NUMERO : Mars-Avril 2014

Manger bio protège notre santé et celle de nos enfants : nouvelles preuves

Une importante étude confirme que les consommateurs bio se portent mieux que les autres

Cette étude, publiée dans la revue scientifique PlosOne et coordonnée par Denis Lairon, spécialiste bien connu de l’alimentation bio, a été réalisée dans le cadre de l’étude Nutrinet, qui vise à suivre 500 000 personnes pendant plusieurs années, en leur demandant de noter plusieurs fois par an leurs habitudes de vie (alimentation, tabac, boisson, exercice physique, etc.) et en les interrogeant en même temps sur leur état de santé, analyses à l’appui pour certains d’entre eux.

Sur les 250 000 personnes déjà inclues dans cette étude, les chercheurs en ont sélectionnés 54000, dont 35000 mangent bio régulièrement ou occasionnellement.

De tous les résultats obtenus (voir Biolinéaires n° 51, page 105), le plus important est une incidence beaucoup plus faible de l’obésité ( – 62 % pour les femmes et – 48 % pour les hommes) et du surpoids (- 22 % pour les femmes et – 25 % pour les hommes) chez les consommateurs bio réguliers.

Des différences qui ne peuvent s’expliquer ni par la différence des apports caloriques, ni par celle du niveau d’exercice physique. Les auteurs ont en effet pris le soin de comparer des personnes absorbant le même nombre de calories et ayant le même niveau d’exercice physique. L’explication la plus plausible est la différence d’exposition aux pesticides.

D’autres études (une quinzaine depuis une dizaine d’années) ont en effet établi une corrélation entre le niveau d’exposition aux pesticides et le taux d’obésité (et de diabète).

 

Pesticides et santé : les conclusions sans appel de l’INSERM

Une expertise collective de l’INSERM, publiée en juin 2013, conclut que, d’après les données de la littérature scientifique internationale publiée au cours des trente dernières années :

« Il semble exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies : la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques (lymphome non Hodgkinien, myélomes multiples)»,

« Par ailleurs, les expositions aux

pesticides intervenant au cours de la période prénatale et périnatale ainsi que dans la petite enfance semblent être particulièrement à risque pour le développement de l’enfant ».

Dans la suite du texte les auteurs précisent :

« cancer de la prostate : d’après la littérature, une augmentation du risque existe chez les agriculteurs, les ouvriers des usines de production et les population rurales »,

« cancers hématopoïétiques : d’après les données de la littérature, une augmentation du risque de lymphomes non hodgkiniens et de myélome multiple existe chez les professionnels exposés aux pesticides »,

« plusieurs études cas-témoin et de cohorte montrent une augmentation de risque de malformations congénitales chez les enfants des femmes vivant au voisinage d’une zone agricole ou liée aux usages domestiques des pesticides.»

L’augmentation du risque concerne donc bel et bien non seulement les agriculteurs mais aussi leurs enfants et les populations, notamment rurales, non exposées professionnellement.

 

Pesticides et obésité : les générations futures menacées

Dans une étude parue récemment, les chercheurs ont injecté du DDT à des rates, du 8e au 14e jour de la gestation, à des doses proches de celles auxquelles l’homme était exposé dans les années 60. Cela n’a affecté ni leur santé ni celle des petits auxquelles elles ont donné naissance. Par contre ceux de la génération suivante et de celle d’après (donc leurs « petits enfants » et « arrière petits enfants »), étaient souvent obèses et soufraient de plusieurs pathologies. Si l’on extrapole à l’homme, les générations à risque seraient donc celles qui a aujourd’hui entre 20 et 30 ans – dont les grands-mères ont été fortement exposées au DDT avant son interdiction au début des années 70 – et la suivante, c’està- dire les enfants qui naissent aujourd’hui et qui naîtront dans les années à venir.

Ces trois études viennent compléter les centaines de publications scientifiques qui ont établi une corrélation entre l’exposition aux pesticides, même à de très faibles doses, et de nombreuses pathologies, notamment cancers, diabète, malformations à la naissance, effets neurotoxiques.

Rappelons pour conclure que les consommateurs bio sont 20 à 50 fois moins exposés aux pesticides par l’alimentation que les non consommateurs, et qu’ils ne le seraient pas du tout si toute l’agriculture était bio.

Claude Aubert