NUMERO : Jan-Fev 2014

Une eau propre et bien gérée grâce à l’agriculture biologique…

Une enquête récente a montré que 93 % des cours d’eau contiennent des résidus de pesticides. Quant à la teneur de l’eau en nitrates elle dépasse souvent les 50mg/litre tolérés par la réglementation. On peut certes dépolluer l’eau, mais le coût est énorme.

 

Pas de pesticides et peu de nitrates en bio

Que l’eau qui s’infiltre ou qui ruisselle à partir d’une production bio ne contienne pas, sauf exception, de résidus de pesticides, cela va de soi.

Pour les nitrates, c’est un peu plus compliqué : en bio comme en conventionnel, leur présence dans le sol est indispensable pour que les plantes poussent, et l’eau en contient naturellement environ 10mg/litre, ce qui ne pose aucun problème, ni sanitaire ni environnemental. Le problème, c’est quand la teneur en nitrates dépasse 20 ou 30 mg/litre, voire davantage.

Les nitrates qui viennent polluer l’eau sont apportés par les engrais chimiques, mais aussi par les fertilisants organiques en excès (notamment le lisier des porcheries industrielles).

Une partie sert à nourrir les plantes, mais le surplus s’infiltre et va rejoindre les nappes souterraines ou ruisselle et va rejoindre les rivières. Ce surplus est beaucoup moins élevé en bio qu’en conventionnel pour plusieurs raisons :

● les apports sont plus faibles,

● l’azote est sous forme organique, moins facilement entrainée vers les nappes que l’azote chimique,

● les agriculteurs s’efforcent de maintenir le sol couvert par des plantes qui servent de « pièges à nitrates »,

● en cas de fortes pluies, la proportion de ces dernières qui ruisselle est plus faible, parce que le sol est capable de stocker davantage d’eau, et que cette dernière s’infiltre beaucoup plus vite.

 

Les pièges à nitrates

Après une culture principale récoltée en été ou en début d’automne, il reste une certaine quantité d’azote dans le sol. Si ce dernier reste nu jusqu’au printemps suivant, une proportion importante de cet azote va être entraînée par les pluies vers les nappes souterraines.

Si par contre on sème après la récolte une culture intermédiaire, elle va absorber une bonne partie du reliquat d’azote avec un double avantage : il ne sera pas lessivé et les plantes qui l’auront accumulé le restitueront au sol pour la culture suivante.

C’est tout simplement la pratique des engrais verts, systématique en agriculture biologique mais beaucoup moins répandue en agriculture conventionnelle. De nombreuses plantes peuvent utilisées comme pièges à nitrates : moutarde, phacélie, radis fourrager, ray-grass, sarrasin, colza fourrager, etc.

Pollution de l’eau : mieux vaut prévenir de guérir

On peut éliminer, au moins en partie, les pesticides et les nitrates présents dans l’eau, mais cela coûte très cher. Le coût de la dépollution dans les aires de captage d’eau potable se situe entre 828 et 2430 € par hectare, le coût complet du traitement de l’eau polluée par les pesticides et les nitrates étant estimé entre 54 et 191 milliards d’euros par an !

Plusieurs initiatives ont montré qu’empêcher la pollution – principalement par la pratique de l’agriculture biologique – est bien moins cher que dépolluer. L’exemple le plus connu est celui de la ville de Munich qui a diminué de 40 % la teneur en nitrates de son eau potable en subventionnant les agriculteurs des zones de captage pour qu’ils se convertissent à l’agriculture biologique. Coût : 1 centime d’euro par m3 d’eau alors que le traitement de l’eau polluée aurait coûté 27 fois plus.

 

 

Manger bio, c’est aussi économiser l’eau

En bio, l’eau est moins gaspillée qu’en conventionnel, les pertes par ruissellement et par lessivage étant moindres. Par ailleurs, en grande culture, l’irrigation est moins souvent pratiquée. Enfin, les consommateurs bio changent leurs habitudes alimentaires. Une étude récente – Bionutrinet – a conclut que les consommateurs bio réguliers mangeaient 35 % de viande et de charcuterie en moins que les non consommateurs. Or, la production de viande utilise des quantités d’eau considérables, contrairement aux productions végétales.

 

 

On ne manque de bonnes raisons de manger bio. Une bonne gestion de l’eau en est une, et pas des moindres, car ce bien rare et précieux est de plus en plus menacé dans sa qualité et gaspillé.

Claude Aubert