NUMERO : N°73-Septembre Octobre 2017

Quand les plantes sont attaquées : pesticides ou auto-défense ?

Lorsqu’une plante est attaquée par un insecte ou un champignon, l’agriculteur ou le jardinier cherche quel moyen de lutte – naturel ou chimique – il va pouvoir utiliser. Mais les plantes ont leurs propres moyens de défense.

Un animal menacé par un de ses prédateurs essaie en général de s’enfuir. Les plantes n’ont pas cette possibilité, mais elles peuvent, elles aussi, se défendre.

Comment les plantes se défendent-elles ?

Les plantes mettent en œuvre des moyens de défense physiques et chimiques contre les intrus qui veulent les envahir ou consommer leurs feuilles ou leur sève. En cas d’attaque par des champignons ou des bactéries, la première réaction de la plante est la fermeture des stomates, ces minuscules ouvertures sur les feuilles permettant les échanges de la plante avec l’atmosphère (pénétration du CO2 de l’air, sortie de l’oxygène et de l’eau). Certaines plantes disposent de poils, les trichomes, qui recouvrent les feuilles et les tiges et constituent une barrière contre les insectes. En cas d’attaque par l’un d’entre eux, on constate, notamment chez la moutarde, que les nouvelles feuilles apparaissant après l’attaque ont nettement plus de trichomes que les anciennes feuilles.

Les moyens de défense chimiques sont beaucoup plus nombreux. Il s’agit principalement de la synthèse par la plante, suite à une attaque, de diverses substances, appelées métabolites secondaires parce qu’elles sont synthétisées par cette dernière pour répondre à un stress, et notamment à une attaque par une maladie ou un ravageur. Beaucoup font partie de la grande famille des composés phénoliques, dont l’intérêt en alimentation humaine est maintenant reconnu. Ils agissent de diverses manières, certains diminuant l’appétence des plantes pour les ravageurs, d’autres attirant les ennemis naturels des insectes ayant attaqué la plante, d’autres encore avertissant les plantes proches de l’existence d’un danger.

Efficaces, les moyens de défense des plantes ?

On peut s’étonner que, malgré les moyens dont les plantes disposent pour combattre leurs ennemis, beaucoup d’entre eux puissent quand même faire de grands dégâts, et qu’il faille utiliser des moyens de lutte, chimiques ou biologiques. Rappelons d’abord qu’on ne voit que les cas où les moyens de défenses des plantes n’ont pas été assez efficaces, mais pas ceux où ils l’ont été. De multiples attaques passent en fait inaperçues, tout comme – fort heureusement – nous ne tombons pas malades chaque fois que nous sommes en contact avec des bactéries pathogènes, car notre système immunitaire a eu le dessus.

Des plantes plus ou moins bien armées

Tous les jardiniers ont pu constater que lorsque, par exemple, un rang de haricots est attaqué par des pucerons, certains pieds sont totalement envahis et quasiment détruits, alors que d’autres, même situés tout près, ne subissent que peu de dégâts : les seconds ont su se défendre, et pas les premiers. Pourquoi ? Parce que les seconds ont trouvé dans le sol tous les nutriments dont ils avaient besoin pour se développer vigoureusement et mettre en en action rapidement leurs moyens de défense. Tous les nutriments, mais sans excès, car trop d’azote – même organique – augmente la teneur des feuilles en composés azotés, dont les pucerons et autres ravageurs sont friands. Ce qui explique – entre autres – que les cultures bio sont moins attaquées et se défendent mieux que les conventionnelles.

La faute à la sélection ?

On sait que le maïs, lorsqu’il est attaqué par certains ravageurs, émet des substances qui attirent leurs ennemis naturels (en particulier des trichogrammes). Des chercheurs ont fait une découverte surprenante. Ayant déposé des œufs d’un insecte ravageur sur des pieds de maïs appartenant à plusieurs variétés, ils ont constaté que les variétés locales émettaient des quantités importantes de substances attirant les trichogrammes, alors que les variétés modernes (hybrides F1) n’en émettaient presque pas. Moralité : la sélection avait supprimé la capacité des variétés locales à émettre ces précieuses substances ! Autre exemple : la majorité des consommateurs préférant les concombres doux aux amers, on ne trouve plus guère de variétés amères. Manque de chance, les insectes préfèrent aussi les concombres doux, les amers contenant de la cucurbitacine, dont les insectes sont peu friands. Or, la cucurbitacine, toxique à doses élevées, est anti-inflammatoire et probablement anticancer à doses plus faibles. Plus généralement, les légumes amers, et en particulier les salades (par exemple les chicorées sauvages ou les pissenlits) sont beaucoup moins attaqués par les ravageurs que les salades à saveur douce (laitues).

Une bonne manière de diminuer les traitements – y compris bio – est donc de bien nourrir les plantes, pour qu’elles puissent mettre en œuvre leurs moyens de défense, et de bien choisir les variétés que l’on cultive.

Claude Aubert

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