Les pro-glyphosate en embuscade

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Bientôt interdit, le glyphosate ? Oui, sauf quand il sera autorisé… Les agriculteurs qui pratiquent l’agriculture de conservation pourront en effet continuer à utiliser le glyphosate. Ainsi en a décidé récemment le ministre de l’Agriculture.

L’histoire de la victoire des pro glyphosate est intéressante. Cela a commencé en 2008 par la création de l’Institut de l’Agriculture Durable, avec comme membres fondateurs plusieurs associations et sept entreprises dont… Monsanto et Syngenta. Sauf dans les milieux professionnels, ils ont fait peu parler d’eux jusqu’à la création en 2017 de « Vers de terre production » et en 2018 de « Pour une Agriculture du Vivant », deux satellites de l’Institut de l’Agriculture Durable qui ont multiplié les réunions dès leur création, au début surtout dans le Sud-Ouest. Leur premier coup d’éclat a été l’organisation d‘un colloque international à Paris en février 2019, auquel ont participé Stéphane Le Foll, ancien ministre de l’Agriculture, et plusieurs chercheurs, français mais aussi venus du continent américain. L’objectif : promouvoir l’agriculture de conservation, un ensemble de techniques connues depuis longtemps et pratiquées sur près de 180 millions d’hectares dans le monde, principalement au Brésil, en Argentine et aux États-Unis, dans de grandes exploitations cultivant des variétés de soja et de maïs OGM dites « RoundUP ready » (prêtes pour le Round-up), principale marque à l’époque du désormais très célèbre glyphosate. Cet herbicide a la remarquable propriété de détruire toutes les plantes sauf les variétés de soja et de maïs sélectionnées pour lui résister. Et, heureux hasard, c’est la même entreprise, Monsanto, rachetée depuis par Bayer, qui produit le glyphosate et les plantes capables de lui résister.

Soit, mais quel rapport avec « l’Agriculture du Vivant » ?

Le point commun, c’est l’agriculture de conservation, qui repose sur trois principes : travailler le sol le moins possible, voire pas du tout, couvrir le sol le plus possible et faire des rotations. Des principes qu’on ne peut qu’approuver. Alors, où est le problème ? En France, ceux qui pratiquent l’agriculture de conservation ont choisi en majorité de ne plus travailler le sol du tout (semis direct sous couvert). Un choix qui se défend du point agronomique et qui a l’avantage de faire réaliser aux agriculteurs de sérieuses économies en temps de travail et en fioul, mais qui a un petit inconvénient : choisissant de ne plus travailler le sol, les agriculteurs n’avaient plus de moyen de détruire les mauvaises herbes, mais heureusement il y a une solution : le glyphosate. Voyant se profiler la menace d’une prochaine interdiction de cet herbicide, il fallait agir vite, ce que les associations mentionnées plus haut ont fait en multipliant les actions pour défendre, non pas le glyphosate, car ils se gardent bien d’en parler, sauf si on les pousse dans leurs derniers retranchements, mais l’agriculture de conservation.

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Avec une argumentation bien rodée : cette méthode séquestre beaucoup du carbone dans le sol (ce qui est faux), empêche l’érosion, favorise l’activité biologique, donc la fertilité, du sol, des avantages si nombreux et si importants, selon eux, qu’un peu de glyphosate de temps en temps est tout à fait acceptable. Bref, toujours selon eux, l’agriculture qu’ils préconisent est beaucoup plus écologique que l’agriculture biologique, qu’ils ne manquent jamais une occasion de critiquer. Moyennant quoi ils ont convaincu le ministre de l’Agriculture d’autoriser les agriculteurs pratiquant cette agriculture à continuer, par dérogation, à utiliser le glyphosate lorsqu’il sera interdit. Et comme si ce n’était pas assez, l’association « Pour une Agriculture du Vivant » a organisé cette année une grande Journée agroécologique au Salon de l’Agriculture, car, bien entendu, ils se sont appropriés l’agroécologie. Mais le pire est peut-être ailleurs : s’ils réussissaient aussi bien avec les consommateurs qu’avec le ministre, ils risqueraient d’en décourager une partie de manger bio. Ainsi, leurs amis de Bayer et Syngenta gagneraient sur les deux tableaux : davantage de clients pour le glyphosate, et moins de clients pour le bio. Il est donc important que tous les acteurs du bio se mobilisent pour dénoncer leurs basses manœuvres et leur malhonnêteté intellectuelle. Ceci dit, leurs ficelles sont un peu grosses et il est peu probable que beaucoup de consommateurs bio s’y laissent prendre…
Claude Aubert

Article initialement publié dans Bio Linéaires N° 89 – Mai / Juin 2020 (accès abonnés / accès pour les non-abonnés).

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