NUMERO : N°81 – Janvier/ Février 2019

Les variétés à haut rendement, une perte considérable de biodiversité

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La révolution verte, initiée dans les années 50, a permis d’augmenter très fortement les rendements en s’appuyant sur quatre piliers : les variétés à haut rendement, les engrais, les pesticides et l’irrigation. Avec comme conséquence la disparition de dizaines de milliers de variétés anciennes, un appauvrissement des sols et une dépendance considérable vis-à-vis des intrants.

En fait, le progrès majeur de la révolution verte, a été la sélection de variétés de céréales – blé, riz, maïs – à haut potentiel de rendement. Elles sont capables de produire deux à trois fois plus que les variétés anciennes, mais à condition de les abreuver d’engrais et de les protéger des maladies et des ravageurs par des pesticides. Sans engrais, elles ne produisent pas plus que les variétés traditionnelles. À l’inverse, ces dernières réagissent peu à un apport d’engrais.

La sélection de variétés à haut rendement a conduit à la disparition de dizaines de milliers de
variétés anciennes, supplantées par les variétés modernes à haut rendement. En Chine, on cultivait près de 10 000 variétés de blé en 1949. Aujourd’hui, on en compte moins de 1 000. Aux États-Unis, environ 6 000 variétés de pommiers ont disparu au cours des 100 dernières années. 95 % des variétés de chou et 81 % des variétés de tomates ont apparemment disparu. Souvent, les variétés qui ont disparu étaient les moins intéressantes sur le plan agricole (moins productives, moins nutritives, correspondant moins aux goûts et aux besoins de la population). On pourrait penser qu’il ne faut pas les regretter. Et pourtant si, car ce sont de précieuses réserves de gènes qui auraient pu contribuer à la sélection de variétés présentant des propriétés devenues intéressantes suite, par exemple à une variation du climat.

Si l’on regarde le bilan de la révolution verte, il est mitigé. Il a certes permis une augmentation rapide et importante des rendements, surtout en Inde et au Pakistan, dans une moindre mesure en Amérique latine. L’Afrique n’a pas du tout été concernée.
Les variétés à haut rendement n’exprimant leur potentiel qu’avec des engrais chimiques, des pesticides et l’irrigation, les agriculteurs sont rentrés dans l’engrenage d’une dépendance importante vis-à-vis des intrants et de l’irrigation et ont vu la fertilité de leurs sols diminuer, et donc leur dépendance à l’égard des engrais encore augmenter.

Extrait du dossier « La biodiversité, un enjeu planétaire » de Claude Aubert, paru dans Bio Linéaires N° 81 – Janvier / Février 2019 (version consultable pour les abonnés / version pour les non-abonnés).

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