Regards d’Experts : Baisse du pouvoir d’achat, quelle réponse pour la bio ?

Cette semaine deux experts, Sauveur Fernandez et Bernard Ollié, livrent leur analyse sur la baisse du pouvoir d’achat que nous ressentons et quelle réponse peut apporter la Bio.


 

écrit par Sauveur Fernandez Econovateur

Le pouvoir d’achat se contracte, faute à de fortes augmentations : essence, gaz, électricité, péages, alimentation… des dépenses « contraintes » induites surtout par la Covid-19, et certainement temporaires (sauf crise géopolitique majeure). Que doit faire la bio ? Proposer avant tout des prix bas solidaires avec des produits basiques mais de qualité ? Pas si simple :

  • Les labels dits de troisième voie (Zéro-pesticides, HVE, C’est Qui le patron, etc.), bien moins complets et équilibrés que la bio, vont cependant contenter une partie des consommateurs modestes ou peu avertis en GMS, mais (et c’est nouveau) désireux de manger plus sain à moindre coût. S’aligner sur leurs prix (au moins -2O %) c’est prendre le risque à terme de couper les ailes de la bio avec des garanties guère plus satisfaisantes, et de ne pas séduire malgré tout ce public.
  • Nous vivons de plus en plus dans un monde polarisé. Une bonne partie des Français vit toujours très bien sans souci financier majeur, et, souvent, avec des exigences sociales et qualitatives accrues. Auxquelles justement la bio sait répondre. Le secteur bio a donc tout intérêt à maintenir et même renforcer sans complexes ses exigences, quel que soit le circuit (GMS, magasins bio).
  • Faut-il pour autant délaisser les clients ou zones en précarité ? Non, bien sûr, à condition de privilégier les clients sensibilisés ou convaincus, peu argentés ou malmenés par la crise (intellectuels précaires, petits indépendants, petites retraites…) en comprenant mieux leurs besoins et attentes et en les soutenant directement.
  • Enfin, il n’est pas inutile de rappeler régulièrement à tous qu’une alimentation de qualité maintient en bonne santé et permet de se faire plaisir avec des saveurs rares et des marques authentiques.

 


 

écrit par Bernard OlliéGOOD

DOUBLE PEINE

Le pouvoir d’achat baisse quand les revenus baissent ou quand les prix montent.
Depuis la reprise post-Covid, les prix augmentent (+ 3 % an) avec en corollaire un pouvoir d’achat en baisse.
L’Insee a étudié la perception de l’inflation. C’est édifiant, le consommateur ressent l’inflation à + 2 % au-dessus de son niveau réel.
“La Bio” subit donc une double peine : une inflation à l’ampleur biaisée doublée d’une perception historique de produits chers. Résultat : sa demande baisse.
La situation est critique – et pour autant, il ne faut pas se tromper de combat.
La baisse de la demande de “Bio” est due non pas à un prix défavorable mais à un rapport qualité / prix défavorable.
C’est parce qu’une offre identique et moins chère existe que le consommateur bascule et cette analyse vaut aussi pour les produits perçus équivalents au Bio.
“La Bio” n’a pas anticipé la concurrence multidimensionnelle – circuits et signes de qualité – et se retrouve devant le fait accompli.
Réagir vite, oui … mais comment ?

DOUBLE RÉPONSE

Les prix.
Le réseau Bio manque d’une segmentation des prix optimisée : 1er prix, MDD, cœur de gamme, niches.
En 2020, la MDD Bio c’est 36 % de la Bio en GMS et … 1,5 % en réseau Bio.
Une réponse urgente est la mise en place rapide de gammes d’accès en réseau Bio à des prix compétitifs vs GMS.

La “qualité” (l’offre)
Le réseau Bio a pêché par inaction.
Son projet historique est celui d’une alternative au libéralisme sans âme ni destinée. Il a laissé la GMS se déguiser de cet idéal à très forte valeur perçue – comme avec la souffrance sociale ou animale. C’était pourtant le rôle du réseau Bio qu’il n’a pas tenu. La part de marché du lait “social” est 3 x plus élevée en GMS qu’en réseau Bio.

Le futur du réseau Bio ce sont ses origines … les communiquer vite et fort.

 

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