NUMERO : Mai – Juin 2015

Dossier : Pourquoi produire et manger bio ? Un fort potentiel d’augmentation des rendements

Des rendements qui se rapprochent du conventionnel

Il est incontestable que dans les pays dans lesquels l’agriculture conventionnelle est très intensive, les différences de rendements entre le bio et le conventionnel peuvent être élevées. On cite souvent le cas du blé dont le rendement moyen en bio en France est environ la moitié du rendement en conventionnel. Une comparaison qu’il faut relativiser car en conventionnel on cultive du blé principalement sur les sols les plus favorables, comme ceux du bassin parisien, alors qu’en bio on le cultive un peu partout, y compris sur des sols d’une fertilité naturelle médiocre.

Par ailleurs, en blé on ne cultive que des blés panifiables, alors qu’en conventionnel on cultive aussi des blés fourragers, plus productifs.

Enfin, les blés biologiques ne sont pas toujours –loin s’en faut – cultivés dans des conditions optimales en matière de rotation. Avec une bonne rotation, notamment un blé précédé par une luzerne ou une autre prairie temporaire, on peut atteindre un rendement de 60 qx/ha, ce qui reste inférieur à la moyenne en conventionnel (environ 75qx/ha), mais est largement supérieur à la moyenne en bio (37 à 38 qx/ha).

Pour de nombreuses productions les différences de rendements sont bien moindres, à systèmes de production comparables. Car évidemment en bio on reste loin des rendements des cultures hydroponiques en serre chauffée.

Aux États-Unis, l’institut de recherche Rodale a montré que les rendements en blé sont très proches de ceux en conventionnels (ces derniers il est vrai nettement inférieurs aux rendements français), et même supérieurs les années sèches, les sols en bio stockant davantage d’eau que ceux en conventionnel.

Dans les pays du Sud le passage au bio permet souvent d’augmenter le rendement, dès l’instant où l’on compare avec des systèmes de production peu intensifiés, ce qui est le cas le plus fréquent dans la plupart de ces pays. Par exemple, dans une petite ferme de 2 ha en Inde, la conversion en bio a permis d’augmenter le rendement en riz de 36 %, ce dernier passant de 4,1 à 5,5 tonnes/ha, soit plus du double du rendement moyen en Inde.

Dans d’autres cas, lorsqu’on part de rendements très faibles, comme dans le Sahel, les rendements peuvent être doublés voire triplés.
 

Jusqu’à 8 % de rendement en moins en bio !

Au niveau mondial, plusieurs méta-analyses ont fait le bilan des études comparatives publiées dans le monde. La plus récente, et la plus exhaustive, conclut que, en moyenne, les rendements en bio sont inférieurs de 19 % à ceux en conventionnel, mais que cette différence tombait à 8 ou 9 % lorsque les systèmes bio faisant appel à de bonnes rotations ou à des cultures associées.

De très nombreuses études réalisées un peu partout dans le monde ont clairement montré qu’associer judicieusement deux, voire trois espèces différentes sue la même parcelle pouvait augmenter la production sur une surface donnée de 20 à plus de 50 %. Une technique inapplicable en conventionnel, car les traitements pesticides sont spécifiques à une espèce ou une famille de plante donnée. Le second problème qui se pose – en bio comme en conventionnel – est celui de la mécanisation. Il n’est pas insoluble, mais on ne dispose pas – sauf cas particuliers – de machines capables de récolter, par exemple en rangs alternés, des espèces différentes. Une exception notable est celle, mise en oeuvre par un certain nombre d’agriculteurs biologiques, qui consiste à semer en mélange une céréale et une légumineuse (par exemple orge ou avoine + pois ou fèverole) pour l’alimentation animale. Un système qui présente l’avantage, outre l’augmentation du rendement, d’augmenter la teneur de la céréale en protéines (voir plus haut à propos du blé et du pain).