NUMERO : N°71 -Mai Juin 2017

Produits végétaliens et produits bio : complémentaires ou antagonistes ?

Comme dans beaucoup d’autres pays européens, le marché des produits végétaliens monte en puissance en Allemagne avec des taux de croissance entre 10 et 25 %. En 2015, 10 % des produits alimentaires commercialisés en Allemagne étaient étiquetés « végétalien », contre seulement 5 % en moyenne européenne. Quelle est la place des produits bio dans ce segment du marché alimentaire allemand, quels sont les défis à relever en termes de production, de transformation et d’étiquetage, sachant qu’un cadre règlementaire uniforme n’est pas encore mis en place. ECOZEPT vous propose son analyse.

Premier constat : les fabricants allemands semblent être plus dynamiques sur ce secteur que leurs col- lègues français : selon une étude Mintel, plus d’un tiers des produits végétaliens nouvellement introduits sur le marché en Europe en 2015, ont été fabriqués en Alle- magne, contre seulement 7 % en France. Pourtant, l’importance de ce régime alimentaire est le même dans les deux pays. Selon l’Institut Skopos, l’Allemagne comptait environ 1,3 millions de consommateurs végétaliens en 2016 (soit environ 1,6 % de la population allemande), alors qu’en France, le cabinet CHD en recense 2 % (et 5 % végétariens).

Une définition, mais pas de label public…

En 2016, les 16 Ministres de la consommation allemands se sont mis d’accord sur une définition commune des expressions « végétalien » et « végétarien ». Toutefois, il n’existe pas encore de label public pour reconnaitre ces produits. Par conséquent, plusieurs marques privées sont actuellement utilisées sur le marché allemand (cf. encadré ci-contre).

En 2015, l’association VegOrganic e.V. a crée la marque « EcoVeg » (cf. ci-contre) qui certifie les produits végéta- liens issus de l’agriculture biologique. Son arrivée sur le marché allemand se fait progressivement (actuellement seulement Tofutown et Voelkel), mais dennree et Veganz ont annoncé l’étiquetage de leurs produits MDD. L’idée lors de la création de ce label était d’assurer une haute qua- lité de production et de transformation. En effet, certains produits végétaliens (bio ou non) ont mauvaise presse en Allemagne à cause de leur caractère hautement transformé et/ou leur pauvre spectre nutritionnel (les plats préparés « convenience », en particulier).

Un marché qui profite à la GMS et à la RHD !

La montée du régime alimentaire végétalien a poussé les grands producteurs de produits carnés conventionnels allemands tels que Rügenwalder Mühle, Meica ou Wiesenhof à créer un assortiment de substituts de viande qui, pour la plupart des cas, ne sont pas bio. Ces marques conventionnelles sont en concurrence directe avec les pionniers des produits végétaliens, eux pour la plupart en bio tels que Tofutown et Taifun (Lifefood), Eden, Topas (Wheaty), BioVegan, Soto etc. Parmi ces produits végétaliens, la part de marché la plus importante est constituée par les produits de substitution de viande (produits à base de tofu, granulé de soja, protéines de blé, etc.) et ceux de substitution de lait (boissons végétales à base de soja, avoine, riz, épeautre, etc.). Le chiffre d’affaires des produits végétariens et végétaliens de substitution de viande et de lait ainsi que les produits de petit-déjeuner a augmenté de 25,9 % en 2015 comparé à 2014. Selon l’Institut IFK, les trois principales gammes de produits végétaliens (alternatives à la viande, boissons et petits déjeuners)

La bonne définition

L’alimentation végétalienne est un « régime alimentaire excluant tout ingrédient ou auxiliaire de fabrication d’origine animale ». Dans cet article, nous considérons uniquement le végétalisme en tant que tel. Le véganisme (interdisant tout produit pour la fabrication duquel un animal a été exploité (cosmétique, produits en cuir…) en plus des produits alimentaires n’est pas pris en compte. L’utilisation du mot « végane » résulte du manque de différenciation des deux termes dans la langue allemande représentent actuellement un volume de marché de 454 millions d’euros (bio et conventionnel). La majeure partie de ce chiffre d’affaires est aujourd’hui générée en GMS, alors que certains spécialistes bio regrettent de ne pas avoir profité pleinement de cette tendance alimentaire.

