NUMERO : N°69-Janvier Février 2017

Transition écologique et sociale Résilience – Relocalisation – Autonomie – Communauté

Le mouvement de Transition est, parmi les éco-concepts majeurs, sans doute le plus sociétal et le plus attachant. Il intégre en son sein énergies vertes, gestion des ressources, économie locale, résilience des territoires et création de communautés pour un mieux vivre ensemble. Ce projet est-il utopique ou visionnaire ? Comment y situer le bio et les acteurs de l’ESS ? Notre fiche minute sur la question.

La réponse de l’écologie à une économie en berne : face aux grands défis contemporains (chomage, pollution, insécurité) les courants politiques de gauche comme de droite peinent depuis 30 ans à trouver les solutions économiques et sociales. Parmi les idées fortes issues de la pensée écologique capables d’apporter du sang neuf à nos sociétés, la Transition Écologique et Sociale (TES) est un beau projet de société crédible en phase avec les valeurs fondamentales du bio et de l’économie sociale et solidaire (ESS), qu’elle englobe en un tout cohérent.

La TES est née en Grande-Bretagne en 2006 dans la petite ville de Totnes, sous l‘égide de Rob Hopkin, enseignant en permaculture. Bien plus qu’une philosophie, elle se veut un ensemble concret de pratiques citoyennes pour vivre à l’échelle locale d’un territoire (bourg, villes, quartier, village…) d’une manière responsable pour l’environnement, afin de se préparer rapidement à la double convergence du pic pétrolier à venir et des changements climatiques. Bien qu’aucune définition commune de la TES n’existe réellement, 4 points fondamentaux la caractérisent :

1- Une vision du développement centrée sur la relocalisation, à contre-pied de l’économie classique : la préservation des ressources et l’utilisation d’énergies renouvelables (ENR) sont bien sûr pris en compte, avec d’autres aspects socio-économiques cruciaux, comme la réduction du temps de travail pour partager l’emploi, la mise en place d’une économie circulaire « circuit-court » soutenue par une monnaie locale, et la promotion d’une sobriété heureuse pour sortir de la société de consommation.

2- Un véritable plan d’action doublé d’une vision positive de l’avenir : loin de la seule réflexion intellectuelle ou de l’utopie une méthodologie complète ouverte et participative, résumée dans le Manuel de Transition, est proposée pour aider les habitants d’un territoire à prendre en charge leur avenir de manière motivante, avec des solutions adaptées (jardins partagés, ENR, achats collectifs, recyclerie…).

3- Du consommateur passif aux initiatives communes : la capacité de résilience (adapation souple à un monde changeant rapidement) passe par la réflexion et la mise en place d’actions collectives qui sont l’affaire de tous, grâce à une gouvernance participative élaborée qui permet de dépasser les résistances au changement et la peur du risque.

4- Objectif mieux vivre ensemble : la vie en communauté, l’autonomie, le temps pour soi, le renforcement des liens, les solidarités et les échanges non marchands sont des priorités pour la construction d’une société humaniste tolérante et heureuse.

  • Une extension rapide : en France une soixantaine de territoires et  plus de 100 villes se sont déclarés en transition. 2 000 initiatives opèrent dans le monde, dans 50 pays, réunies dans le réseau International de la Transition (Bilan 2016).
  • Petites comparaisons  : la TES se distingue du développement durable par une approche moins consensuelle qui privilégie une prospérité sans croissance plutôt qu’un développement économique, même soutenable. La décroissance et la simplicité volontaire sont quant à elles des notions beaucoup plus voisines. La Transition écologique s’en distingue cependant en se voulant plus optimiste et moins politique que la décroissance, et plus engagée dans son territoire que la simplicité volontaire avec un calendrier d’actions.
  • Approuvé par l’État : la loi relative à la transition énergétique à été votée le 17 août 2015. Ce volet important de la TES vise entre autres à augmenter de 50 % la capacité des énergies renouvelables d’ici 2023. Cette loi, qui vise aussi à créer des emplois, insiste de façon novatrice sur les initiatives citoyennes avec de nombreux projets collaboratifs ou associatifs en cours.
  • Atouts et faiblesses : comme avec l’économie circulaire (Biolinéaires n°68), l’approche globale de la TES est loin d’être facile à porter, mais peut s‘effectuer progressivement. Beaucoup de français, même de gauche sont cependant loin d’adhérer aux valeurs de la TES car encore trop attachés aux notions de croissance économique par le travail et de bonheur par la consommation, alors que la TES se fonde sur les échanges non marchands, la vie en communauté, l’autonomie, le temps pour soi, une sobriété de vie et la démocratie participative. Cependant, à l’instar des produits vegan, sa médiatisation croissante contribue à sensibiliser d’une certaine façon les francais à de nouveaux « possibles » de vie. La notion de « transition » est d’ailleurs rentrée dans le vocabulaire politique et institutionnel.
  • Agriculture biologique, entreprises, enseignes bio et ESS, quelles implications ? Dans un objectif de Transition, l’agriculture bio doit dépasser les critères du label UE actuel pour une agriculture « sans pesticides », en cessant d’être un secteur économique comme les autres et en insistant sur les notions de circuits-courts et de production locale. Il s’agit avant tout de nourrir sainement une communauté ou un territoire local avec une forte implication de tous ses membres. Les secteurs de l’ESS et du bio sont quant à eux bien plus aptes que les entreprises conventionnelles à soutenir, et même à s’inspirer des valeurs de la TES, en apportant en retour à cette dernière la notion de réappropriation économique par les citoyens, ainsi que des innovations technologiques et la production de biens et services à forte utilité sociale. Notons que peu de marques et enseignes bio spécialisées soutiennent directement dans leur communication ou leur positionnement une telle démarche, alors qu’un soutien mutuel ne peut qu’être bénéfique.

Sauveur Fernandez

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