NUMERO : N°94-mars-avril 2021

Fish4Ever : la marque emblème d’une pêche écologiquement et socialement durable

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Les thons pêchés un par un à la canne : un des exemples de pêche ciblée respectant le poisson et les ressources.

Depuis quelques années, la pêche durable n’est plus une thématique réservée à des personnes ou associations bien informées, car il n’est pas rare qu’elle fasse les gros titres de la presse écrite ou radiotélévisée. En général cependant, cela se limite aux aspects relatifs au respect des ressources en poissons. Mais pas pour Fish4Ever, marque qui s’impose des objectifs plus ambitieux.

|  Le durable est indissociable du social

Charles Redfern, fondateur de Fish4Ever.

Fish4Ever – à prononcer « Fish for ever », à l’anglaise – est une marque pionnière, car elle fut la première au monde à proposer des produits de la mer en conserve issus de la pêche responsable. « La marque Fish4Ever a été créée en 2001 avec l’objectif d’appliquer les valeurs de la Bio à la pêche durable » explique son fondateur Charles Redfern, qui fut un des premiers militants bio du Royaume-Uni.
« Au début, nous avons un temps distribué une gamme de conserves de poissons provenant d’Allemagne. Mais quand nous posions des questions précises sur la traçabilité ou sur les aspects éthiques de leur pêche, nous n’avions aucune réponse. Nous nous sommes donc appuyés sur notre expérience de la sélection de produits non seulement bio mais aussi éthiques pour créer nos propres filières directes, sur un modèle de durabilité et de transparence totale, car nous voulions aussi imposer cette approche dans le monde du poisson, inexistante à l’époque ».

Depuis, des certifications applicables à la pêche durable sont certes apparues, mais pour Charles Redfern elles laissent de côté un aspect essentiel, à savoir l’humain, avec en particulier le respect et le soutien des communautés de pêcheurs : « Pour moi, il y a deux définitions de la pêche responsable. La première, que je qualifie d’industrielle ou à grande échelle, a pour seul objectif de mieux gérer les ressources en poisson. La seconde s’intéresse à la fois aux volumes de pêche, aux méthodes de pêche et de transformation, ainsi qu’aux aspects sociaux et humains. Comme cela figure dans les objectifs de développement durable des Nations Unies, écologie et responsabilité sociale sont inséparables. Notre définition de la pêche responsable s’appuie là-dessus et c’est pour cela que nous luttons contre la vision purement industrielle ».

| Une traçabilité totale

PME comptant une dizaine de personnes, Fish4Ever n’est pas un fabricant au sens strict et pour cause, ses conserveries étant toutes sur les lieux de pêche, soigneusement choisies en fonction de nombreux critères : écologie, techniques et savoir-faire des pêcheurs avec lesquels elles travaillent, techniques et savoir-faire de transformation, partage des droits de pêche et de la valeur ajoutée… Le tout avec une traçabilité totale : chaque conserve porte un code qui permet d’aller vérifier ou, comment et par qui le poisson a été pêché.

Un bateau de pêche artisanale sous le ciel des Açores : rien à voir avec les bateaux usines !

« Un des points importants pour nous est le fait d’avoir un circuit très court entre le poisson et nous, précise Charles Redfern. Au départ, nous identifions un poisson pour lequel nous avons des besoins, puis nous sélectionnons, espèce par espèce, une conserverie qui le transforme selon des méthodes traditionnelles, à taille humaine mais suffisamment grande pour appliquer les meilleures normes actuelles, contrôlées. Cette conserverie doit travailler en direct avec des pêcheurs locaux, sur des bateaux naviguant sous pavillon local, pratiquant une pêche durable et équitable. Le choix est fait au cas par cas, c’est-à-dire qu’il peut y avoir par exemple une conserverie avec laquelle nous travaillons les sardines, mais pas le thon, car tous les critères ne sont pas remplis pour ce dernier ».
Sans Fish4Ever, ces conserveries n’auraient souvent pas la capacité de rentrer sur un large marché, faute de moyens suffisants en affaires règlementaires, marketing et ventes.

La mise en conserve des poissons se fait selon des méthodes traditionnelles, rigoureusement suivies.

Fish4Ever s’appuie ainsi sur de nombreuses conserveries partenaires, essentiellement en Europe, la principale étant aux Açores (qui est un territoire portugais), une autre en Espagne, une en Ecosse, plus un projet qui débute au Maroc.

« Il faut préciser, ajoute Charles Redfern, que nos choix sont dictés par des normes de qualité vraiment très strictes. Pour ne parler par exemple que de notre thon des Açores, un observateur indépendant est présent sur la moitié des bateaux, les taux d’histamine et de métaux lourds sont contrôlés à chaque débarquement par Locator, une structure dépendant du ministère local de la Pêche, et l’histamine est revérifiée au début de chaque production. Ce dosage de l’histamine est un paramètre important, car cette molécule d’origine naturelle, susceptible de présenter un risque pour la santé des consommateurs, apparait dans les tissus du poisson après sa mort si la chaîne du froid n’a pas été respectée ».

| Écologie et qualité sont indissociables

Les conserveries partenaires de Fish4Ever travaillent exclusivement du poisson entier.