Cependant, le chiffre d’affaires généré avec la vente de produits de substitution de viande (bio et conventionnel) a connu une baisse en Allemagne pendant la seconde moitié de 2016. La principale raison évoquée est que beaucoup de « flexitariens » (les consommateurs qui renoncent temporai- rement aux produits carnés) ont procédé à des achats-test, sans les renouveler (pour diverses raisons : la qualité parfois médiocre, raisons de goût, etc.)

Néanmoins, la percée du végétalisme a permis l’établisse- ment d’une chaîne de supermarchés dédiée exclusivement à des produits végétaliens (bio et conventionnels). Veganz a ouvert, en 2011, son premier magasin à Berlin, un des hauts-lieux du végétalisme en Allemagne. En seulement 6 ans, dix autres filiales ont vu le jour en Allemagne ainsi qu’à Prague et à Vienne. Le chiffre d’affaires s’élève à 24 millions d’euros en 2016. Cette épopée semble cependant finie : la partie de l’entreprise Veganz qui mène les magasins spécialisés a déclaré fail- lite en janvier 2017 et certains magasins ont déjà fermé leurs portes. Selon Jan Bredack, directeur général de Veganz, le vaste choix de produits végétaliens dans les circuits de distribution conventionnelle aurait rendu superflu des magasins spécialisés. Bredack compte continuer son travail de grossiste, autre secteur de la société non touché par

la faillite, afin de maintenir les partenariats existants avec des grands acteurs de la GMS allemande (dm, Edeka, etc.) et pour se concentrer sur le marché de la RHD.

En effet, les restaurants et snacks végétaliens profitent du nombre croissant de végétaliens : le nombre de restaura- tions proposant des produits végétaliens croît (+17,5 % en 2016 par rapport à 2015), particulièrement dans les grandes villes allemandes.

Un futur cahier des charges

Inspiré par des expériences menées en Grèce, un syndicat d’agriculteurs « biocyclique-vegan » (« Biozyklisch-vega- ner Anbauverband  », bio.veg.an) est en train de se mettre en place en Allemagne, appuyé entre autres par le VEBU (« Vegetarierbund Deutschland  »). Le cahier des charges est en cours d’admission auprès de l’IFOAM et devraient être reconnu courant 2017 en tant que nouveau mode de production bio. Pour le moment, plusieurs dizaines d’agri- culteurs bio allemands sont intéressés par ce type de pro- duction qui s’interdit notamment toute utilisation de dé- jections animales. Pour l’instant, les commerces allemands proposent uniquement des fruits et légumes certifiés bio. veg.an d’origine grecque.

Opportunité ou pas pour le bio et les magasins spécialisés ?

Le « hype  » des produits végétaliens est certainement en train de s’estomper en Allemagne, mais la tendance du marché croissant est réelle. Pour l’instant, il n’y a pas de véritables signes d’un retournement du marché des pro- duits végétaliens bio, même si les réseaux spécialisés bio auraient pu mieux profiter du fort développement de ces dernières années.

À priori, la tendance du végétalisme a été plutôt favorable au développement des produits bio en Allemagne, car les consommateurs véganes font confiance aux réseaux spé- cialisés. Ceci restera ainsi, si la filière bio sort davantage son atout principal : la qualité nutritionnelle et écologique reconnue des produits bio, combiné avec les bienfaits des produits végétaliens. Ce constat se traduit par une gestion de l’assortiment et par une communication adaptés vers le consommateur.

Le vegan s’expose

Avec le développement du végétalisme des foires spécifiques se sont mises en place. La « veganfach  » a eu lieu la première fois en 2016 à Cologne.

Avec 137 exposants venus de 15 pays, elle est promue la plus grande foire internationale végétalienne. Il y a également la Veggieworld qui se décline dans de nombreuses villes européennes (Paris, Lyon, Barcelone, etc.) et qui rassemble 8000 visiteurs en moyenne. Lors du salon Biofach 2017, 40 % des exposants allemands présentaient, entre autres, des produits végétaliens.

Plus d’informations : Tél.  : 04 67 58 42 27

Depuis 2016, Ecozept réalise de façon régulière des zooms sur le marché bio allemand. Le prochain thème dans le N°73 (septembre/octobre 2017) présentera les grossistes bio les plus importants en Allemagne.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here