NUMERO : Mai-Juin 2012

La fertilisation biologique

Nourrir le sol et non pas la plante

Pourquoi interdire tous les engrais chimiques en bio ? Principalement pour respecter un principe fondamental de l’agriculture biologique : nourrir les êtres vivants du sol, comme on l’a toujours fait avant l’utilisation des engrais chimiques, au lieu de nourrir les plantes avec des engrais directement assimilables par elles comme le fait l’agriculture conventionnelle, ce qui les met en quelque sorte « sous perfusion ».

Pour nourrir les plantes, l’agriculture conventionnelle utilise principalement la trilogie classique NPK (azote, phosphore, potasse) apportant les trois éléments les plus importants quantitativement. Mais bien entendu les plantes ont besoin, comme tous les autres êtres vivants, de bien d’autres éléments comme par exemple le magnésium ou les oligo-éléments.

Et c’est là que le bât blesse avec la fertilisation classique. Certes, si une analyse de sol fait apparaître une carence en un de ces éléments, on l’apportera, mais seulement au coup par coup. L’immense avantage de la fertilisation à base de matières organiques et que ces dernières contiennent naturellement tous les éléments présents dans les êtres vivants, dont les matières organiques sont issues.

Quant à dire que l’on nourrit le sol et non pas les plantes, c’est évidemment un raccourci, puisque le but final est bien d’apporter aux plantes tout ce dont elles ont besoin. Mais en bio, on s’oblige à passer par l’intermédiaire des êtres vivants du sol, et en particulier des microorganismes, qui transforment progressivement les matières organiques inutilisables telles quelles par les plantes en constituants qu’elles peuvent assimiler.

Ce qui – notamment – réduit fortement le risque d’excès d’azote lorsque ce dernier est apporté sous forme d’engrais chimique soluble.

Le compost, un fertilisant de base

Que ce soit chez les professionnels ou chez les jardiniers amateurs, le compost est quasi incontournable. C’est la grande nouveauté introduite, dans les années 30 par les pionniers des agricultures biologique, Albert Howard, et biodynamique, Ehrendfried Pfeiffer.

Jusque là, les agriculteurs apportaient le fumier tel quel, après l’avoir stocké en tas. La nouveauté, avec le compost, a été de faire fermenter dans des conditions aérobies le fumier et les autres matières organiques. En conditions aérobies, c’est-à-dire en présence d’air, on favorise le développement des familles de bactéries présentes naturellement dans le sol, différentes de celles, principalement anaérobies, qui se multiplient dans un tas de fumier traditionnel.

La fermentation du compost s’accompagne d’une forte élévation de température, cette dernière pouvant atteindre, voire dépasser, 60°C. Le compostage présente de nombreux avantages par rapport à l’apport du fumier non composté : prédigestion des matières organiques, qui seront plus rapidement assimilables par les plantes, destruction des bactéries pathogènes grâce à l’élévation de température, réduction du volume à transporter et à épandre, réduction des émissions de gaz à effet de serre, absence de mauvaises odeurs.

Ces avantages sont tels que non seulement les agriculteurs biologiques mais également de plus en plus d’agriculteurs conventionnels se mettent au compost.

Les engrais verts, des fertilisants vivants

En grande culture, pas d’agriculture biologique sans engrais verts, des plantes que l’on cultive non pas pour les récolter, mais pour enrichir le sol et apporter des éléments nutritifs à la culture qui va suivre. On les sème en général entre deux cultures principales, soit au début du printemps soit en fin d’été, et on les enfouit peu de temps avant d’implanter la culture suivante.

On les pratique également en jardinage amateur. Ils ont le grand avantage de ne rien coûter d’autre que le prix de la semence et de demander un minimum de travail. Les plus utilisés sont la moutarde et la phacélie pour les semis de printemps. Pour les semis de fin d’été on peut semer les mêmes ou des mélanges de céréales et de légumineuses, par exemple de seigle et de vesce ou de féverole.

L’avantage des légumineuses est de fixer de l’azote de l’air, donc de fournir aux plantes de l’azote gratuit. En jardinage, on peut par exemple semer de la moutarde, une plante qui pousse très rapidement, tôt au printemps pour l’enfouir fin avril ou début mai, avant par exemple de semer du maïs ou de planter des tomates, des courges ou encore des poivrons. Après des légumes récoltés en fin d’été on pourra semer un mélange de seigle et de vesce qui couvrira le sol tout l’hiver et fournira au printemps une végétation abondante.

Quoi d’autre ?

Lorsque le compost et les engrais verts n’apportent pas assez d’azote, on peut acheter dans le commerce des engrais organiques riches en cet élément, comme la corne torréfiée, le tourteau de ricin, la farine de plumes, les fientes de poule, etc. Des apports minéraux naturels – phosphates naturels, sulfate de potasse et de magnésie, poudres de roche, cendre de bois, amendements calcaires – peuvent également être apportés en cas de besoin, en fonction des résultats des analyses de sol.

Claude Aubert