Lors d’un déplacement sur l’exploitation de Bruno Martel, nommé en début d’année président de l’Agence Bio, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a assuré du maintien de l’Agence Bio. Si la nouvelle peut rassurer, la question du soutien de l’État demeure, tandis que le fléchage des reliquats issus de la conversion en bio reste floue.
Cette prise de position met fin – au moins temporairement – aux craintes de suppression ou de démantèlement de l’Agence Bio, alimentées par des coupes budgétaires successives, le licenciement de sa directrice Laure Verdeau et des débats parlementaires visant à réduire ses moyens.
Une filière encore marquée par les tensions des derniers mois
Depuis plus d’un an, la filière dénonçait un affaiblissement progressif de l’Agence Bio, pourtant considérée comme un outil central de pilotage et de promotion du secteur.
Le contexte avait conduit le Synadis Bio, syndicat des distributeurs bio spécialisés, à annoncer son retrait de l’Agence Bio en février dernier, dénonçant alors « le démantèlement programmé de l’instance censée défendre l’agriculture biologique en France ». Une décision symptomatique du malaise d’une partie des acteurs spécialisés face au manque de lisibilité de la politique publique en faveur du bio.
Des aides réaffirmées mais des niveaux plus modestes
À l’occasion de ce déplacement, le ministère a détaillé plusieurs dispositifs de soutien : prolongation du crédit d’impôt bio à 4 500 € par an par exploitation, maintien du Fonds Avenir Bio à 8,8 M€, revalorisation de l’écorégime bio à 110 €/ha pour 2026 et 2027 ou encore le lancement d’un programme opérationnel « lait bio ». Pour rappel, l’Agence Bio a subi en 2025 une coupe drastique de son budget de 64 % : le Fonds Avenir Bio passant de 18 à 8,7 M€ et 5 M€ de communication étant supprimés.
Au-delà des annonces, la question du pilotage de la stratégie bio française reste posée : quels moyens pour relancer les conversions, soutenir les filières fragilisées et accompagner durablement la demande ?
Le dossier explosif des reliquats conversion AB
Le ministère a annoncé début mai une première enveloppe de 40 M€ issue des reliquats des aides à la conversion en bio, orientée vers les MAEC (Ndlr : Mesures agro-environnementales et climatiques), notamment dans les zones intermédiaires. La Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) déplore dans un communiqué que « le nombre de bénéficiaires bio au sein des MAEC » ne soit jamais publié et estime que « Seule une petite partie des 40 millions d’euros viendront soutenir un nombre limité de fermes bio car l’outil MAEC est mal adapté pour soutenir l’AB ».
Or, ces reliquats proviennent d’enveloppes initialement destinées au développement de l’agriculture biologique mais non consommées, dans un contexte de ralentissement des conversions.
Estimant que ces crédits devraient revenir prioritairement aux producteurs bio, la Fnab réclame « la transparence et le suivi dossier par dossier » de ces reliquats et appelle le gouvernement à :
- Annoncer rapidement l’orientation des 110 millions d’euros de reliquats restants sur la campagne 2025 ;
- Publier, avec l’appui des préfets et des DRAAF, le nombre et la part de porteurs de projets bio dans les MAEC ;
- Porter l’écorégime niveau supérieur bio à 145€/ha jusqu’au début de la programmation PAC 2028-2034.