La façon de travailler de Fish4Ever est à des lieues de celle des bateaux-usines qui respectent pour certains les ressources mais n’ont rien à voir avec une pêche artisanale. « La pêche artisanale ? À l’opposé des chaluts de fond, non sélectifs et destructeurs, ou des grands senneurs, ces bateaux qui capturent les poissons à la surface en les encerclant à l’aide d’immenses filets, la pêche artisanale c’est surtout une pêche ciblée grâce à des méthodes adaptées. Le thon, par exemple, est exclusivement et systématiquement pêché à la canne, c’est-à-dire poisson par poisson, d’où l’absence de prises accidentelles et du moindre impact sur les espèces en voie de disparition ».
Ces méthodes artisanales offrent un autre avantage : moins stressé, le poisson est de meilleure qualité. En plus, parmi les critères de choix des conserveries partenaires de Fish4Ever figure celui du travail du poisson entier, ce qui permet aussi de bien surveiller la qualité et la provenance. En ajoutant l’emploi exclusif d’ingrédients bio dans les conserves, le produit est certes au final plus cher… « Ce qui nous importe, ce n’est pas les prix bas, souligne Charles Redfern, mais la qualité et la traçabilité, l’écologie, l’éthique, le social. Écologie et qualité sont d’ailleurs deux critères étroitement imbriqués ».

| Partenaire étroit des ONG

Avec une telle philosophie, pas étonnant de voir Fish4Ever s’impliquer fortement, via des actions communes, auprès d’ONG et d’autres associations liées à l’écologie en général, à la promotion d’une alimentation durable, et bien sûr à la protection des ressources marines et des communautés de pêcheurs. Comme avec IPNLF qui est l’ONG qui défend une pêche du thon à la canne, socialement et écologiquement responsable. Ou encore, entre autres, l’association Bloom, dont l’objectif est de « protéger l’océan et les espèces marines tout en maximisant les emplois durable » ; Sustain, l’alliance « pour une meilleure alimentation et une meilleure agriculture » ; le Food Ethics Council et le mouvement Slow Food.

« Si une PME comme la nôtre est autant investie dans tous ces mouvements, c’est parce qu’au Royaume-Uni, contrairement à la France, il n’y a pas de réseau spécialisé bio de poids, le marché étant dominé largement par la grande distribution ». Charles Redfern, connait très bien le marché bio européen, ne serait-ce que parce que sa mère est française et qu’il vient régulièrement dans notre pays : « Depuis 20 ans, je fais mes courses dans les magasins bio français, constatant qu’il est de plus en plus évident que chez Fish4Ever nous partageons avec eux les mêmes engagements et valeurs ».
Un engagement militant et de terrain qui se mesure aussi à l’aune de nombreuses réalisations pratiques. Comme le thon des Açores Fish4Ever qui a été en 2020 le premier thon en boîte au monde certifié Naturland, un label allemand hautement exigeant, ou encore le lancement, courant 2021, d’un thon albacore en conserve péché à la canne et certifié équitable, le premier à l’être.

| Une gamme faite pour les Français

Fish4Ever a commencé à vendre ses produits en France en 2016 avec une présence intensifiée depuis 2020. Car Charles Redfern est, comme évoqué plus haut, intimement convaincu que le réseau bio français est, par ses valeurs intrinsèques, tout à fait en phase avec la philosophie et le militantisme de sa marque : « Contrairement au marché britannique qui est donc dominé par la grande distribution, le marché hexagonal bénéficie de la compétence et de l’engagement du réseau bio français, capable d’apprécier ce qui fait notre différence, à savoir ce mariage de l’écologie, du durable et du social ».

Sous différentes formes, le thon est le produit n°1 de la gamme.

Des paramètres qui ne doivent cependant pas faire oublier l’aspect gustatif : « Les ‘‘standards gastronomiques’’ des Français, mais aussi des Italiens, entre autres, sont plus élevés que ceux de mes compatriotes britanniques, je dois l’avouer. Et je suis heureux de constater que nos produits sont à la hauteur, comme nous le témoignent les consommateurs que nous rencontrons dans des salons comme Marjolaine ou  Vivre Autrement en France ou Slow Food en Italie ».

« Oui, s’il y a bien un pays capable de comprendre nos engagements et notre qualité, c’est la France, car ces engagements correspondent exactement aux attentes exigeantes du réseau bio français. D’ailleurs, nous sommes tellement convaincus de cette vérité qu’en raison du Brexit nous avons décidé de faire enregistrer notre petite entreprise, depuis maintenant deux ans déjà, dans l’Union européenne, à savoir aux Pays-Bas. Quant à notre entrepôt, il est aujourd’hui implanté à la frontière franco-allemande, pour encore plus d’efficacité et de réactivité ! ».

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