Alpes-Maritimes).

« J’ai été très heureux de suivre ces cours, car j’ai appris une multitude de choses que j’ignorais totalement. Je suis fier d’appartenir à la grande famille des agrobiologistes. Une chose que je tiens à préciser : avoir aban­donné les traitements chimiques a été pour moi une grande délivrance car, même si j’avais respecté le délai imposé par les belles étiquettes du flacon, j’avais toujours une arrière-pensée, un remords, sachant bien qu’il en restait toujours suffisamment pour que ce soit nocif pour les consommateurs  ».

2-Celui paru dans le journal n°45 d’A&V de mai 1968

M. Gaume Jean-Pierre (18 ans) – Saint-Quentin-les-Anges (Mayenne).*

« Je vous assure que ces 6 mois d’étude ne m’ont pas paru longs. Et main­tenant, je me ferai un plaisir de consulter ces cours de temps à autre pour remémorer ce que j’aurais pu oublier. Pour moi, la culture biologique c’est sensationnel. »

Chaque élève était convié à étudier un cours polycopié et un ou plusieurs chapitres du nouveau Précis d’Agriculture Biologique, synthèse des données de la méthode Lemaire-Boucher. Il lui fallait aussi répondre par écrit à des questions correspondantes à ce qu’il avait eu à étudier et envoyer ce travail à la société. Chaque devoir était ensuite retourné avec un document polycopié d’observations, établi pour l’ensemble de la promotion.

Quelques années plus tard, la culture biologique s’implantant de plus en plus dans le monde agricole, des formations en sa faveur s’organi­sèrent avec même le concours de ses anciens contradicteurs…

Jean-François Lemaire

*NDLR : Jean-Pierre Gaume est devenu un acteur majeur de l’agriculture biologique. Il fût notamment président de l’Interbio des Pays de la Loire.

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