NUMERO : Juil-Aout 2012

Insectes, maladies et mauvaises herbes : comment fait-on en bio ?

 

En matière de ravageurs

Principalement des insectes – l’objectif de l’agriculture biologique est de parvenir à un équilibre entre eux et leurs ennemis naturels tel qu’il ne soit pas nécessaire d’intervenir. Même si ce n’est pas toujours possible, on constate qu’en agriculture biologique les attaques sont beaucoup moins nombreuses et souvent moins graves qu’en agriculture conventionnelle, pour plusieurs raisons : plus grande biodiversité, qui favorise la multiplication des auxiliaires, pratique de rotations diversifiées, fertilisation plus équilibrée. On sait par exemple que le simple fait de planter des haies autour d’un verger permet d’héberger des insectes insectivores et donc de diminuer la virulence des attaques de certains insectes. Dans les jardins, l’installation de nichoirs à oiseaux a le même objectif. On sait aussi que les excès d’azote favorisent la multiplication des pucerons. Enfin, en pratiquant des rotations longues et variées, on interrompt le cycle de reproduction de certains insectes, ce qui réduit les risques d’invasions. Pour les problèmes qui subsistent, on dispose de deux types de solutions :
1) la lutte biologique, qui consiste à empêcher la multiplication des insectes en introduisant un de leurs ennemis naturels, ou en leur inoculant une maladie, ou encore en les empêchant de se reproduire. L’introduction d’un ennemi naturel de l’insecte ravageur est surtout pratiqué en milieu fermé, c’est-à-dire en serre. On lutte par exemple contre la mouche blanche des serres (aleurode) en introduisant une petite guêpe (encarsia formosa) qui se nourrit du contenu des larves de la mouche blanche. La lutte contre le carpocapse (ver de la pomme) est un exemple intéressant de lutte biologique. Dans les années 70, on ne pouvait guère produire des pommes biologiques sans que la moitié, ou davantage, soit véreuse. Aujourd’hui on sait lutter contre le carpocapse sans produit chimique, par deux méthodes biologiques complémentaires : l’introduction d’un virus qui va tuer le carpocapse (carpovirusine), et l’installation de pièges à phéromones, qui diffusent des hormones femelles perturbant la reproduction de l’insecte, les mâles n’arrivant plus à trouver les femelles pour s’accoupler (confusion des mâles).
2) L’utilisation de produits d’origine végétale. Les plus utilisés jusqu’à une époque récente étaient le pyrèthre et la roténone. Cette dernière a été récemment interdite car elle est soupçonnée de favoriser la maladie de Parkinson. Le neem est un autre insecticide végétal d’une bonne efficacité, mais pas encore autorisé en France alors qu’il l’est dans d’autres pays européens. Le Bacillus Thuringiensis (Bactospeine®) est un insecticide microbien efficace contre les chenilles Le savon noir et l’huile de colza ne sont pas à proprement parler des insecticides mais ils sont efficaces contre les pucerons, les cochenilles et le acariens (l’huile de colza en traitement d’hiver sur les arbres et les arbustes). Enfin, certains purins de plantes (notamment celui d’ortie) et diverses préparations à base d’algues stimulent les réactions de défense des plantes.

En matière de maladies

Provoquées principalement par des champignons, la pratique de rotations, la présence dans le sol de champignons antagonistes des espèces pathogènes et le choix de variétés résistantes permettent de limiter les attaques, mais certaines maladies comme le mildiou ou l’oïdium peuvent obliger à avoir recours à des produits de traitement

En bio, on utilise le soufre (notamment contre l’oïdium) et les sels de cuivre (la bouillie bordelaise, à base de sulfate de cuivre, ou l’oxychlorure de cuivre), des substances minérales simples qui ne laissent pas de résidus. Utilisé en trop grandes quantités, le cuivre peut cependant avoir un impact défavorable sur l’activité biologique des sols. Les quantités autorisées, en bio comme en conventionnel, ont donc été réduites. La prêle, en décoction ou en purin, est également utilisée comme fongicide, notamment en biodynamie, mais elle est moins efficace que les fongicides minéraux.

insectes et cultures bio

 

Le contrôle des mauvaises herbes

C’est un des principaux problèmes des agriculteurs bio. Là aussi il faut combiner les mesures préventives et les méthodes de lutte. Les rotations permettent de réduire les infestations. Par exemple, après une luzerne, le développement des plantes indésirables est peu important. En maraîchage, les variétés à fort développement foliaire, couvrant rapidement le sol, de même que la pratique des engrais verts, limitent le développement des mauvaises herbes. Mais le binage reste un moyen de contrôle incontournable pour de nombreuses cultures. Il se fait avec des outils manuels en jardinage amateur, et avec divers outils attelés à un tracteur en grande culture. Des matériels très efficaces – bineuses, herse étrille, etc. – ont été mis au point spécialement pour l’agriculture biologique. Le désherbage thermique, qui consiste à détruire les mauvaises herbes par la chaleur, à l’aide de brûleurs au propane, et utilisé dans des cas particuliers, comme la culture de la carotte, difficile à désherber totalement mécaniquement. Mais il reste un pis-aller en raison de son mauvais bilan écologique.

Claude Aubert