NUMERO : N°84 – Juillet/ Août 2019

Manger bio, c’est bon pour la santé et le climat, mais pas seulement

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Une nouvelle étude confirme l’impact bénéfique de la consommation de produits bio sur l’environnement. Elle s’ajoute aux nombreuses données existantes.

Une étude récente (1) apporte de nouvelles données sur l’impact de la consommation de produits bio sur l’environnement et en particulier sur le réchauffement climatique. Elle porte sur 29 000 participants de l’étude Bionutrinet-Santé et compare l’impact de faibles consommateurs de produits bio à celui de consommateurs réguliers.

Selon trois critères clés, la supériorité du bio est éclatante.

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Sauf pour la consommation d’énergie, la supériorité du bio vient principalement, dans cette étude, du changement des habitudes alimentaires, ce qui confirme que le choix du bio et la remise en question du mode de consommation sont indissociables. Quant à la diminution
de la surface nécessaire pour nourrir une personne, elle contredit le reproche souvent fait au bio que, en raison de rendements plus faibles, il faudrait davantage de terre pour se nourrir en bio. Comme le montrent les chiffres ci-dessus, le mode d’alimentation des consommateurs bio réduit de 37 % l’impact du contenu de leur assiette sur le changement climatique, mais l’avantage du bio va bien au-delà et tient principalement aux techniques de production.

Compenser toutes les émissions de CO2 par la conversion au bio ?

L’agriculture biologique émet nettement moins de gaz à effet de serre par unité de surface que la conventionnelle, principalement parce qu’elle n’utilise pas d’engrais azotés de synthèse, dont la fabrication consomme beaucoup d’énergie (l’équivalent d’une tonne de pétrole pour produire une tonne d’azote sous forme d’engrais). Par kilo d’aliment la comparaison est moins favorable au bio du fait de rendements moins élevés. Mais l’essentiel de l’avantage du bio vient de sa capacité à séquestrer dans le sol du CO2, sous forme de carbone contenu dans la matière organique.

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De nombreuses études ont en effet montré que la conversion à l’agriculture biologique permet de séquestrer, pendant probablement 30 à 50 ans, 400 à 500 kg de carbone (soit 1 500 à 1 800 kg de CO2) par hectare et par an. Or, il suffirait d’en séquestrer 200 kg par an et par hectare de terre cultivée sur toute la planète pour compenser la totalité du CO2 émis. Un constat qui a conduit au lancement en France, à la suite de la COP 21, du programme « 4 pour 1 000 ». 200 kg de carbone c’est en effet quatre pour 1000 de la teneur moyenne en carbone des sols cultivés. Avec la pratique d’une agriculture biologique on dispose donc d’un outil unique pour lutter contre le réchauffement climatique pendant les prochaines décennies. Ce qui ne nous exonère pas de réduire fortement les émissions de CO2, car au bout de quelques décennies la teneur du sol en matière organique, donc en carbone, atteint un nouvel équilibre et n’augmente presque plus.

Sauvegarder la biodiversité

L’agriculture chimique et industrielle est la principale responsable de la perte de biodiversité et du risque de voir disparaître à court terme des centaines de milliers d’espèces. Tous les spécialistes s’accordent à dire que les deux principales menaces sur notre avenir, voire notre survie, sont le réchauffement climatique et la perte de biodiversité. De nombreux scientifiques y ajoutent une troisième menace : les impacts sur l’environnement et sur la santé des énormes excès d’azote résultant de l’agriculture et de l’élevage industriels.

Il est donc difficilement compréhensible que les responsables politiques, en France mais aussi au niveau mondial, ne prennent pas les mesures permettant une évolution rapide de l’agriculture vers un modèle durable, c’est-à-dire bio ou proche du bio. Ce qui ne résoudra pas tous les problèmes, mais une bonne partie d’entre eux.

Claude Aubert

(1) Source : Baudry et al., Improvement of diet sustainability with increased level of organic food in the diet : findings from the BioNutriNet cohort. The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 109, Issue 4, April 2019, Pages 1173–1188.

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