NUMERO : N°82 – Mars/ Avril 2019

L’agriculture dite « du Vivant » : progrès ou arnaque ?

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On parle beaucoup, depuis quelque temps d’ « Agriculture du Vivant », une forme d’agriculture de conservation, qui repose principalement sur la suppression du travail du sol et la couverture permanente de ce dernier. Que faut-il en penser ?

« Nourrir le sol pour nourrir les hommes » tel est le leitmotiv de l’Agriculture du Vivant auquel nous ne pouvons que souscrire et qui – soit dit en passant – paraphrase le titre d’un livre que j’ai publié en 1974 : « Soignons la terre pour guérir les hommes ». Donc une méthode à première vue proche du bio, puisqu’elle est basée sur la fertilité et l’activité
biologique du sol. Mais sa face cachée, qui n’apparaît jamais dans sa communication, c’est que, faute de pouvoir lutter contre les mauvaises herbes par le travail du sol, elle utilise des herbicides, et en particulier du glyphosate. L’objectif, pour les promoteurs de cette méthode, est clairement de convaincre les pouvoirs publics que cette technique est tellement bénéfique pour la fertilité des sols, capable en plus d’y séquestrer du carbone, donc de lutter contre le réchauffement climatique, qu’on peut bien tolérer le glyphosate et éventuellement d’autres pesticides… Ils annoncent aussi, avec leur méthode, une réduction à venir de l’utilisation des engrais et des pesticides et une amélioration de la qualité des produits, sans en apporter la moindre preuve.

Monsanto-Bayer, Syngenta, OCI Nitrogen comme partenaires

On trouve parmi les partenaires de l’Institut de l’Agriculture Durable – un des membres fondateurs et porte-parole de cette agriculture dite « du Vivant » – Monsanto-Bayer, Syngenta, OCI Nitrogen (le premier producteur européen d’engrais azotés), des fabricants de matériel agricole, de grandes coopératives. Bref, rien que du beau monde… Les avantages majeurs, vis-à-vis du conventionnel classique mais également du bio, de cette Agriculture du Vivant serait d’après ses promoteurs de :
● Favoriser la vie du sol et notamment protéger les vers de terre, dont ils ont fait leur emblème : c’est vrai par rapport au conventionnel avec labour, mais totalement faux par rapport au bio,
● Séquestrer du carbone dans le sol et donc combattre le réchauffement climatique. C’est vrai dans les dix premiers cm du sol, mais si l’on considère l’ensemble du profil cultural, c’est-à-dire toute la profondeur du sol, la quantité de carbone séquestrée est minime.
L’agriculture biologique, grâce à ses apports de matière organique, en séquestre beaucoup plus.
● Réduire l’utilisation des pesticides et des engrais, une affirmation pourtant totalement gratuite.

Objectif : décrédibiliser le bio ?

Et si finalement l’objectif de la prétendue « Agriculture du Vivant » n’était pas, en plus de sauver le glyphosate, de décrédibiliser le bio ? C’est en tous cas ce qui ressort d’une phrase extraite du communiqué de presse publié, en octobre 2018, lors du lancement du mouvement « Pour une Agriculture du Vivant » : « c’est aujourd’hui le seul mouvement en France qui regroupe, diffuse et développe les solutions agronomiques durables pour répondre à la demande des consommateurs en matière de santé, de nutrition et de résidus de pesticides ». Dit plus clairement : avec votre agriculture biologique, vous pouvez aller vous rhabiller, car nous faisons beaucoup mieux !
Ils se basent, pour cela sur un syllogisme qui, pour eux, fait office de preuve : avec l’Agriculture du Vivant, on ne travaille pas le sol, le travail du sol, qui est pratiqué en agriculture biologique, détruit les vers de terre et perturbe la vie du sol, donc, contrairement à l’Agriculture du Vivant, l’agriculture biologique ne favorise pas la vie du sol. Un raisonnement d’un simplisme – ou plutôt d’une malhonnêteté intellectuelle – confondants. Car si ce qu’ils disent est vrai dans le cas d’un travail du sol profond et avec retournement, longtemps préconisé en agriculture conventionnelle, c’est faux avec un travail peu profond (moins de 20 cm) et sans retournement, pratiqué par la majorité des agriculteurs biologiques, comme de nombreuses études scientifiques l’ont confirmé.

Ne fonctionne qu’avec du glyphosate

En matière d’arguments, les promoteurs de cette méthode ne sont pas à une approximation près. Un de leurs porte-parole n’a-t-il pas affirmé récemment, dans une émission de radio, que, « depuis 25 000 ans, dont 24 850 en bio (sic), l’agriculture crée des déserts » ! Sauf que l’agriculture n’est pratiquée que depuis environ 10 000 ans, que dans de nombreux cas, l’agriculture d’avant la chimie a su préserver la fertilité des sols, et que l’agriculture biologique est très différente de celle de nos aïeux. Alors quand – ce
qui ne tardera sans doute pas à arriver – vous verrez apparaître sur les étiquettes la mention « Agriculture du Vivant », sachez de quoi il s’agit : une agriculture sur des sols plus vivants qu’en conventionnel avec labour, mais avec du glyphosate, d’autres pesticides, et des engrais chimiques.
Alors, progrès ou arnaque, l’Agriculture du Vivant ? Progrès sur le plan agronomique, par rapport au conventionnel, puisqu’elle se préoccupe enfin de la fertilité et de la vie du sol, mais surtout arnaque car elle cache le fait qu’elle ne fonctionne qu’avec du glyphosate, sous-entend qu’elle est plus écologique que l’agriculture biologique, et se garde bien de dire comment, comme elle l’affirme, elle réduira l’utilisation des pesticides et des engrais
chimiques.

Claude Aubert

Cet article provient de Bio Linéaires n°82 disponible -> ICI

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